DOUVERTURE A L'AUDITOIRE DE THÉOLOGIE
Messieurs.
En m'asseyant pour la première fois dans cette chaire, que mon vénérai)le prédécesseur a occupée si longtemps, j'éprouve avant tout le besoin de m'associer aux regrets dont vous l'avez accompagné dans sa retraite, et aux sentiments profonds d'attachement qu'il laisse dans vos cœurs. Qui est mieux placé que moi, Messieurs, pour comprendre et partager de tels sentiments '? Ce sont ceux que je lui vouai moi-même, dés l'instant où je devins son disciple; c'est dans son enseignement, clair, judicieux, riche de faits intéressants, que je puisai pour la première fois le goût de la science que j'ai depuis lors constamment cultivée, et chaque jour m'a fait mieux apprécier l'heureuse influence qu'il exerçait sur ses élèves, et les rares secrets qu'il possédait pour gagner leurs cœurs. Que de grâce, d'aménité, de bonté dans son accueil!
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Sous ses cheveux blancs, qui commandaient le respect, (|ue de jeunesse et que de vie ! Quelle admirable droiture d'esprit et de caractère ! Ayant lui-même inauguré cette prédication simple, pratique, animée, qui convient à notre siècle, quels utiles conseils il était en état de donner à cet égard à ses élèves ; avec quel tact exquis il appréciait leurs essais oratoires; que de vérité, que de profondeur souvent dans ses jugements brefs et concis !
Oui, regrettez-le. Messieurs : vous pourrez vivre bien des années encore et rencontrer peu d'hommes qui lui ressemblent ; mais féUcitez-vous d'avoir été appelés à le connaître et conservez toute votre vie le souvenir de ses précieuses directions.
Pour moi, qui sens si vivement tout ce qui me manque pour le remplacer auprès de vous, ce n'est pas non plus sans inquiétude que je mesure l'étendue de ma tâche et le champ presque sans bornes de la science à laquelle je suis chargé de vous initier. J'espère toutefois, autant que Dieu m'en accordera les forces, ne vous point laisser trop au-dessous de son niveau actuel ; je m'efforcerai de vous faire connaître les travaux les plus importants dont elle s'est enrichie de nos jours, surtout en Allemagne.
En attendant, je crois devoir, dans ce premier entretien, vous exposer brièvement mes vues sur l'enseignement qui m'est confié, vous indiquer l'utilité principale que l'histoire de l'Église me paraît offrir au pasteur et
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au théologien , les fruits que je désire vous faire recueillir de son étude et, en conséquence, l'esprit dans lequel je me propose de m'y livrer avec vous.
L'utilité la plus directe qu'offre pour vous l'histoire de l'Église consiste évidemment dans les connaissances positives que vous êtes appelés à y puiser. A cet égard. Messieurs, est-il nécessaire que j'entre avec vous dans de longs détails ? Vous sentez combien ces connaissances vous sont indispensables, combien il serait honteux pour le ministre de Jésus-Christ de n'être instruit que vaguement des destinées de la religion dont il doit être l'organe, de la société dont il aspire à devenir un des conducteurs. Vous savez que l'histoire ecclésiastique se lie étroitement à toutes les autres branches de vos études : à la théologie systématique, par l'histoire du dogme, à Tapologétique, par l'exposé des effets que le christianisme a produits sur l'humanité, à l'exégèse des saints livres, par les documents qu'elle nous fournit sur l'époque et les circonstances où ils ont été écrits, à la théologie pratique, enfin, qui lui emprunte pour appuyer ses préceptes un recueil innombrable d'observations et d'expériences. Ce que l'histoire politique est pour les conducteurs des États, l'histoire ecclésiastique l'est pour ceux qui se destinent au gouvernement de l'Église, un manuel, un guide sans lequel ils ne peuvent en quelque sorte faire un pas.
Mais, ce ne sont pas seulement des connaissances positives, ce n'est pas seulement de la science que vous
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devez puiser dans l'étude de l'histoire ecclésiastique.
Cette étude me paraît encore éminemment propre à
développer en vous deux dispositions, l'une religieuse,
l'autre intellectuelle, qui, à différents degrés, vous
seront indispensables dans l'exercice futur de votre
ministère.
