I 32 NOTES
rois qui , ne pouvant être punis que par Dieu , n'étaient avertis que par ses ministres.
^On n'a peut-être point assez remarqué l'influence de Bossuet sur l'esprit de son siècle. Cet homme, par ses doctrines, son caractère et son génie, était singulièrement propre à seconder le règne de Louis— le-Grand. Ce dédain qu'il ^exprimait pour les vaines disputes des politiques, cette hauteur de raison avec laquelle il abattait les pensées de l'orgueil humain , cette habitude de ne rien voir d'important pour les hommes que la religion ; cette autorité menaçante qui écrasait à ]a fois les opinions théologiques et les raisonnements républicains des protestants , de manière à rendre toujours la liberté complice de l'hérésie ; tout , dans Bossuet , devait servir à l'afiermissement du pouvoir absolu , et éloigner les esprits de la discussion des intérêts civils. Cette disposition , préparée par beaucoup de circonstances , devint générale ; et le siècle le plus rempli de l'esprit littéraire de l'antiquité parut en même temps le plus indifierent pour les maximes de liberté , qui , dans l'antiquité , sont inséparables de toute littérature. Le progrès rapide des arts , les créations multipliées du génie, présentaient, d'ailleurs, aux esprits une occupation enivrante et glorieuse , qui peut-être a besoin d'être exclusive , et qui ne pouvait jamais contrarier un pouvoir absolu , dont l'exercice était mêlé de grandeur et de bonté. L'attention publique ne s'était point tournée vers ces sciences économiques, qui nécessairement conduisent aux idées de liberté , en inspirant l'envie de défendre des intérêts que l'on croit bien connaître. Enfin, cette portion d'indépendance , nécessaire à toute époque florissante , se retrouvait dans les disputes religieuses où se jetèrent les plus grands esprits , et qui partageaient et passionnaient le public. Les Lettres Provinciales offraient tout l'intérêt , toute la vivacité ,
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toute la hardiesse d'un pamphlet politique. Sans compter l'esprit , il j avait alors plus de malice et de courage à désoler les Jésuites, qu'il ne sera jamais possible d'en mettre à poursuivre des ministres. Les Jansénistes formaient l'opposition , et la soutenaient par de grands noms , d'excellents édrits , d'illustres amitiés , et beaucoup de faveur populaire. L indépendance de la pensée , ainsi concentrée , s'exerçait , je le sais , sur des futilités , de vaines arguties. Mais l'indépendance tient moins à la grandeur des choses que l'on défend , qu'à la chaleur, à la publicité , à l'obstination avec laquelle il est permis de les défendre. On peut mettre la liberté partout , pourvu qu'on la conserve. Les controverses de Bossuet et de Fénélon , la résistance si longue et si éclatante d'une grande vertu persécutée , contre tout l'ascendant du pouvoir souverain, furent encore un heureux exemple d'indépendance. Voilà de ces traits qui distinguent la monarchie du despotisme. L'autorité , inaccessible dans son propre domaine , où l'on n'aurait pas même su l'sittaquer, luttait seulement pour des questions frivoles , agrandies par l'opinion ; mais , enfin, elle connaissait une résistance. Lorsque la raison et le temps ont fait disparaître ces premiers aliments o£Perts à l'activité des esprits , on a dû arriver à des questions plus sérieuses, à des intérêts plus réels. On est sorti de la réserve dont se plaignait La Bruyère : un homme né chrétien et français a pu tout examiner et tout combattre. Que cette hardiesse ait produit du mal , elle n'en est pas moins un résultat obligé des circonstances ; elle nous a conduits à la nécessité invincible d'un gouvernement constitutionnel ; elle a mis une des plus grandes forces du pouvoir dans cette liberté qui est un de ses périls.
f9.) Montesquieu a dit que les anciens n'avaient pas une