‹ Mélanges historiques et religieux;Chapitre 40 sur 45 · LES GRANDES HÉRÉSIES DU V"« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES GRANDES HÉRÉSIES DU V"« SIÈCLE

Par Amédée Thierry, membre de l'Institut. Paris, 1878.

Le volume inscrit en tête de cet article termine la dernière partie du grand ouvrage qu'Amédée Thierry avait entrepris sous le titre de : liécils de Vhistoire romaine au F™^ siècle. Dans la première partie, comprenant les luttes politiques de ce siècle, il avait retracé successivement l'agonie, le démembrement, la mort de l'empire. Mais le tableau n'eût pas été complet, s'il n'y eût ajouté celui des luttes religieuses qui, dans cette période critique, occupent une si grande place. Sous les noms illustres de saint Jérôme et de saint .lean Chrysostôme , il avait décrit la société romaine en Orient et cette même société en Occident. II lui restait à retracer, sous les noms tristement fameux de Nestorius

' Article publié dans la Bévue historique de Paris, tome X,. 1879, page 165.

et crEulychès, les longues et âpres controverses dont elle fut plus tard agitée. Cette tâche ingrate ne l'a point rebuté. Dans ces démêlés, purement théologiques en apparence, il a retrouvé les luttes d'intérêt, le jeu des passions, le concours des volontés et des efforts dont se compose la vie publique et qui, pour le spectateur attentif, rendent un siècle digne de l'histoire.

Il fallait avant tout exposer le sujet du différend. C'est ce que Thierry fait en ces termes : « Lorsque la Vierge Marie mit au monde l'Homme-Dieu qui venait sauver le genre humain, engendra-t-elle l'homme ou le Dieu? Et si elle engendra l'un et l'autre, dans quel rapport les deux natures divine et humaine coexistèrentelles en la personne de Jésus? »

Telle fut, en effet, la question débattue entre les théologiens du V™^ siècle. Mais ce n'était pas la première fois qu'elle était soulevée. Bien avant l'époque d'Arien elle avait fait son apparition dans le monde théologique, et pour expliquer l'ardeur croissante des discussions qu'elle fit naître, les formules diverses à l'aide desquelles on s'efforça de la résoudre, les violentes oppositions que suscitèrent quelques-unes d'entre elles, pour comprendre, en un mot, l'origine et la marche des controverses qu'Amédée Thierry fait passer sous nos yeux, il faut remonter de siècle en siècle jusqij'au jour où le titre de Dieu fut pour la première fois donné à Jésus.

Qu'il nous soit donc permis de jeter un coup d'œil

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sur l'histoire de ce point de dogme qui, après avoir jadis donné lieu à trois schismes irrémédiables, divise et parfois passionne les théologiens de nos jours.

Chacun sait, chacun du moins peut s'en assurer dans l'Évangile, que jamais Jésus ne s'est lui-même appelé Dieu. Il se dit l'Oint de Dieu, le Christ, le Messie. Tant que Jésus n'était annoncé qu'aux Juifs seuls, ces titres suffisaient pleinement pour l'honorer à leurs yeux comme l'envoyé définitif promis à leur nation.

Toutefois, ce titre de Messie portait trop expressément le cachet juif, il était trop spécialement affecté au chef de cette nation méprisée, il avait trop longtemps servi à nourrir son fol orgueil, ses folles espérances, à exalter ses sentiments d'aveugle inimitié contre les autres peuples, pour accréditer convenablement auprès d'eux celui qui en était revêtu. Pour lui assurer leur foi et leurs hommages, on trouva nécessaire d'entourer ce nom d'une nouvelle auréole, de laisser dans l'ombre les attributs qui l'avaient seuls caractérisé jusqu'alors et de lui en assigner de plus universels, et à ce qu'on pensait de plus relevés.