Vous vous destinez, Messieurs, aux saintes fonctions d'ambassadeurs de Christ ; vous voulez être les continuateurs de son œuvre, les propagateurs du message de paix, de salut et de bénédiction, qu'il est venu apporter^ au genre humain. Pour cela, la première condition que vous devez remplir, la première qualité que l'Église a droit d'attendre de vous, c'est de revêtir, autant que cela est donné à la faible humanité, l'esprit et les sentiments de votre maître. Jésus vous l'a dit lui-même : « Hors (le moi, vous ne pouvez rien produire. Comme le « sarment ne peut porter des fruits s'il ne demeure atta- « ché au cep, vous de même vous n'en pouvez porter si « vous ne demeurez en moi. »
Et n'est-ce pas là ce qu'éprouvent tous les jours ceux qui sont chargés du soin des âmes? Serviteurs inutiles, tant qu'ils ne font que revêtir extérieurement la livrée de leur maître, ils ne deviennent réellement ses ministres que lorsqu'ils sont animés, de ce dévouement pour
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Dieu, de cette ardente charité pour les hommes qui distinguent le souverain Pasteur. Alors seulement ils font le bien parce qu'ils ont véritablement à cœur de le faire ; alors seulement ils trouvent le chemin des âmes parce que l'amour et l'humilité les y font pénétrer sans effort ; alors seulement, une vraie sympathie s'établit entre eux et leur troupeau;' alors seulement leurs paroles consolent, éclairent, fortifient parce qu'elles leur sont dictées par l'esprit de force, de lumière et de consolation.
C'est là. Messieurs, ce que vous éprouverez lorsque vous serez revêtus des fonctions du ministère. Mais en attendant que votre propre expérience vous dirige à cet égard, et de peur que ce ne soit peut-être aux dépens du troupeau qui vous sera confié, l'expérience des siècles passés est chargée de vous en instruire. En parcourant les annales de l'Église, vous y verrez à chaque page briller cette grande vérité, que si les talents, le génie, la puissance suffisent pour gouverner des États, l'Église en aucun temps n'a fleuri et prospéré que sous l'influence de l'esprit qui l'a fondée.
Vous verrez les premiers ordres religieux, aussi longtemps que cet esprit se conserve dans leur sein, convertir, civiliser les nations barbares, opérer chez elles des prodiges qui nous étonnent. Bientôt leurs richesses se multiplient, leur pouvoir temporel augmente, il semble que leur influence sur les peuples doive s'accroître dans la même proportion, et c'est alors au contraire que les peuples se détachent d'eux pour se prosterner devant
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la besace d'un pauvre religieux qui a pris l'humilité du Sauveur pour modèle. — Vous verrez l'Église d'Orient répandue dans les plus belles contrées du monde, héritière des sciences, des arts, de la civilisation de l'ancienne Grèce, soutenue par le sceptre des successeurs de Constantin ; mais bientôt la faveur du souverain lui devient plus chère que celle de son maître ; elle abdique aux pieds du pouvoir la noble fierté de l'épouse de Jésus-Christ et expie par dix siècles de décrépitude et de stérilité ce volontaire esclavage. — Vous verrez enfin l'Église de Rome aux deux périodes extrêmes de sa fortune ; vous la verrez au siècle de Grégoire le Grand, lorsque, armée encore d'une' simple houlette, elle veillait d'un cœur maternel sur les destinées du monde chrétien, entourée alors de l'amour et des bénédictions des peuples ; puis vous la verrez au siècle de Léon X, lorsque ceinte d'une triple couronne, ayant des rois pour sujets, elle élevait à sa gloire le plus beau temple de l'univers, vaincue par qui ? par quelques hommes obscurs, qui n'ont d'autres armes à lui opposer que l'épée de l'esprit et le bouclier de la foi.
