‹ Mélanges historiques et religieux;Chapitre 27 sur 45 · DE. PATRIA · texte numérisé non relu

DE. PATRIA

BE\E. MERrro.

Ob. CIVES. SERVATOS.

Honoris, et. virtutis. causa.

populus. helveticus.

Ex COSVEXTrS. decreto

posriT MDCCCXXXII.

Suivent deux autres inscriptions en allemand.

lise d'un vrai républicain, c'est-à-dire d'un citoyen aussi moral qu'éclairé, voué avec un entier désintéressement au bien de la patrie. Sous ce rapport, nous connaissons peu de livres plus utiles à méditer, dans les temps actuels ; il serait à désirer qu'une traduction mît celui-ci à la portée des lecteurs de la Suisse française. En attendant, remercions M. Hottinger d'avoir consacré ses talents à nous retracer un si beau type et faisons des vœux pour que la Suisse soit digne un jour de revoir à sa tête beaucoup de semblables citoyens.

A cette biographie, M. Arnold Escher a joint un appendice sur les travaux géologiques de son défunt père, et M. Pestalozzi, ingénieur en chef, un mémoire sur les travaux hydrotechniques de la Linth, orné d'une carte fort détaillée. Ces deux appendices qui, pour les savants, ajoutent un nouveau prix à l'ouvrage, sont malheureusement peu de notre compétence. Qu'il nous soit permis, cependant, de donner au moins un rapide aperçu du premier.

Escher appartenait à cette classe de naturalistes pour lesquels le doute est préférable à l'erreur, et qui se dévouent à la recherche de la vérité, sans se laisser jamais entraîner à l'esprit de système.

L'enseignement qu'il avait reçu à Gœtlingue sur la minéralogie, avait été plus propre à le détourner de cette étude qu'à lui en inspirer le goût ; mais le spectacle de la chaîne des Alpes, qu'il avait sans cesse devant les yeux, nourrissait chez lui un ardent désir d'en con-

JEAN-CONRAU ESCHER. 111

naître l'ensemble. « L'aspect de la grande chaîne des Alpes, écrit-il à l'archiduc Jean d'Autriche ', que nous contemplons depuis nos collines rapprochées, appelait tellement mon attention, que je formai le projet de dresser le plan topographique de ces montagnes entassées les unes sur les autres dans un chaos apparent. Je les parcourus dans tous les sens, je trouvai partout des chaînes subordonnées les unes aux autres, des couches correspondantes; je reconnus un ordre général, et dés lors je m'appliquai, aussi bien que j'en suis capable, à l'étude de nos grandes montagnes. »

Pour se préparer à cette carrière scientifique, Escher trouva bien peu de ressources dans sa ville natale ; les savants naturalistes de Zurich s'étaient voués à d'autres branches ; les collections, bien que remarquables pour cette époque, ne se composaient guère que de pétrifications qui ne pouvaient encore fournir aucune lumière sur les faits géologiques ; il fut donc réduit à étudier la minéralogie dans des manuels et au moyen de collections particulières, et pour la géologie, il en puisa les premières notions dans les écrits de l'école de Werner, et surtout dans les voyages de Saussure.

' Le goût de ce prince éclairé pour l'histoire naturelle, et surtout pour la géologie, le mit en rapport avec Escher, lorsqu'on 1815, après le siège d'Huningue, il se rendit à Zurich où siégeait alors la Diète helvétique; il s'établit entre eux une correspondance relative aux principaux problèmes géologiques dont on s'occupait alors.

112 JEAN-CONRAD ESCtIER.

Ce qui ajouta promptement un grand intérêt et une grande valeur h ses observations, ce fut le soin qu'il prit de représenter fidèlement les flancs ou le profd des montagnes, ainsi que le panorama du sommet où il était parvenu ; c'était un excellent moyen de s'orienter dans le système si compliqué des Alpes, représenté d'une manière si incomplète et souvent si fautive dans.les cartes d'alors. « Cette sorte de dessin, dit-il, me facilita beaucoup l'étude des Alpes, parce qu'on obtient par là quelques belles coupes de couches, qu'il n'est pas toujours possible d'observer sur place ; mais à la maison on s'aperçoit que les dessins les plus soignés laissent encore bien des choses à découvrir, auxquelles on ne pense pas sur les hauteurs, lorsqu'on est en pleine jouissance du magnifique spectacle de nos montagnes.»

