I. IQ
ago DISCOURS
Nous ne serons pas ingrats envers ces premiers artisans de la langue, ces ouvriers de la parole , comme ils s'appelaient eux-mêmes , qui , par un travail sans gloire , polissant la rudesse des sons , et réglant l'incorrection des phrases, préparèrent aux grands écrivains une langue digne d'interpréter leurs pensées , et ne leur laissèrent d'autre tâche que d'avoir du génie. Parmi ces hommes , nous en distinguerons un seul qui , trop estimé de son siècle , trop dédaigné du nôtre , hâta plus que personne les progrès de la langue française y et employa si heureusement tous les artifices du style oratoire qu'il parut avoir le génie de l'éloquence. Lorsque, fatigué de l'incorrection et de la dureté des écrivains du seizième siècle , on arrive à Balzac, et que l'on remarque la pompe majestueuse et savante de ses périodes, on explique, on justifie l'admiration de son siècle* Telle est la puissance de l'harmonie sur les organes des hommes , que même déplacée elle les subjugue et les enchante. Cependant le talent de Balzac a disparu dans la perfection même de la langue. L'heureuse combinaison des tours et la noblesse des termes sont entrées dans le trésor de la prose oratoire : l'exagération emphatique , le faux goût, la recherche, sont demeurés sur le compte de Balzac ; etl'on n'a plus compris la gloire de cet écrivain , parce que ses fautes seules lui