L. VULLIEMIN
Ces paroles étaient de prote.stants tolérants. En revanche, voici comment un ultramontain intransigeant traitait cesmômes discours dans une lettre adressée de Genève à l'Univers, le 23 février 1856 :
Ce M. Chaste] est l'auteur d'un livre sur la charité dans les premiers siècles de V Église, couronné il y a quelques années par l'Aca- [ demie française au détriment de M. de Champagny. L'Académie, dans sa passion d'éclectisme moral, s'obstina à couronner un livre protestant, lourd de grosses compilations et écrit en gtyle réfaaié...
Afin d'obtenir les faveurs de l'Académie, M. Chastel avait, dans^ son ouvrage, dissimulé de son mieux l'esprit protestant. Il n'avait pas même redouté de rendre une certaine justice à cette Église romaine que l'on déteste si fort à Genève au nom de la science et du progrès des lumières. Le conférencier a fait reparaître le vieil
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homme A Genève on ne réussit qu'à ce prix devant les éclairés
du protestantisme. Le lauréat de l'Académie a dû se soumettre.
Entre les deux appréciations contraires, se place celle ■d'un luthérien qui, dans la Protestantische Kirchenzeitung -du 31 janvier 1857, signale et loue l'ouvrage, mais y relève, non sans quelque malice, une pointe de chauvinisme dans le parallèle entre Genève et Rome, et insinue que « tout en comprenant le juste orgueil du citoyen genevois à l'endroit de son industrieuse cité, il serait tenté, sur le terrain de la culture humaine générale, de préférer un peu â la sainte Genève la peu sainte Rome. »
Dans l'automne de 1857, la « commission de la vie religieuse, » une de celles entre lesquelles s'était réparti le clergé national, sollicita notre professeur de faire dans la salle du Casino de nouvelles conférences, destinées à intéresser un auditoire d'hommes à la controverse, telle que l'a écrite la main même de l'histoire dans les annales d'une des époques les plus pénibles pour la chrétienté. Il prit pour sujet les Trois conciles réformateurs au XV^^ siècle, de Pise, de Constance, de Bàle*. La conclusion qu'il tira du récit était naturellement l'insufTisance, l'impuissance de ces remèdes au désordre de l'Église, suspendus par la hiérarchie, et la nécessité, donc la légitimité d'une réforme entreprise en dehors d'elle. Ce qui frappe, c'est l'élévation, la mâle éloquence des appels que le conféren- •cier adresse à ses auditeurs protestants. « Pour continuer l'œuvre de la Réformation, ne comptons... sur aucune autorité ecclésiastique ou civile, si ces pouvoirs ne sont soutenus par une opinion publique, non seulement éclairée, mais surtout fortement trempée d'esprit moral et religieux. »
On entend la réponse à ce vigoureux appel dans la lettre de remerciements du président de la commission de la vie religieuse, le pasteur Louis Tournier, du 20 décembre 1 857 :
* Voir Mélanges, p. 221 .
CXXXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
Vous avez pu voir vous-même avec quel empressement, avec
quel intérêt notre public religieux les a suivies. Nous n'avons recueilli de tous côtés que des témoignages de haute satisfaction que nous sommes heureux de renvoyer à qui de droit. Le succès a été grand, complet, et le souvenir de ces trois admirables discours restera longtemps dans la mémoire de ceux qui les ont entendus. Vous avez pu juger vous-même de l'impression produite sur les auditeurs, surtout par vos dernières et éloquentes paroles. Cette impression a été profonde
Les circonstances générales allaient amener l'historien polémiste sur le terrain des questions brûlantes. On se rappelle la grande discussion soulevée en France vers 1860 autour de la question du pouvoir temporel de la papauté, par des pamphlets ou des manifestes tels que la Question romaine, d'About ; le Pape et le Congrès, où l'on croyait voir, sinon la main, tout au moins la pensée de Napoléon III; la Réfutation, par M^"" Dupanloup; enfin, de Montalembert, Pie IX et ta France, article qui parut en janvier 1860. Chastel, encouragé par son ami Marlin-Paschoud, i lança lui aussi, mais en gardant l'anonyme, sa brochure : \La France et le pape, réponse à M. le comte de Montalembert, UsGO '. C'est un des morceaux les mieux raisonnes et les \mieux écrits sortis de sa plume. On ne peut rien de plus courtois ni de plus vigoureux contre le pouvoir temporel, dont Montalembert se faisait le défenseur d'autant plus malencontreux que toutes ses convictions libérales devaient prolester, et que son amour éclairé pour l'Église eût dû haïr cette tunique de Nessus qui la consumait. Mais la voix trop modeste d'un anonyme étranger ne fut pas assez remarquée au milieu de cette fièvre bruyante où faisaient éruption plus de quatre cent soixante brochures. Sur mille exemplaires édités par Denlu. il n'en vendit que cinq cents, et les grands journaux n'en dirent rien. Chastel, écrivant à
' Reproduit dans le tome V de sa grande Histoire du christianisme.
