‹ Mélanges historiques et politiquesChapitre 7 sur 9 · TROISIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PÉRIODE

Période des Stuarts > de i6o3 à 1689.

Vers le temps de l'avènement des Stuarts au trône d'Angleterre , l'intérêt de religion était , comme on le voit par ce qui a été rapporté jusqu'ici, le pivot sur lequel tournait toute la politique de l'Angleterre, tant dans l'intérieur qu'au dehors, tout comme celle de l'Europe en général dans ce temps-là. C'était sur le protestantisme Q£\ Elisabeth avait fondé son trône; et il ne pouvait y avoir de base plus solide, parce qu'elle le faisait servir à unir ses intérêts avec ceux de la nation. 11 semblait en conséquence que son successeur trouvât toute tracée la voie qu'il avait à tenir ; il jugea à propos d'en prendre une autre, et prépara par là la ruine de sa maison.

La maison des Stuarts est bien, dans l'histoire * la seule qui s'attira sa chute moins par des principes pratiques que par de théoriques. Ces principes étaient en opposition directe avec les intérêts de l'Angleterre en général , comme avec l'intérêt continental de ce temps-là, Si c'était en prenant la défense du protestantisme qiîÉIisabeth était parvenue à se faire considérer comme le chef suprême du parti protestant en Europe, il était clair que son successeur ne pouvait conserver cette prééminence qu'en se chargeant du même rôle avec line égale fermeté. Mais , par l'enchaînement bi-

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zarre de ses idées favorites , politiques et religieuses , Jacques Ier était incapable d'un tel rôle ; ces idées furent comme héréditaires dans cette maison , et elles étaient absolument inextirpables. La théorie de la suprême dignité et de la souveraineté de la puissance Toyale fixait sa croyance religieuse (a) , et des sentimens excités dans sa jeunesse par les destinées de sa mère, influèrent sur cette croyance. Il haïssait de tout son cœur les puritains, parce qu'il les regardait à peine autrement que comme des rebelles ; il reconnaissait l'église anglicane , parce que , comme roi d'Angleterre , il ne pouvait faire autrement; mais déjà, dans son premier discours au parlement (b) , il dit si clairement et si ouvertement, que lecatholicisme (mais sans la doctrine de la suprématie du pape, qui lui était odieuse en ce qu'elle restreignait la puissance royale) était la religion de son cœur, qu'il dut par là perdre tout d'un coup et pour toujours la confiance de la nation.

(a) Dès qu'il fut reconnu roi , il crut l'être de droit divin ; par cette raison, il se faisait traiter de sacrée majesté, ne cessant de dire à son parlemeut , que Dieu l'avait fait maître absolu, que tous leurs privilèges n'étaient que des concessions de la bonté des rois.

(6) Ce discours , composé par le roi lui-même , comme les autres , est une pièce intéressante dans l'histoire d'Angleterre ; il contient le germe de toute la semence de malheur qui mûrit ensuite pour les Stuarts. On disait que le mauvais génie de cette maison, qui l'entraîna comme aveuglée d'une fausse démarche dans l'autre , avait inspiré ce discours au roL

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Une réaction immédiate de ces principes sur la politique à 1 égard <îu continent était inévitable; et elle se montra d'une double manière déjà dans les premières années du règne de Jacques Ier à la paix avec l'Espagne , et dans lçs négoc iations des Pays-Bas avec cette puissance. Déjà en 1604 Jacques Ier termina la guerre avec l'Espagne, qu'Elisabeth ri avait pas voulu finir, par une paix avec Phlilippe III , dans laquelle l'Angleterre ne gagnait point d'avantages, et les habitans des Pays-Bas furent abandonnés à leur sort. Il ne s'agit pas ici de voir si cette paix était en soi plus ou moins avantageuse, il suffit de considérer qu'elle fit cesser tout d'un coup cette rivalrté avec l'Espagne qui, sous Élisabeth, avait été lame de la politique de l'Angleterre : c'était par cette rivalité et sur elle que s'était fondée la grandeur de ce royaume ; c'étai t par olle que sa puissance navale s'était développée; c'était sur elle que se fondait la confiance des autres états protestans, et la prééminence que l'Angleterre avait eue sur eux. Il est donc clair que le changement de ce rapport entraîna celui de toutes les relations de l'Angleterre avec le continent, et qu'il rompit le lien le plus ferme et le plus naturel dans les conjonctures de ce temps-là.

