T DE SAINT AMBR01$E. 4^ S
A ce langage philosophique et grave Symmaque ne craint pas de mêler l'ancien argument du peuple qui attribuait à l'oubli du culte des dieux les maux de la guerre , les désastres et les stérilités des saisons. Cependant il associe volontiers la religion nouvelle au privilège de protéger l'empire. a Que les mystères secourables , secrets appuis « de toutes les religions , dit • il , favorisent votre « clémence ; que ceux-là surtout qui protégèrent te vos ancêtres , vous défendent et soient honorés « par nous. Nous demandons cette forme de re- « ligion qui a conservé l'empire à votre divin « père, et lui a donné, après un règne heureux, « de légitimes successeurs. » Combien cette apologie sans conviction , cette obscure profession de déisme bizarrement unie à certaines formes de culte , devait-elle sembler faible devant la victoire et l'enthousiasme des orateurs chrétiens! Animés de tous les souvenirs d'une lutte si longue, conservant au milieu de leur triomphe , encore nouveau , toutes les vertus amassées dans la proscription , puissants au nom de la justice , ils accablent sans effort les opinions vacillantes et les pré^ jugés décrépits du polythéisme. Mais pourquoi^ dans ce salutaire renouvellement du monde , la persécution, changée de mains , vint - elle plus d'une fois au secours de la parole chrétienne, qui avait presquojàchevé sa tâche ? On s'étonne , en voyant
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à quel degré de faiblesse étaient réduites les croyances païennes , que les empereurs chrétiens ne les aient pas laissées tranquillement mourir.
L'éloquence de Symmaque ne resta pas sans réponse. L'église avait alors en Occident un illustre apôtre, un homme dont' la* vertu faisait à moitié le génie , une de ces âmes généreuses qui , dans la lutte de la civilisation et de la barbarie, époque la plus féconde en grands crimes , paraissent çà et là sur la terre , pour justifier et consoler l'espèce humaine : c'était saint Ambrobe. D'abord engagé dans les fonctions publiques, il avait rempli , sous Y alentinien I^^, la charge de gouverneur de Milan* L'histoire de son élévation à l'épiscopat est connue, et marque bien les mœurs du temps. Il était venu un jour avec l'autorité de sa charge , dans l'église de Milan , pour y apaiser une émeute élevée parmi lés chrétiens de la ville , qui s'occupaient en ce moment d^élire leur évéque selon les formes populaires de la primitive église. La présence de ce magistrat respecté concilia les esprits , en réunissant tout à coup sur lui-même les suffrages des partis opposés. Dans la pieuse ferveur de la société chrétienne, cette rencontre parut un coup du ciel. On choisit Anibroise pour évéque , quoiqu'il ne fât pas encore chrétien , et peu de jours suffirent à l'accomplissement de toutes les conditions du sacerdoce.