‹ Mélanges historiques et religieux;Chapitre 43 sur 45 · LA VIE CHRETIENNE DANS LES PREMIERS SIÈCLES DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LA VIE CHRETIENNE DANS LES PREMIERS SIÈCLES DE L'ÉGLISE

par Auguste Néander '.

• On l'a dit depuis longtemps : de toutes les leçons il n'en est pas de plus persuasive que l'exemple. Ce qui, dans des préceptes isolés ou dans des narrations fictives ne paraît souvent qu'un idéal irréalisable, on l'exige plus sévèrement de soi-même, lorsqu'on l'a déjà vu pratiquer à d'autres. Pour les hautes vertus que prescrit l'Évangile, l'autorité de l'exemple est tout particulièrement nécessaire. Ainsi en jugeaient le pieux Arnold et le bon abbé Fleury, lorsqu'ils retraçaient pour les hommes de leur temps le tableau des mœurs des premiers chrétiens. Ainsi de même l'illustre Néander, lorsque de son grand ouvrage sur l'histoire générale de l'Église il extrayait également, pour l'usage du public religieux, tout ce qui se rapportait à la vie chrétienne des premiers siècles et

^ Journal de Genève, 22 avril 1864.

même d'une partie du moyen âge. En fait, c'est là ce qui l'avait surtout préoccupé dans ses études d'histoire ecclésiastique. Le christianisme était à ses yeux le levain destiné à transformer l'humanité, et l'histoire de l'Église le tableau vivant de cette influence réaténératrice. « C'était, disait-il, une preuve parlante de la puissance divine du christianisme; c'était en même temps une école d'expérience chrétienne, d'enseignement, d'édification, d'exhortation, retentissant dans tous les siècles pour ceux qui veulent l'écouter. »

Ce point de vue apologétique et pratique n'est pas, à notre avis, celui où l'historien doit se placer de préférence. A moins qu'il ne possède l'érudition profonde et consciencieuse de Néander, son coup d'œil scientifique peut aisément s'y rétrécir et s'y fausser. L'histoire du christianisme, comme toute autre science, veut être avant tout étudiée pour elle-même. En faire, comme Schleiermacher, une introduction à la théologie pratique, c'est l'abaisser au rang de science purement auxiliaire et instrumentale, c'est la déclarer vaine dans les parties qui ne paraissent pas susceptibles d'applications directes. Bien plus, annuler son indépendance, c'est comj)romettre ses progrès, et par cela même l'utilité pratique qu'on se propose d'en tirer. Croit-on que les sciences physiques eussent rendu aux arts et à l'industrie les services qu'elles leur rendent chaque jour, si elles n'eussent été cultivées qu'en vue de leurs applications usuelles? Que les faits soient observés avec soin,.

fidèlement exposés, étudiés dans leurs causes, leurs relations, leur enchaînement réciproque, les conséquences et les applications en découleront assez d'ellesmêmes.

Mais le temps où écrivait Néander exigeait, nous le reconnaissons, quelque chose de plus. Au dix-huitiéme siècle on avait tant abusé contre le christianisme des superstitions répandues et des crimes commis sous son nom, qu'il fallait, dans l'intérêt de la justice autant que dans le sien, opposer à ce tableau celui des effets sanctifiants qu'à son origine et en tout temps il a produit sur ses vrais disciples. Or ce tableau, nul mieux que Néander n'était capable de le tracer, et nul, en effet, ne l'a tracé d'un pinceau plus animé et plus fidèle.

D'un autre côté, à ceux qui, en Allemagne comme ailleurs, s'efforçaient, à la faveur de la réaction religieuse de notre siècle, de réchauffer le fanatisme d'autrefois, il fallait opposer aussi l'autorité du christianisme primitif. Rien n'était plus antipathique au caractère de ce savant que les dénonciations intéressées et furibondes de la Gazette écangélique de Berlm. Dans maint chapitre de sa Vie chrétienne, il s'est attaché à montrer, chez les plus illustres Pères de l'Église, l'union édifiante de la largeur des sentiments et des vues avec toute la ferveur du zèle, et à faire discerner, par un excellent choix d'exemples, en quoi diffèrent la vraie et la fausse dévotion.

Remercions donc ceux qui ont mis à la portée du

public français ce remarquable produit de la littérature religieuse de l'Allemagne. Une première traduction en avait été publiée en 1829. Mais cette traduction, incomplète, laissait aussi à désirer à d'autres égards ; l'édition, d'ailleurs, en était entièrement épuisée. Celle que nous annonçons, revue, ou, pour mieux dire, refaite avec soin par M. le pasteur Vallette, sur la troisième édition allemande, écrite dans un stvie élégant et pur, et comprenant l'ouvrage entier, fait honneur à celui qui l'a entreprise et achevée. Il n'était pas facile de rendre en français la phrase parfois diffuse de r^éander. M. Vallette a surmonté cette difliculté sans que l'exactitude eût à en souffrir, et l'onction de l'écrivain n'a rien perdu sous la plume du traducteur. Félicitons aussi la Commission de la vie religieuse qui lui avait demandé ce travail. Elle ne pouvait offrir aux chrétiens de nos jours un ouvrage d'édification d'une lecture plus agréable et plus fructueuse, plus propre, à la fois, à élargir et à nourrir la piété.

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