La seconde occasion où le changement de système de la politique de l'Angleterre se montra, ce fut la négociation dans laquelle les Provinces-Unies des Pays-Bas entrèrent en 1607 avec l'Espagne, par rapport à la reconnaissance de leur indépendance.

Que ce moment devait être important pour l'Angleterre , qui avait si long-temps soutenu la même lutte! Avec quelle activité ÈUsabeth en aurait-elle profité , pour s'approprier le mérite de la négociation 5 et pour s'attacher îa nouvelle république par des liens lâches, s'il était possible, et cependant forts! Mais de telles idées ne s'arrangeaient pas dans une tête comme celle de Jacques. Selon son système , les habitans des Pays-Bas n'étaient pro prement que des rebelles à leur roi ; et de là vint que dans la négociation il se contredit lui-même d'une manière si étrange , que personne ne pouvait bien savoir ce qu'il voulait , parce qu'il ne le savait pas lui-même. La conséquence en fut, qu'à la fin , personne ne s'inquiéta plus de lui , et que Henri IF gagna l'influence qxx Elisabeth se fût * appropriée.

Cette apathie et cette indolence que Jacquc - 1er cachait sous le nom d'amour de la paix, aurait achevé de rompre les rapports de l'Angleterre avec le continent , si des affaires de famille n'en eussent renoué quelques-uns. Le soin de procurer à son prince un parti sortable ( c'est-à-dire , selon ses principes, de le marier avec la fille d'un roi), l'engagea dans une négociation qui fait voir mieux que rien d'autre toute la bizarrerie d'une tête si étrange. Son fils et son héritier devait épouser une princesse d'Espagne; par conséquent une catholique , d'une maison et d'une nation qui , par l'opposition des intérêts politiques et religieux ? était

l'ennemie jurée de l'Angleterre. Ainsi Jacques let n'hésitait point à compromettre les intérêts de son fils, ceux de son peuple, et les siens propres, sitôt qu'il s'agissait de satisfaire un de ses caprices qui tenait à ses préjugés. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans les détails de ces singulières négociations qui pendant sept années, de 1617 ^ 1624, procurèrent à la cour d'Espagne l'avantage de mener à la lisière ce roi faible, et qui , ayant pourtant échoué à la fin , occasionnèrent une guerre qui entraîna l'infortuné Charles Ier à la première des démarches qui le perdirent.

Mais précisément dans le cours de ces négociations, le mariage Elisabeth , l'unique fille de Jacques Ier , avait amené une autre suite de rapports avec le continent, lesquels influèrent beaucoup sur ces négociations. Cette princesse avait épousé en 1612 l'électeur palatin , Frédéric V, qui en 161 8 accepta la couronne de Bohème, que la bataille de Prague et ses suites lui firent perdre de même que ses états héréditaires. Si Jacques Ier eût alors pris une part plus active à la guerre en Allemagne , personne n'eût pu lui reprocher d'avoir confondu les intérêts du royaume avec ceux de sa fille. Il s'agissait ici des uns et des autres; il s'agissait des intérêts du protestantisme , d'autant plus que depuis 1621 , la guerre entre l'Espagne et les Pays-Bas s'était renouvelée. Mais Jacques 1er se trouvait encore ici en contradiction avec lui-même : il n'approuvait pas l'entreprise de son beau-fils ,

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parce qu'il regardait les Bohémiens comme des rebelles ; et cependant il aurait bien voulu que sa fille eût une couronne. L'alliance étroite qu'il y avait entre l'Espagne et l'Autriche, lui faisait trouver encore plus dangereux d'entreprendre quelque chose; car s'il voulait s'y résoudre, on n'avait en Espagne qu'à le menacer de rompre les négociations relatives au mariage de son fils , pour le replonger dans ses irrésolutions. De là le triste rôle qu'il joua à cette époque importante : un secours qui ne pouvait servir à rien , fut tout ce que son beau-fils reçut de lui.