Mais, à côté de ces exemples si propres à vous faire salutairement réfléchir, que de modèles propres à enflammer votre émulation vous sont offerts dans les annales de l'Église. Sans parler du Sauveur lui-même, dont lavie forme le magnifique frontispice de cette histoire, sans parler de ceux auxquels il conféra de ses mains le
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sacerdoce, quelle glorieuse suite de pasteurs, de docteurs, de martyrs, animés aussi de son esprit, mais dont les vertus plus humaines seront plus accessibles à votre faiblesse et vous serviront comme d'échelons pour vous élever jusqu'à lui ! On je me trompe, Messieurs, ou les traits de ces héros de la chrétienté, empreints dans votre mémoire, se replaceront d'eux-mêmes sous vos yeux quand Dieu vous appellera à la conduite des âmes ; l'esprit plein de ces modèles et d'un idéal de vertus sacerdotales que vous voudrez atteindre, vous serez moins sujets à vous livrer au relâchement, moins facilement satisfaits de vos faibles efforts, moins enclins à vous autoriser de l'exemple des pasteurs négligents. En vivant dans l'intimité des plus dignes conducteurs de l'Église, vous vous pénétrerez peu à peu de leur charité et de leur zèle, vous vous exercerez à marcher comme eux de vertus en vertus, à vous approcher sans cesse de la mesure parfaite de la stature de Jésus-Christ.
Bien que ce soit là le fruit le plus précieux que vous deviez recueillir de l'histoire de l'Église, son étude vous est nécessaire aussi sous un second point de vue ; plus qu'aucune autre elle peut vous donner cet esprit de discernement, cette sûreté et cette élévation de coup d'œil dont vous aurez besoin, pour juger les opinions et les partis et pour reconnaître les besoins de votre siècle.
Oui, Messieurs, grâce à elle vous ne serez point des spectateurs inattentifs ou inintelligents des événements rehgieux de nos jours. Habitués à réfléchir sur les faits
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passés, à exercer sur eux votre jugement, à rechercher leurs causes, à suivre leurs conséquences, à les considérer dans leur ensemble et leur enchaînement, vous apporterez le même esprit à l'examen des faits contemporains, vous envisagerez de plus haut votre propre siècle, vous en discernerez mieux le caractère, le génie, vous reconnaîtrez mieux les plaies qui le travaillent et les remèdes qu'il convient d'y apporter.
Dès lors, dans les diverses fonctions de votre ministère, vous ne marcherez plus au hasard, vous saurez la route que vous devez tenir, celle où vous devrez conduire votre troupeau, les institutions que vous devrez seconder, les tendances que vous devrez favoriser, les vérités, les devoirs sur lesquels vous devrez insister de préférence. Vous saurez surtout ce qu'exige de vous la situation critique où la religion se trouve encore. Instruits par l'expérience des siècles précédents, plus vous aurez à cœur de raffermir le christianisme, plus vous comprendrez la nécessité de ne le replacer que sur des /fondements inébranlables. Ainsi vous ne chercherez point à ressusciter d'anciens formulaires, d'imparfaits symboles que leurs défenseurs eux-mêmes sont obhgés d'abandonner lambeau par lambeau ; vous ne croirez point ranimer la foi par cela seul que vous repousserez la raison et la science. Mais d'un autre côté aussi vos efforts pour l'épuration du christianisme ne vous feront point planter éternellement vos tentes dans le champ stérile de la discussion et de la critique ; vous ne trans-
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formerez point en un tissu de négations une religion éminemment vivante et positive et l'on ne vous verra point uniquement occupés à démolir, dans un siècle où il s'agit avant tout de réédifier.
Ce même discernement, que vous aurez puisé dans l'étude des siècles passés, vous servira aussi de nos jours à juger les opinions et les partis. Accoutumés à voir passer sous vos yeux tant de doctrines, tant de systèmes, tant d'églises, tant de sectes de toute dénomination, accoutumés à les soumettre à votre examen, à faire dans chacune la part du bien et du mal, du vrai et du faux, à comprendre le rôle qu'à leur insu peut-être elles remplissent dans les desseins de la Providence, vous envisagerez avec la même impartialité, avec le même calme, les partis qui se divisent aujourd'hui le monde chrétien ; vous ne vous laisserez ni séduire par leurs flatteries, ni effrayer par leurs anathémes ; vous rendrez justice à tous sans devenir les esclaves d'aucun, et vous saurez conserver au milieu d'eux une attitude élevée et indépendante. Enfin, voyant la lenteur et néanmoins la sûreté des progrès accomplis jusqu'à ce jour dans le domaine religieux, vous comprendrez que, si Dieu dans le gouvernement du monde ne règle point son pas sur notre impétuosité, il ne trompe point nos vertueux efforts ; vous acquerrez ainsi la patience qui sait attendre et le courage qui sait persévérer.