C'est à ce besoin que parut répondre la notion d'un Logos, sagesse ou parole émanée de l'essence divine dont les théosophes de ce temps faisaient, à l'instar de Platon, le conseiller et l'instrument de Dieu dans l'œuvre de la création. Cette notion, jusque-là purement idéale, on la déclara réalisée, personnifiée en Jésus. Revêtu ainsi d'un rôle cosmogonique auquel lui-même

ne paraît avoir jamais songé — avant de prendre dans le sein de Marie une chair semblable à la nôtre et d'habiter parmi les hommes pour les éclairer et les sanctifier — Il aurait au commencement, comme Verbe divin, résidé auprès de Dieu et coopéré à la formation de toutes choses.

Tels sont les traits sous lesquels Jésus est représenté dans un passage de l'épître aux Colossiens (I, 1 G), et plus expressément dans le prologue du quatrième évangile, où se trouve la première trace du titre de Dieu donné à Jésus, mais où, conformément au principe théosophique de l'émanation, il ne lui est attribué que dans un sens subordonné (ôeô? -nphç rov Geôv), correspondant à celui de second Dieu {hivzspoç'Beoç) que Philon applique à son Logos.

Les Pères apologistes des II™*' et III"" siècles, Justin, Tatien, Athénagore, Irénèe, Théophile, Tertullien, Origène, ambitieux avant tout de gagner à Jésus l'hommage des païens, empruntèrent à Philon des définitions encore plus précises. Puis, personnifiant à son tour le Saint-Esprit que Jésus avait annoncé à ses disciples, ils composèrent de ces trois personnes divines une Trinité qu'ils placèrent au sommet de la hiérarchie des êtres. Dieu le Fils, auquel le Saint-Esprit était subordonné, était lui-même subordonné à son Père, car, à moins de confondre ensemble ces trois personnes revêtues d'attributs si différents, on n'eût cru pouvoir autrement demeurer fidèle au dogme fondamental de l'unité

divine. On déclarait donc le Fils inférieur au Père qui l'avait engendré, les uns niant entre eux l'identité de substance, les autres sa coéternité, tous en un mot considérant le Fils comme le ministre, l'envoyé, aucun comme l'égal du Père.

Mais, depuis Constantin, les païens qui, à la suite du vainqueur, passèrent en foule sous la bannière chrétienne, précipitamment enrôlés dans l'Église, y apportèrent avec eux les habitudes anthropolàtriques qu'ils avaient contractées dans leur ancien culte. Qu'on se rappelle ces néophytes qui, dans leurs invocations au Dieu de l'Évangile, ne pouvant s'empêcher de lui associer de simples mortels, transportaient aux saints et aux martyrs de la foi les honneurs que naguère ils rendaient à leurs héros. Comment n'eussent-ils pas étendu dans la même proportion les prérogatives, le pouvoir, la dignité de Celui au nom duquel ils s'étaient convertis? Comment se fussent-ils fait scrupule d'égaler en tout à Dieu Celui qui en portait déjà le titre ? Les chefs de l'Église, de leur côté, voyant la foule païenne embrasser avec ardeur le culte de ce Dieu apparu sous la forme humaine, cédèrent de plus en plus à ce penchant qui, tout en hâtant le triomphe extérieur du christianisme, tournait au profit de leur propre autoiité. Si Christ était Dieu dans le sens absolu de ce mot, c'était les ordres de Dieu que transmettaient au monde ceux qui Lui parlaient au nom de Christ; c'était Dieu Lui-même que, dans le pain et le vin de la Gène, les prêtres évoquaient et distribuaient aux communiants.

Les docteurs d'Occident, puis ceux d'Egypte, furent les premiers à suivre l'inclination de la foule. Les docteurs de Syrie et de Palestine, interprètes plus scrupuleux des livres saints, ne cédèrent qu'à demi à l'entraînement général. Arius, élève de l'école savante d'Antioche, tint tête quelque temps à Athanase, élève de l'école allégorisante d'Alexandrie. Mais au concile de Nicée, la pluralité des évoques se déclarèrent contre lui. Frappé d'anathème, il fut déposé, condamné à l'exil, et l'assemblée proclama solennellement Jésus vrai Dieu, consubstantiel et coéternel à son Père.

