Ô DE PLUTARQUE
des choses divines» Il fut toujours occupé lui-même des poëtes, des philosophes, des grands hommes de la Grèce polythéiste. U remplissait avec soin les fonctions de la prêtrise. Il n'avait pas voyagé dans la Grèce asiatique 5 et dans la Syrie. Il se tenait paisiblement dans les montagnes de la Béotie y où le culte du pays était conservé par la simplicité même djss mœurs. Il ne faut donc pas s'étonner qui! se soit peuenquis d'une religion nouvelle, qui «cachait encore avec soin ses dogmes et ses livres sacrés ; il parait même n'avoir eu que des notions fort superficielles sur les juifs ; il n'en parle que pour âe moquer de leur exactitude à garder le repos du sabat, et pour raconter sur leur culte une fable populaire , également recueillie par Tacite. Homme des siècles passés par son génie et par ses mœurs , naïf observateur des anciennes coutumes, Plutarque a dû par cela même rester indifiérent à cette grande nouveauté religieuse qui se répatidait sourdement dans l'univers , et que les Tacite et les Pline , du haut de leur fierté romaine , ont jugée avec un dédain si frivole et si cruel.
Les ouvrages philosophiques de !^lutarque sont sans doute le plus vaste et le plus amusant répertoire de la sagesse antique; mais les vies de ses grands hommes ont un mérite de plus : elles peignent la nature humaine avec une admirable naïveté. Là , cependant , nous trouvons encore , dans la conception générale de ses plans, quelques traces des ha-
ET DE SES OUVRAGES. 5Sg
bitudes de fausse éloquence , empruntée aux écoles' sophistiques de la Grèce et de Rome.
Plutarque intitule son grand ouvrage les F'ies Parellèles ; et dans ce cadre , l'histoire abrégée» de chaque grand homme de la Grèce a pour suite et pour pendant la vie d'un grand homme romain , laquelle est terminée par une comparaison , où les deux héros sont rapprochés trait pour trait 9 et pesés dans la même balance. Cette manie ne semblç-t-elle pas rappeler d'abord les thèses un peu factices des écoles , et les jeux d'esprît de l'éloquence ?
Lliistoire peut-elle en effet offrir toujours à point nommé ces rapports, ces symétries, que le talent oratoire saisit quelquefois entre deux destinées, deux caractères célèbres? L'exactitude ne doit-elle pas souvent manquer à ces rapprochemens essayés sur une longue série de grands hommes? Et Téerivain ne sera-t-il pas conduit à fausser les traits , pour créer des ressemblances , et à subtiliser , pour expliquer les différences? Enfin, un peu de monotonie ne s'attache-t-ii pas à celte méthode, qui établit , dans l'histoire de deux peuples, des correspondances si régulières , et emboîte les grands hommes de deux pays dans ces étroits compartimens? Peut-être, pour justifier ce système décomposition adopté par Plutarque , faut-il se souvenir qu'il était Grec, et que, dans l'esclavage de son pays , il trouvait une sorte de consolation à balancer la
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gloire des vainqueurs , en opposant à chacun de leurs grandshommesun héros qui fût né dans la Grèce.
L'érudition fait à Plutarque historien beaucoup d'autres reproches ; on l'a souvent accusé, et même convaincu de graves inexactitudes, d'oublis, d'erreurs dans les faits , dans le^ noms , dans les dates, de contradictions avec lui-même. On a découvert chez lui des fautes qui , dans les scrupules de notre exacte critique , compromettraient la renommée d'un historien , mais qui n'ôtçnt rien à son génie.
Plutarque qui a tant écrit sur Rome, savait, de son propre aveu , fort imparfaitement la langue latine. On conçoit d'ailleurs combien; dans l'antiquité, toute investigation historique, était lente, difficile, incertaine. Aidée par l'imprimerie , la patience moderne, en rapprochant les textes, les monumens, a pu rectifier les erreurs des anciens eux-mêmes ; mais qu'importe que Plutarque ait écrit que TuUie, fille de Cicéron , n'avait eu que deux maris ^ et qu'il ait oublié Crassipes? Qu'importe qu'il se soit trompé sur un nom de peuple ou de ville , ou même qu'il ait altéré le sens d'un passage de Titetive ? Ces petites découvertes de l'érudition laissant aux récits de l'historien tout leur charme et tout leur prix. On peut s'étonner davantage qu'il se contredise quelquefois lui-même; et que, dans deux vies, il raconte le même fait avec d'autres noms ou d'autres circonstances. Tout cela, sans
doute, indique une composition plus oratoire que critique , plus attentive aux peintures et aux leçons de mœurs qu'à la précision des détails : c'est en général la maaière des anciens.
Au reste , malgré ces défauts , il n'en faut pas moins reconnaître que, même pour la connaissance des faits 9 les Vies de Plutarque sont un des monumens les plus instructifs et les plus précieux que rérudition ait pu recueillir, dans l'état incomplet où nous est parvenue la littérature antique. Unefoule de faits , et les noms même- de beaucoup d'écrivains ne nous sont connus que par Plutarque. Indépendamment des grands hommes de l'histoire de la Grèce , qu'il a écrite avec des notions plus certaines et plus étendues, dans les vies mêmes des personnages romains 9 il a jeté grand nombre d'anecdotes qui ne sont point ailleurs. Il a rappelé de6 passages de Tite-Live , que le temps nous a ravis ; et il cite une foule d'écrits latins qu'il avait lus et dont il a seul révélé quelque chose à notre curiosité : par exemple les harangues de Tibérius Gracchus, les lettres de Cornélie à ses deux fils, les mémoires de Sylla , les mémoires d'Auguste, etc.
La critique savante qui a relevé les inexactitudes de Plutarque, a voulu quelquefois lui ôter aussi le niérite de ses éloquens récits. On a supposé qu'il était plutôt un adroit compilateur qu'un grand peintre , et qu'il avait copié ses plus beaux passages dans d'autres historiens. Le reproche parait peu vraisem-