‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 35 sur 37 · ET DE SAINT AMBROISE · texte numérisé non relu

ET DE SAINT AMBROISE

Saint Ambroise , portant les lumières eÇ le génie d'un homme d'état dans l'administration de l'église , servit et honora puissamment la 6ause du christianisme. Nul homme n'a mieux rempU la grande et salutaire idée de ce tribunat religieux , élevé par la loi chrétienne , et qui , dans l'anéantissement de toute liberté civile , de toute justice politique, pouvait seul alors s'interposer entre les violences d'un pouvoir changeant , mais toujours absolu, et les misères du peuple, gouyerné sans règle et sans pitié. C'est avec ce caractère auguste qu'il apparaît dans l'histoire , libre et hardi conseiller: des princes , défenseur des opprimés dans les deux religions, et faisant du sacerdoce un ministère public de paix, de clémencé et d'humanité.

On conçoit aisément combien saint Ambroise , animé idè la ferveur et de la sainte jalousie de son culte- /'d^gîtj repousser avec avantage les faibles assertiblàs de»Symmaque. « Eh quoi ! dit- il <c dans une première adresse à l'empereur, ils se « plaignent die'lS, perte de quelques bîjens, ceux « qui n'ont jamais* épargné notre sang ; ilsdeman- « dent des privilèges , ceux qui naguère , par les « lois de Julien , nous refusaient le droit de parler « et d'instruire. » Saint Ambroise afûrme d'ailleurs que le plus grand nombre des membres du sénat romain est chrétien , et que le rétablisse-

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ment d^ l'autel de la Victoire serait une persécution contre tant de sénateurs , forcés d'assister aux sacrifices impurs que l'on offrirait sous leurs yeux , et de respirer la vapeur du sacrilège.

Dans une seconde adresse à l'empereur, l'orateur chrétien presse plus étroitement Symmaque, et, joignant aux impérieux démentis qu'il lui oppose, une émulation d'éloquence, il l'imite, en le réfutant : « Ce n'est pas là , dit-il , ce que Rome c( vous a chargé de dire ; elle parle un autre lan- « gage : Pourquoi , dit-elle , m'ensanglantez-vous c( chaque jour par le stérile sacrifice de tant de c< troupeaux ? Ce n'est pas dans les fibres palpitf tantes des victimes , mais dans la valeur des « guerriers , que se trouve la victoire. C'est par ce une autre science que j'ai conquis le monde. Ce « fut les armes à la main que Camille , renversant « les Gaulois du haut de la roche tarpéîenne , « enleva leur étendard déjà flottant sur le Capi- « tôle. Le courage vainquit ceux que les dieux a n'avaient pas repoussés. Ce n'est pas au milieu « des autels du Ca pi tôle , mais dans les bataillons « d' Annibal , que Scipion a trouvé la victoire. « Pourquoi m'objectez - vous l'exemple de nos te aïeux ? Je hais le culte de Néron. J'ai .regret de « mes erreurs passées; je ne rougis pas dans ma « vieillesse de changer avec le monde entier. 11 « n'est jamais trop tard pour apprendre. Il n'y a

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u point de honte à passer dans un meilleur parti. « J'avais cela de commun avec les nations bar- « bares de ne point connaître Dieu. Vos sacrifices « se bornent à verser le sapg des bétes. Cherchez- « vous la voix de Dieu dans les entrailles des vic- « times ? Venez et entrez sur la terre dans la cé- (( leste milice : c'est là que nous vivons et que « nous combattons. Que j'apprenne les mystères « du ciel par les témoignages du Dieu qui l'a créé, « et non par celui de l'homme qui ne se connaît « pas ! Qui crDirai-*je sur Dieu , plutôt que Dieu « lui-même ? Comment puis-je vous croire , vous a qui confessez que vous ne savez pas ce éfae a vous adorez?» Combien ces vives affirmations, cette certitude de croyance, ne donnaient-elles pas d'ascendant à saint Ambroise ! La victoire du christianisme est là. Ses disciples étaient fervents et convaincus; ils savaient, ils croyaient , ils voulaient; tandis que leurs adversaires erraient, accablés d'avance par le doute , entre les fables insoutenables du polythéisme et les subtiles explications de la philosophie, à la lueur faible d'un déisme qu'ils n'osaient avouer.

A cette autorité des temps antiques , invoquée par Symmaque , l'orateur chrétien oppose le progrès continuel de la vie sociale et le perfectionnement de l'espèce humaine, qui renonce aux erreurs de l'enfance pour un culte plus raisonnable

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et plus épuré. C'était l'argument des chrétiens: avec un in>niortel avenir , leur sainte loi promettait la justice et l'égalité sur la terre. L'imagination de saint Ambroise est du reste animée de toutes les inspirations du génie profane ; son style ingénieux et brillant se pare quelquefois avec trop peu de discrétion des ornements que sa mémoire emprunte aux écrivains de l'ancienne Rome. C'est un chrétien , disciple des poètes profanes. Sa diction porte cependant la marque de son' siècle , et n'est exempte ni d'affectation ni de rudesse. Cet ordre habile et secret , cet heureux enchaînement d'idées qui règne dans le style des grands écrivains , n étftient plus connus. Une précision quelquefois obscure et forcée, une grandeur inégale et jamais simple > de l'affectation jusque dans les mouvements de l'àme , voilà les défauts de cet orateur, auquel il n'a manqué qu'un siècle plus heureux et des contemporains plus dignes de lui: Mêlant l'irrégularité du génie oriental à l'imitation des formes élégantes du siècle d' Auguste , il a moins de pompe et de goût que son adversaire , dont le style €ist resté tout romain et tout profane. Mais que nous font ici les fautes du goût ? Il importe bien davantage d'observer les vicissitudes de l'esprit humain, et le génie des grands hommes, au milieu du renouvellement des sociétés.

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