Dans ce décret, néanmoins, confirmé un demi-siècle après par celui du premier concile de Constantinople, l'Église n'entendait point favoriser l'erreur des Docètes et des Sabelliens qui, pour mieux diviniser Jésus, faisaient abstraction de sa nature humaine. C'eût été par une autre exagération choquer le penchant anthropolàtrique de la foule, et réduire à une pure fantasmagorie tout ce que l'Écriture raconte de la carrière terrestre du Sauveur. Lors donc qu'au IV™*' siècle, Apollinaire, évêque de Laodicée, vint à soutenir qu'en Jésus le Verbe divin avait remplacé l'àme humaine et avait pris dans le sein de Marie une chair différente de la nôtre, dont il n'avait que l'apparence, il fut à son tour condamné par divers conciles, qui décrétèrent que Jésus vrai Dieu n'en était pas moins vrai homme : tout ensemble, Dieu parfait et homme parfait. »

Mais alors renaissait, plus épineuse encore qu'aupa-

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ravant, la question traitée incidemment dans les controverses du Iir^ et du IV""* siècles. Comment l'humanité réelle et l'absolue divinité pouvaient-elles coexister en Christ? Comment pouvaient-elles simultanément manifester en Lui leurs propriétés respectives ? Dans cette personne composée de deux natures, l'une finie, l'autre infinie, l'infini absorbait-il le fini ? le fini limitait-il l'infini ou étaient-ils simplement juxtaposés, de manière que chacun eût son action propre, produisît ses effets distincts ?

La controverse qui s'engagea sur cette grave question n'était au fond que le prolongement de la controverse arienne ; aussi y trouvons-nous en conflit les mêmes écoles dogmatiques dont la lutte avait signalé l'époque d'Arius. Les mêmes théologiens qui avaient hésité à donner à l'homme Jésus le titre de Dieu, obligés de céder sur ce point, voulaient au moins qu'on séparât profondément en lui la nature divine et la nature humaine, qu'on n'attribuât pas à l'une les propriétés, les actes, les conditions qui appartenaient à l'autre, qu'on ne rabaissât pas l'essence divine en lui imputant ce qui est le propre de l'être humain. Rien en particulier ne leur paraissait plus choquant que l'idée que Dieu eût pu naître d'une femme.

C'est là-dessus qu'éclata le différend.

Le monachisme, dont le crédit croissait de jour en jour, s'était dès son origine placé sous le patronage de Marie toujours vierge, et, parmi les titres d'honneur

qu'il lui prodiguait, il n'en trouvait pas de plus digne d'elle que celui de « Mère de Dieu. » Aussi quelle explosion de colère chez les religieux et le peuple de Constantinople lorsque son patriarche, Nestorius, osa le lui disputer! Mais bientôt quelle joie chez Cyrille, patriarche d'Alexandrie, lorsque cette hérésie, ébruitée, lui permit de se déchaîner publiquement contre un rival détesté ! Point de repos pour lui qu'il n'ait obtenu de Théodose le Jeune la convocation à Éphése d'un concile général devant lequel Nestorius fut traduit. Dans cette ville, vouée au culte de Marie et où son tombeau prétendu avait remplacé, dans la vénération des habitants, le temple de la grande Diane, la condamnation de Nestorius était assurée. Accusé de «listinguer en Christ deux personnages différents, le fils de Dieu et le fils de Marie, il fut déposé, excommunié, et un rigoureux exil fut prononcé contre lui (431).