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Vous avoir exposé, Messieurs, les principaux fruits que vous devez recueillir de l'histoire de l'Église, c'est vous avoir indiqué suffisamment l'esprit dans lequel je me propose de la traiter avec vous.
Je m'attacherai sans doute avant tout à vous donner des connaissances positives; je m'efïorcerai, autant que le permettra le temps restreint qui nous est assigné, de n'omettre aucun fait qu'il vous importe réellement de connaître, aucun de ceux qui ont influé véritablement sur les destinées du christianisme, aucun de ceux qui peuvent jeter quelque clarté sur les autres branches de la théologie.
Mais convaincu de l'utilité de l'étude philosophique de l'histoire, persuadé que ce n'est qu'en jugeant les faits, en les comparant entre eux et s'élevant par là aux lois générales d'où ils dépendent, que l'on peut en reti- ^rer d'utiles leçons pour le gouvernement de l'Église, je 'ne me bornerai point à vous les raconter, je ne m'astreindrai point à les exposer dans un ordre strictement chronologique ; je m'attacherai plutôt à vous faire démêler leurs causes, saisir leurs rapports, suivre leur enchaînement, de manière qu'il reste dans votre esprit une idée aussi nette que possible de la marche du christianisme et de l'ensemble de ses destinées.
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Enfin ce côté philosophique de l'histoire de l'Église ne me fera point perdre de vue son côté édifiant, et les événements ne me feront point oublier les hommes. Je saisirai au contraire avec empressement toutes les occasions qui s'offriront à moi de vous retracer le caractère, la vie, les travaux de ceux qui ont joué quelque rôle important dans l'Église ; je rechercherai avec vous le secret de l'influence qu'ils y ont exercée, en m'efforçant de faire servir à votre instruction leurs défauts et leurs erreurs aussi bien que leurs vertus.
Tel est. Messieurs, le dessein que je me propose, telles sont les vues qui présideront à mon enseignement. Ah ! si je pouvais ainsi le rendre vraiment profitable à vous-mêmes et au ministère que vous devez exercer ; si je pouvais, de concert avec mes honorés collègues, former pour l'Église une génération de ministres fidèles, éclairés, et qui fibres de tout joug humain n'appartinssent qu'à Jésus-Christ, aucune charge ne me semblerait plus belle que celle qui vient de m'être confiée. Croyez, Messieurs, qu'aucun effort ne me sera pénible pour contribuer à ce grand résultat; croyez qu'au dedans comme au dehors de mon enseignement je serai heureux de diriger vos travaux et de vous guider dans la sainte carrière que vous aspirez à parcourir.
Il va sans dire que pour cela votre concours m'est nécessaire. Mais à cet égard vous m'avez déjà prévenu et les assurances que j'ai reçues de vous m'ont été d'un
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favorable augure '. Heureux le professeur à qui ses élèves viennent d'eux-mêmes exprimer leur vif désir de s'instruire profondément dans la science qu'il doit leur enseigner 1 Je sais donc d'avance, Messieurs, que je puis compter sur vous. Je sais que vous apporterez à cet enseignement toute l'attention, toute la gravité qu'il exige. Je sais que je trouverai en vous des hommes dignes de recueillir et de méditer les sérieuses leçons de l'histoire de l'Église, et que même dans les parties les plus arides de cette science (car quelle est la science dont le champ tout entier présente un égal attrait) vous ne vous relâcherez en rien du zèle qui vous anime. Je sais tout cela, Messieurs, et je ne vous ferai point l'injure de vous adresser ici des recommandations que vos propres engagements rendent superflues.