Si Jacques Ier trahissait de la sorte les intérêts de l'Angleterre à l'égard du continent , cette négligence fut vengée d'une manière bien frappante. La même puissance qui, sous le règne précédent, mettait un des principaux poids dans la balance de l'Europe, déchut ensuite à un tel degré, que son influence était presque tournée en dérision. Nous avons vu dans cette discussion , que les relations de FzAngleterre avec le continent étaient alors bien simples en comparaison de celles des temps suivans; et cependant l'histoire du règne de Jacques Ier présente clairement le résultat que la négligence de l'intérêt continental est aussi pour l'Angleterre le commencement de la décadence.

Le règne de son fils infortuné commença, il est vrai , par une double guerre avec l'Espagne et avec la France. Mais la première n'avait été occasionnée que par le projet de mariage échoué ; c'étaient

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par conséquent des affaires de famille qui en étaient la cause ; le motif de l'autre devait être de soutenir les huguenots en France , lorsque Richelieu les fit désarmer; c'était donc un motif de religion : mais c'était la haine personnelle des ministres qui en était la véritable cause. Ges deux guerres, entreprises sans plan et soutenues faiblement, ne servirent qu'à engager Charles Ier dans des démêlés avec son parlement.

La part que ce prince prit encore aux affaires de l'Allemagne et à celles de la maison palatine , fut si faible et si inefficace, qu'elle n'aboutit à rien; et l'on voyait bien que ce n'était ni l'intérêt de la nation , ni celui de la religion , mais l'intérêt de famille qui le faisait agir. Il perdait donc toujours de vue le véritable intérêt continental de l'Angleterre; et au milieu des tempêtes suscitées dans l'intérieur contre lui, il n'avait pas le temps de s'inquiéter des affaires du dehors. Ainsi l'Angleterre, abandonnée à elle-même, demeura comme entièrement isolée dans le système des états de l'Europe , jusqu'à ce que Cromwell se saisit en 1649 du timon des affaires.

Non -seulement le gouvernement de ce hardi usurpateur se distingue par le plus de vivacité dans la part qu'il prit passagèrement à l'intérêt continental, mais encore il n'est pas resté pour cet intérêt sans suites durables. Les orages de la révolution avaient excité en Angleterre des forces qu'on n Vivait pas connues auparavant ; presque chaque

homme en état de porteries armes les avait prises, et l'esprit des factions avait créé des ressorts mora ux qui ne peuvent agir que dans de tels temps. A cela se joignait la circonstance bien importante que, malgré les troubles des temps de Charles Ier et de son père , la marine n'avait pas été négligée ; Charles y avait employé bien scrupuleusement les sommes votées pour ce département: ainsi la république était dès sa naissance beaucoup plus puissante par mer et par terre que la monarchie ne l'avait été auparavant.

Les propres intérêts du protecteur exigeaient sans doute qu'il prît vivement part aux affaires du dehors , afin de pouvoir détourner la grande fermentation dans l'intérieur , et en même temps afin de donner plus d'éclat à son autorité ; mais d'ailleurs il avait antérieurement commencé à se former un nouvel intérêt , qui devait croître encore toujours avec la suite des temps, et gagner une influence toujours plus grande sur les relations avec les puissances du continent oit, X intérêt colonial.

La navigation et le commerce des Anglais s'étendaient , il est vrai , déjà depuis long-temps jusqu'aux ludes orientales ; mais ils n'y avaient encore que quelques factoreries et point d'établissemens : celles-là donnaient même déjà lieu à des querelles avec les Hollandais et les Espagnols , dont la jalousie n'y voulait point souffrir d'étrangers {a). Les

[a) Particulièrement à Amboine , où les Hollandais massa-

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premières colonies des Anglais furent établies sur les côtes de l'Amérique septentrionale et aux Indes occidentales. Les troubles politiques et religieux contribuèrent le plus à la fondation de ces établissemens. Des troupes de mécontens émigraient et allaient chercher au-delà des mers une liberté ou une sûreté qu'ils ne trouvaient pas chez eux , ou qu'ils croyaient ne pas y trouver. Ce fut ainsi que se formèrent dans ce temps-là les nombreux établis* semens dans plusieurs des provinces qui font actuellement partie des États-Unis, ainsi qu'aux Indes occidentales depuis 162 5 et 1624 à la Barbade,Saint-Ghristopheetquelquesautres des petites Antilles, que les Espagnols avaient jugé ne pas valoir la peine d'être occupées.