Mais lorsque, dix-huit ans après, dans cette même ville d'Éphèse, le parti égyptien, représenté par le moine Eutychès et le patriarche Dioscore, voulut, dans un nouveau concile (449), compléter sa victoire et faire triompher la doctrine d'une seule nature en Christ, même depuis son incarnation, les actes de brigandage auxquels se livrèrent les vils agents dont Dioscore s'était fait escorter, révoltèrent l'Égfise de Rome, qui s'unit à celle d'Orient pour écraser cette nouvelle hérésie. Le quatrième concile général, assemblé à Chalcédoine par l'empereur Marcien (451), cassa le second décret

d'Éphése, proscrivit l'opinion d'Eutichès à l'égal de celle de >estorius, et, dans un symbole qui devait servir de complément à ceux de Nicée et de Constantinople, et fixer à jamais le dogme sur cette question, établit que Christ, consubstantiel à son Père quant à la divinité, consubstantiel à nous-même quant à son humanité, subsistait par cela même en deux natures unies, mais distinctes, dont la différence se manifestait malgré leur union et qui, néanmoins, concouraient à former un seul Fils, Dieu Verbe et Seigneur Jésus-Christ.

Par cette formule, on signalait bien, sans doute, les deux écueils à éviter, mais on n'indiquait pas aussi bien la route à tenir pour les éviter. On déclarait qu'il ne fallait nr confondre les natures, ni diviser la personne ; mais on n'expliquait pas comment on pouvait unir sans confondre et distinguer sans diviser, comment des attributs contradictoires pouvaient être unis dans un môme sujet, comment la même personne pouvait tout à la fois ignorer comme homme, et comme Dieu, posséder la toute-science, être impassible comme Dieu et souffrir comme homme, mourir comme homme et être immortelle comme Dieu. Le vice du point de départ subsistait au point d'arrivée ; la solution de Chalcédoine laissait intacte la difficulté radicale inhérente au titre « d'Homme-Dieu. »

Aussi envenima-t-elle la dispute, bien loin de l'apaiser. Le parti monophvsite, d'ailleurs, n'avait plus de contrepoids solide en Orient. La cour de Constantino-

pie, où des influences opposées prévalaient tour à tour,, flottait à tout vent de doctrine. Les écoles d'Antioche et d'Édesse étaient détruites ; les Nestoriens, expulsés de Syrie, étaient dispersés dans l'Inde, en Perse et en Chaldée. Le parti monophysite, au contraire, tout-puissant en Egypte, avait des adhérents dans la plupart desprovinces de l'empire d'Orient ; il dominait dans tous les monastères. Fort de sa popularité et de la consistance de ses vues, il refusa de se soumettre aux décisions du concile et se porta contre ses adversaires aux actes les plus violents. Les successeurs de Marcien essayèrent par diverses concessions de ramener ce parti intraitable. Zenon, Anastase, Justinien surtout, firent dans ce sens de nombreuses tentatives; toutes échouèrent et, en dépit d'elles, éclata, en 536, le schisme monophysite, bien plus étendu, bien plus profond que le schisme nestorien consommé un siècle auparavant- Mais en vain l'Église croyait-elle avoir, au prix de ces déchirements, extirpé de son sein les hérésies nestoriennes et eutychiennes ; dès le commencement du moyen âge, elles reparaissent sous de nouveaux noms et de nouvelles formes, l'une dans l'Église d'Orient, l'autre dans celle d'Occident. Héraclius et ses premiers successeurs voyant les monophysites prêts à se liguer avec les ennemis de l'empire, essaient auprès d'eux de nouvelles voies de rapprochement. « Si vous le voulez, leur disent-ils, nous écarterons la question des deux natures et nous reconnaîtrons avec vous qu'il n'y a ert

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Christ qu'une seule volonté. » Cette formule trouve des adhérents; mais, encore ici, c'est l'Église de Rome qui s'oppose et qui, se prévalant de l'appui qu'on demande aux Latins contre les Musulmans, insiste pour le mainlien du décret de Chalcédoine, et, sans s'émouvoir du schisme « monothélite » qui se déclare chez les moines du Liban, fait triompher dans le troisième concile de Constantinople (680), avec la doctrine des deux natures en Christ, celle de ses « deux volontés, » comme homme et conjme Dieu.