Ne croyez point du reste que vos études théologiques, quelque loin que vous les poussiez, risquent d'éteindre eu vous ces sentiments de piété vive et profonde dont vous éprouvez également le besoin. Tel serait leur effet je l'avoue, si vous perdiez de vue le grand but auquel elles doivent vous conduire, si vous n'y voyiez que des études oiseuses, dont l'unique résultat serait de laisser dans votre mémoire quelques dates, quelques noms et quelques faits. Mais si vous les regardez comme une préparation indispensable à l'exercice de votre
^ M. Chastel fait ici allusion à une lettre que lui adressèrent les étudiants en théologie au moment de sa nomination.
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ministère, si d'avance vous placez devant vos yeux l'usage que vous serez sans cesse appelés à en faire, les hautes leçons que vous devez y recueillir; si vous y cherchez des armes pour répondre à ceux qui vous attaqueront sur le terrain de la science, des arguments pour combattre le doute chez les âmes chancelantes : — si, en un mot, vous vous rappelez continuellement que vos études ont pour objet direct l'avènement du règne de Dieu, et que, dans cette persuasion, vous vous y livriez avec une ardeur infatigable, ne craignez point qu'elles dessèchent votre cœur. L'amour de Dieu, de quoi se nourrit-il sinon des dévouements et des sacrifices qu'on s'impose pour le servir ? L'illustre Origène ne crut point étouffer en lui les sentiments pieux dans lesquels il avait été élevé, lorsqu'à un âge bien plus avancé que le vôtre, il se livrait à des travaux dont la seule énumération nous effraie ; mais c'étaient à ses yeux autant d'armes qu'il rassemblait pour la cause de l'Évangile , et le savant ne nuisit chez lui ni au chrétien, ni au prédicateur, ni au martyr. Il en sera de même pour vous, Messieurs; chaque effort généreux que vous ferez pour acquérir les talents et les connaissances nécessaires à votre vocation, chaque moment que vous déroberez à l'oisiveté, au plaisir, à des lectures frivoles, pour le donner à la méditation des hautes vérités que vous devez prêcher, chaque progrès enfin que vous ferez dans le chemin de la vraie science, seront autant de degrés par lesquels vous vous rapprocherez de Dieu, autant de ga-
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ges que vous lui donnerez de voire futur dévouement à son service. Une expérience constante prouve que les étudiants zélés et consciencieux font plus tard les bons pasteurs, et rien n'est plus profond que ce mot de notre maître : « Celui qui a été fidèle dans les petites choses « le sera aussi dans les grandes. »
Genevois, mes chers concitoyens, qui, dans la ville même de la réformation, aspirez à en porter la bannière, songez aux noms glorieux de ceux qui l'ont illustrée pendant ces trois siècles, songez au poids de renommée que vous aurez à soutenir, songez à cette Église qui a toujours été un des plus beaux lustres de la patrie, et dont la patrie veut pouvoir toujours se glorifier.
Et vous, qui ne nous êtes pas moins chers et qui, éloignés de votre pays natal, avez plus de droit encore, s'il est possible, à notre bienveillance et à nos soins ; enfants de cette Église de France à laquelle tant de souvenirs nous lient, dont les destinées sont les nôtres, et peut-être aujourd'hui celles du monde chrétien tout entier, songez aux grands desseins pour lesquels Dieu la réserve, au grand rôle auquel elle est appelée et aux qualités éminentes qu'il faut pour la diriger. Déjà, Messieurs, elle a les yeux sur vous ; elle veut savoir quels conducteurs elle aura un jour à sa tête ; elle veut savoir si, dans les rudes combats qu'elle doit soutenir, vous serez dignes de porter devant elle l'arche sainte et de la défendre contre les attaques de l'erreur, du fanatisme et de l'incrédulité.
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Mais ce qui doit, Messieurs, vous inspirer à tous une crainte salutaire, c'est que Dieu lui-même a les yeux sur vous. De son regard perçant il sonde le fond de vos cœurs ; il pénètre vos intentions, vos efforts ; il connaît vos dispositions les plus secrètes, et dés ce moment il annule ou ratifie l'appel que vos églises vous adresseront. Marchez donc comme étant continuellement sous ses yeux, que sa pensée vous soit constamment présente, qu'elle préside à tous vos travaux et soit pour eux et pour vous une source intarissable de bénédictions? A lui soit l'honneur, la louange et la gloire au siècle des siècles !
JEAN-CONRAD ESCHER