Ces établissemens étrangers demeurèrent toujours dans une certaine dépendance de la mèrepatrie; quelques différences qu'il y eût dans les modifications de ce rapport , il f.diait par consé* quent que la mère-patrie les protégeât; et comme c'était particulièrement contre les puissances du continent d'Europe $ cet intérêt colonial devint tout naturellement par-là un des principaux res-* sorts de la politique continentale. Ce furent surtout les. absurdes prétentions des Espagnols qui amenèrent d'abord cet enchaînement d'intérêts ;

crèrent cruellement les Anglais qui s'y trouvèrent en iG23? sous le prétexte d'une conspiration, et leur enlevèrent aussi la. petite île de Poleroora*

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ayant les premiers fait la découverte du Nouveau- Monde , ils s'en arrogeaient la propriété entière , de même que la navigation exclusive dans ces mers. Même dans les périodes de paix ils ne se départirent pas de ces prétentions , et quoique depuis le traité de 1604 ces établissemens jouissent d'un peu plus de tranquillité , et , en conséquence, prospérassent mieux , cependant les Espagnols se permirent, dans plusieurs occasions, des violences et des cruautés qui prouvaient assez qu'ils ne voulaient pas renoncer à leurs prétentions ; ce fut du moins un des motifs qui déterminèrent Cromwell à les châtier, lorsqu'il leur déclara la guerre en i655.

Tout le système que le protecteur s'était fait à l'égard de la politique continentale , était fort vaste et compliqué ; c'est pour cela qu'il n'est pas aisé d'en saisir tous les détails (a). Tout son gouvernement prouve qu'elle grande importance il y attachait ; et si d'un côté on ne peut nier que la passion et des besoins personnels y avaient de l'influence, on ne saurait de l'autre disconvenir que le tout se fondait sur le principe incontestablement juste , « d'en faire le moyen de l'agrandissement du corn- » merce et la navigation de l'Angleterre ». Les

(«) C'est cette partie de l'histoire de Cromwell que Hume a traitée le plus faiblement. On y recherche en vain l'exposition de toutes les idées principales qui sont pourtant si évidemment dans la politique de Cromwell.

suites en furent les deux guerres étrangères qu'il fit , celle contre la Hollande ( de 1 652 à i654 ) , et celle contre l'Espagne (de 1 655 à 1657).

Quelles que fussent les autres causes qui contribuèrent à amener la guerre contre la Hollande, ce fut néanmoins une guerre de commerce, la première de ce genre que l'Angleterre ait entre* prise. Les relations avec les Indes occidentales , où les Hollandais s'étaient approprié presque entière** ment le commerce des îles Britanniques, surtout des plus importantes, comme la B;jrbade , donnèrent lieu à ce fameux acte de navigation ( i65o) , qui, non-seulement assurait exclusivement à la mère-patrie le commerce avec les colonies, mais encore qui ne permettait d'importer en Angleterre les productions des pays de l'Europe, que dans des vaisseaux appartenant à ces mêmes pays , et qui 7 par là, portait un dommage bien considérable à l'immense profit que les Hollandais trouvaient dans cette navigation : c'est pourquoi cet acte ne différait guère d'une déclaration de guerre (1). Mais il s'était fait déjà un bien grand changement dans

(1) Voltaire prétend que « CromweLl n'eut d'autre part à cet » acte de la navigation que celle d'en être fâché, parce que cet » acte , très-préjudiciable aux Hollandais , fut une des causes » de la guerre entre l'Angleterre et les Sept-Provinces , et que » cette guerre, en portant toutes les grandes dépenses du côté » de la marine , tendait à diminuer l'armée de terre dont » Cromwell était général ». (Essai sur les mœurs et l'esprit des Hâtions, tome IV, chap. 182.)

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les relations des deux états: il s'en fallait peu que les Hollandais n'eussent alors le monopole du commerce ; et si l'Angleterre voulait y prendre part , il fallait bien soutenir une lutte telle que celle qui eut lieu sous Cromwell. La contestation sur le droit de pavillon , quelque futile qu'elle paraisse, caractérise la rivalité de ces deux nations d'une manière Lien remarquable; maison n'a pas besoin de prouver que le maintien de l'acte de la navigation fut un des principaux fondemens de la grandeur cle l'Angleterre.

