‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 7 sur 37 · DE L'ÉLOGE DE MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

DE L'ÉLOGE DE MONTESQUIEU

(i) M Un liomme né chrétien et français se trouve contraint K dans la satire : les grands sujets lui sont défendus ; il les « entame quelquefois , et se détourne ensuite sur de petites u choses qu'il relève par la beauté de son génie et de âon M style. » La Bbuyèri: , ch. i , des ouvrages de l'Esprit.

Si on poussait trop loin cette pensée , si on l'interprétait avec la même rigueur que celle d'un auteur contemporain y on deviendrait injuste envers La Bruyère et le grand siècle où il a vécu. La Bruyère, faisant allusion à ses propres travaux, voulait seulement expliquer par quel motif il bornait aux détails de la vie , et aux ridicules privés , un talent d'observer et de peindre, qu'il aurait porté avec avantage sur les plus grands objets de l'ordre social. Louis XIV était monté sur le trône ,. après des troubles civils qui agitèrent l'État sans jeter dans les esprits aucun principe de liberté , parce qu'ils ne tenaient qu'à des ambitions de cour, à des rivalités de pouvoir. Il se rendit la justice de croire qu'il saurait par lui seul maintenir et élever la royauté. Comme le dit ailleurs La Bruyère , il fut lui-même son principal MINISTRE ; il reprit le rôle de Richelieu , et se montra seulement moins sévère , et plus généreux , parce qu'il n'était pas obligé de régner au nom d'un autre. La conduite des parle-

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ments , sous Mazarin , avait été si maladroitement factieuse , qu'un roi jeune , habile , et bientôt victorieux , n'eut pas de peine à réduire au. néant ces faibles barrières , et à réunir dans sa main le pouvoir absolu. Deux choses sauvèrent la France du despotisme : la magnanimité personnelle du monarque , et cet honneur dont Montesquieu a fait le principe des monarchies; honneur qui , nourri dans les heureux suc* ces de la guerre , se fortifiait chaque jour avec la gloire du souverain , et arrêtait ainsi la puissance arbitraire par ces victoires et ces triomphes mêmes qui servent ordinairement à l'augmenter. L'honneur fut donc sous Louis XIV le contrepoids du pouvoir. Comme l'ame généreuse et la noble délicatesse de ce grand roi luf indiquaient d'avance le point ou il aurait rencontré cette barrière , il ne la heurta jamais ; et il gouverna sans aucune apparence de contradiction et d'obstacle. Toutes les maximes du pouvoir absolu furent reçues et sanctifiées par la religion. Bossuet devint le publiciste du siècle de Louis XTV, comme il en était le prédicateur et le théologien. La politique de ce grand homme devait être au^si impérieuse que la foi qu'il enseignait. Son ardente imagination se laissait ravir d'enthousiasme pour la splendeur du trône et du monarque ; son génie vaste ne pouvait concevoir que dans l'exercice absolu d'une immense domination quelque chose d'égal à sa force , qu'il prenait involontairement pour mesure de la force d'un roi. Ainsi , tandis que , dans une île voisine , de hardis sectaires , par une interprétation perverse des saintes écritures , établissaient la haine de toute primauté politique et religieuse , et ce qu'ils appelaient l'égalité primitive des hommes , Bossuet puisait également dans les saintes écritures les maximes d'un pouvoir aussi absolu que les décisions de l'Élise ; et ses leçons mêmes , donnée;; au nom de la religion , semblaient agrandir et consacrer les

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