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qui le fit général et conquérant , malgré son goût pour les études ' et le repos philosophique , ofire de grands traits de ressemblance avec Frédéric* Ces deux âmes ayaient été jetées dans un moule semblable ; et la diflférence des temps fit peut-être seule le grand contraste qui se mêle à leurs nombreuse analogies. Tous deux nés près du trône , ils eurent à supporter une jeunesse pleine d'entrayes, de périls, et menacée par la dure tyrannie de leurs proches* Julien fut emprisonné dans un. cloître; Frédéric dans un château fort. L'un redouta la cruauté de son oncle Constance; l'autre, la colère d'un père implacable ; tous deux furent préservés par le besoin que le Irône avait d'un héritier ; tous deux passèrent ce temps de rude épreuve dans la philosophie et les lettres, en s'attachant précisément aux études qui leur étaient le plus interdites. LW élevé de force dans- le christianisme, dévorait en secret les. ouvrages des sophistes. paieipis; l'autre menacé par un père qui aurait voulu brûler tous les livres, recevait furtivement, les ouvrages des plus hardis écrivains du dix-huitième isiècle. Frédéric dans les donjons de Spandftu s'animait en lisant Voltaire, comme Julien dans l'église d'Antioche , en étudiant le sophiste païen Libanius. Cette contrainte également éprouvée , ne fit qu'exciter également deux esprits vifs et pleins de vigueur. Us eurent la haine des opinions qu'on leur avait imposées, et le fanatisme de celles qu'on leur avait défendues. Mais la
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philosophie de Julien fut empreinte de la superstition de son temps ; elle fut austère et mystique ; celle de Frédéric eut la licence et le scepticisme du sien. Julien eut les mœurs pures et la tête exaltée; Frédéric eut les mœurs corrompues, et le cœur dur.
La philosophie de l'un et de l'autre, venant en partie de leur orgueil, ne les défendit pas de l'ambition. Julien mis à la tête d'une armée , avec sa démarche négligée , son attitude pensive , ses doigts ta(*hés d'encre, parut d'abord un sophiste hors de sa place: Frédéric devenu roi , et n'ayant pas oublié ses leçons de philosophie épicurienne , s'enfuit à sa première bataille; mais bientôt Julien et Frédéric devinrent de grands généraux, firent admirer leur courage , et enlevèrent après eux les cœurs des soldats : ici la comparaison s'arrête ; l'une des deux existences fut courte, moissonnée au milieu de sa tâche, après dix-huit mois de règne.
Frédéric remplit toute la carrière de la vie humaine, acheva ses desseins et jouit de sa gloire. On ne peut dire ce qu'eût essayé Julien par les armes et les lois. Il est à remarquer cependant qu'il était en lutte avec son siècle; que la philosophie était rétrograde et stérile , tandis que la philosophie de Frédéric , malgré ses erreurs , se liait au progrès social,^ et n'excluait pas la liberté sans la vouloir. Julien fut persécuteur , quoique généreux ; Frédéric tolérant , parce qu'il était sceptique.
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Julien par une victoire d'un moment , et par une tentative insensée , précipita la ruine de raocien culte et des anciennes opinions ; Frédéric fut le créateur d'une puissance durable.