La guerre contre l'Espagne , avec l'appui de la France , a eu une double conséquence pour l'Angleterre. D'abord la conquête de la Jamaïque en 1 655 , fixa pour toujours l'intérêt colonial des Indes occidentales. L'Angleterre n'avait j usque alors que quelques-unes des petites îles caraïbes , et elle y était plus tolérée qu'elle ne s'y soutenait. Le plan de Cromwell était d'enlever aux Espagnols Saint- Domingue , leur principal établissement , et de rendre par là les Anglais maîtres aux Indes occidentales. Ce projet manqua , mais la conquête de la Jamaïque qui , quelque insignifiante qu'elle fût alors, devint en peu d'années une colonie anglaise bien florissante, était un dédommagement; et la consommation des marchandises coloniales allant toujours en croissant , les Indes occidentales devaient avoir pour l'Angleterre une importance qu'elles n'avaient pas eu auparavant, et qui devait conserver une grande influence sur les relations

avec les autres peuples qui y possédaient déjà des établissemens ou qui en formaient.

La seconde conséquence de cette guerre fut le renouvellement du plan d'avoir des possessions sur le continent. Le plan du protecteur tendait à s'emparer des villes maritimes et peut-être de toutes les côtes des Pays-Bas espagnols ; c'est pour cela qu'il fallut que la France s'engageât d'avance à laisser à l'Angleterre les places dont on y ferait la conquête , Dunkerque , Mardyk et Gravelines ; et effectivement les deux premières passèrent de cette manière entre les mains des Anglais. Ses vues allaient encore plus loin : il voulait s'emparer des principaux ports de la mer du Nord et de la Baltique ; et l'alliance qu'il fit en 1657 , avec la Suède, devait lui en frayer la voie (a). C'était l'époque où Charles X, ce guerrier, successeur de Christine y voulait fonder une grande- monarchie dans leNord, au moyen de la conquête de la Pologne et de celle du Danemarck. Le protecteur lui promit de l'appuyer ; et pour sa part il jetait les yeux sur la possession de Brème, de Helsingoes et de Dantzick. Mais pour réaliser des plans si vastes, il fallait une vie plus longue que celle de Cromwell ne le fut» La possession de la Jamaïque et l'acte de la naviga-

{a) Selon Hume , XI, p. 271 , il conclut l'alliance avec la Suède uniquement par zèle pour le protestantisme. Cependant il se réserva , en vertu de l'art. XVII du traité , la disposition de toutes les places fortes qu'on prendrait aux Danois ; ce qui ne se faisait pas sans doute par pur zèle pour le protestantisme.

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tion restèrent les monumens durables de son protectorat. (Dunkerque avait été rendue à la France déjà en 1662.)

Quelque vastes que fussent ses projets, il n'y eut cependant que quelques-unes des idées de sa politique continentale qui furent mises en exécution. Mais lorsque, par la restauration de 1660, les Stuarts remontèrent sur le trône , les anciens préjugés de leur maison revinrent avec eux ; et sous les rapports de ce temps là, ces préjugés devaient devenir encore plus dangereux pour l'Angleterre que dans la période de Jacques 1er et de son fils. C'était le temps où la puissance de Louis XI F$ éleva. si rapidement et d'une manière si redoutable, que le repos et l'indépendance de tous ses voisins en furent troublés. Pour exécuter ses projets, il fallait qu'il fût de concert avec l'Angleterre; et quoiqua sa première tentative cette puissance prît part à l'alliance qui amena, ou qui parut amener la paix d'Aix -la-Chapelle, en 1 668, il est cependant généralement connu par l'histoire que Charles 11 et ses ministres mercenaires furent bientôt engagés si avant dans les intérêts de la France , qu'ils allèrent même jusqu'à prendre part à la guerre à outrance contre la république des Pays-Bas, quelque contraire qu'il fût aux intérêts de l'Angleterre de la laisser subjuguer par la France. L'espérance de parvenir au pouvoir absolu , par les secours de la France , et après avoir renversé la constitution et la religion , était le talisman par le moyen duquel

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ce prince prévaricateur se laissa entraîner et retenir dans les intérêts de Louis XIP \ de même que son frère et son successeur (a). Ce serait donc en vain que sous de tels princes, qui ne prenaient que leurs passions et leurs préjugés pour règle de leur conduite , on chercherait de fermes principes politiques d'un intérêt continental : il fallait une révolution pour fonder de nouveau cet intérêt.

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