Escher apportait aussi une grande attention à la nature minéralogique des roches, d'autant plus qu'alors elle était considérée, après leur position relative, comme l'élément le plus essentiel pour déterminer l'âge des couches. Il aimait à suivre le mode de destruction et de décomposition des diverses espèces minérales, et les difîérences qui en résultaient pour l'aspect et la forme des montagnes, dans leur partie végétale ; le mode de formation des cônes et des collines de débris, la nature des cailloux roulés et la manière dont ils avaient été transportés, leurs dépôts dans les lits des fleuves et au fond des lacs. Il reconnut de bonne heure que ces divers faits forment un élément très important dans l'éco-

nomie de la nature, et il raconte que cette étude l'occupa dés Tannée 1793.

Escher observait également la topographie des contrées qu'il traversait, et qui étaient alors bien peu connues ; il déterminait avec le baromètre la hauteur des points remarquables ; il s'attachait à interroger les habitants sur leur genre de vie, leurs mœurs, et ne négligeait point l'étude de l'administration locale, ni celle des positions militaires, en vue de la défense du pays.

De retour de ses courses, il consacrait ses premiers loisirs à étiqueter exactement ses échantillons de minéraux, à mettre au net ses dessins et ses plans de montagnes, ainsi que les observations consignées dans son journal ; c'est évidemment grâce à l'exactitude avec laquelle, dés le commencement, il observa la nature, et au soin qu'il apporta à ses rédactions, qu'Escher a dû ses connaissances profondes en géologie.

Comme, de 1791 à 1822, il faisait chaque année de plus ou moins grandes excursions dans les montagnes, et que chacune d'elles enrichissait ses observations géologiques, il forma peu à peu trois collections qui se complétaient l'une l'autre, et qui consistent en 1430 grandes feuilles de notes, en 900 dessins de montagnes de diverses dimensions, en dix mille échantillons de minéraux. Ces derniers étaient distribués en cinq classes :

a) terrain primitif,

b) calcaire des Alpes, e) formation du Jura,

114 JEAN-CONRAD ESCHER.

d) grès et molasses,

e) produits des mines,

ceux-ci étaient rangés dans l'ordre géographique.

Une carte annexée au volume, et qui est due aux soins de M. Arnold Escher fils, présente un aperçu des voyages faits en Suisse par son père. L'examen de cette carte, joint à ce qui vient d'être exposé, montre qu'Escher passait avec raison pour être celui de ses contemporains qui connaissait le mieux la constitution géologique de notre pays.

Cependant, lorsqu'il fut invité par ses amis et quelques géologues à publier une esquisse du système général des Alpes suisses, il s'y refusa en disant : « Mes connaissances sur les Alpes se réduisent à pouvoir rectifier les idées erronées que l'on se fait de leur constitution; mais aussitôt que je dois exposer une manière de voir plus saine, des difficultés insurmontables m'arrêtent.» Toutefois il ne s'exprimait point ainsi par découragement, car voici les conclusions d'une de ses lettres écrite à la même époque : « 11 faudra donc encore des recherches attentives de tout genre, avant d'être en état de donner un aperçu satisfaisant, si l'on ne veut pas concevoir un système qui ne soit d'accord avec la nature que sur quelques points, et qui, pour le reste, serait bâti en l'air. Cependant si, d'un côté, on doit se garder de toute précipitation, on ne doit, pas non plus, de l'autre, se laisser dérouter par les anomalies qu'on a découvertes; mais il faut poursuivre, avec un

courage réfléchi, les traces d'un ordre supérieur qui existe indubitablement. »

Ce que nous venons de dire suffira, ce nous semble, pour faire comprendre à nos lecteurs la nature et l'étendue des travaux d'Escher, et surtout l'esprit qui les a dirigés. C'est aux géologues qu'il appartient de recueillir le fruit de ses longues et fidèles observations et d'en tirer les conséquences.

DE

L'ALLIArsCE CHRÉTIENNE UNIVERSELLE

DE

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