Ln siècle après, c'est en Occident que la querelle se rallume. Deux èvèques d'Espagne, dans leurs efforts pour la conversion des Arabes, frappés du scandale que leur causait le dogme de la déité de Christ, cherchèrent à la leur présenter sous une forme plus acceptable, en enseignant que Christ, vrai fils de Dieu, quant à sa divinité, n'était, quant à son humanité, fils de Dieu que « par adoption. » L'Église ne vit dans cette doctrine que le nestorianisme ressuscité, et les deux èvèques, condamnés par le concile de Ratisbonne, furent, l'un obligé de quitter l'Espagne, l'autre tenu en prison jusqu'à ce qu'il se fût rétracté devant l'évêque romain.

Pendant ce temps, les monophysites, définitivement séparés de l'Église et de l'empire, abondent toujours davantage dans leur sens, poussent leur doctrine jusque dans ses conséquences les plus absolues, donnent, les uns dans le sabellianisme, les autres dans le docétisme, d'autres enfin, par une logique plus rigoureuse encore,

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arrivent jusqu'au panthéisme et déclarent, non plus Jésus seulement, mais tous les êtres consubstantiels avec Dieu.

En scrutant si curieusement les rapports des deux natures en Jésus-Christ, en lui décernant un titre et des honneurs si supérieurs à ceux qu'il s'était lui-même attribués, l'ancienne Église avait-elle fait du moins des progrès proportionnés dans l'imitation du Christ?

Le contraire n'était que trop à craindre, et l'histoire lamentable de ces débats ne le fait que trop apercevoir. Est-il rien de plus desséchant pour la piété que cette masse d'écrits polémiques qu'ils enfantèrent, rien de moins imposant que ces conciles, où les clameurs tumultueuses, les furibonds anathèmes, tenaient la place des arguments, rien enfin de plus antipathique à l'esprit de Jésus que celui qui animait les Cyrille et les Dioscore? Dans la primitive Église, Christ était surtout offert à l'imitation des fidèles. Ce qu'on faisait aimer, admirer en lui, c'était sa parfaite union de sentiments, de volonté avec son Père. On célébrait sa sainteté bien plus qu'on ne glorifiait sa nature ; on eût craint par là de fournir des excuses à ceux qui se seraient dispensés de marcher sur ses traces. Depuis que l'Église vise avant tout aux rapides conquêtes, ce qu'elle exalte en Christ, c'est la grandeur, la dignité de son essence. Elle le divinise afin de mieux régner sous son nom. Elle y gagne sans doute en autorité extérieure, mais y perd en puissance régénératrice. Il en est désormais de Jésus comme des saints que l'Église lui associe; il semble

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que plus les chrétiens le magnifient et l'adorent, moins ils se croient tenus de lui ressembler.

Am. Thierry n'avait point assurément à entrer dans ces considérations, encore moins, et nous l'en félicitons, à pénétrer dans ce dédale, à débrouiller ce chaos de formules dogmatiques. Son but, essentiellement historique, était de peindre la vie publique d'un siècle où les controverses religieuses avaient joué un rôle important, mais accessoire néanmoins pour tout autre narrateur qu'un théologien. Il n'en a pas moins retracé, avec toute l'ampleur de son talent, à côté des personnages et des événements politiques, la suite et les péripéties des débats religieux, la vie, le caractère des hommes qui y tinrent la principale place, les actes des conciles assemblés pour les terminer, les circonstances diverses qui les compliquèrent, qui, plus souvent encore, en accrurent la violence, la rivalité des patriarcats, les antipathies de nations et de races, l'intrusion déplorable du pouvoir civil dans un domaine qui lui était étranger, les intrigues de la cour, les passions d'une multitude (jui ne cherchait que des prétextes d'émeutes, la turbulence de moines qui n'avaient rien à perdre aux agitations populaires. Tout cela, décrit par Amédée Thierry avec cette profonde connaissance et cet usage éclairé des sources, avec cette étendue de coup d'oeil, cette vivacité de coloris qui l'ont distingué presque à l'égal de son illustre frère, forme pour les lecteurs de son ouvrage un tableau aussi captivant qu'instructif.

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