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Martin-Paschoud, prend philosophiquement et avec humour son parti d'une «fantaisie» qui lui coûtait cher, et il en lire cette conclusion-ci : « Faisons des livres et laissons les hrochures... Chacun son métier, faisons le nôtre, laissons à de plus agiles que nous le gouvernement du présent, et nous, travaillons pour l'avenir. »
L'année suivante, dans un article ' intitulé : Un historien catholique et un ci'itirjue ultramontain, il raconte les chicanes faites par dom Guéranger au prince de Broglie''. Ce n'est pas sans ironie qu'il montre l'intransigeant abbé morigénant l'illustre laïque, qui ose mettre son grand nom et sa belle plume au service de l'Église sans avoir pris le ton auprès de la stricte orthodoxie, et lui reprochant sa sympathie pour la liberté religieuse, ses compliments à la philosophie, aux académiciens, et même à la science protestante, et surtout ses complaisances pour le naturalisme. C'est que le naturalisme est le démon tentateur aux yeux de ce docteur qui regarde comme le plus grand péril de la religion l'ébranlement de la croyance au surnaturel, c'està-dire à l'essence du christianisme. Car, dit-il, « qu'est-ce (jne le christianisme? Dieu se manifestant aux hommes d'une manière surnaturelle, certifiant sa venue par des faits surnaturels, instruisant, gouvernant et sanctifiant l'homme par des moyens surnaturels, pour le conduire à une félicité surnaturelle. » — D'ailleurs, dom Guéranger, en redressant quelques opinions du prince, commet des erreurs historiques lui-même, et Chastel le renvoie « d'une science catholique exclusive et par trop arrêtée à une science plus indépendante et plus progressive. » On comprend qu'il n'ait pas de peine à montrer le vice de cette identification superstitieuse du christianisme avec le miracle, et le tort
* Inséré dans la Bibliothèque universelle de janvier 1861, et reproduit dans les Mélawjes, p. 3ol.
* Essais sur le naturalisme contemporain, par le R. P. Dom Guéranger, abbé de Solesmes. M. le prince de broglie, historien de l'Église, Paris, 1838, 1 vol. in-S».
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que les partis intransigeants font de la sorte aux causes mêmes qu'ils prétendent défendre.
La polémique ne tient qu'une place accidentelle dans d'autres conférences où Chastel a satisfait sa prédilection pour l'histoire des débuts du christianisme au sein du monde païen : celles sur le Martyre dans les premiers siècles de l'Église, puis celles sur les abondants et curieux renseignements fournis par les recherches du chevalier de Rossi et déposés dans les deux premiers tomes de sa Roma sotterratiea cristiana. Notre écrivain semble y prendre et nous y fait trouver un plaisir particulier. Dans l'opuscule : Les catacombes et les inscriptions chrétiennes de l'ancienne Rome *, arguant des aveux du chevalier, il démolit le « roman des Catacombes. » « Non, dit-il, la société chrétienne n'a pu y vivre trois siècles, à peine un être humain y eût-il vécu trois jours... Non, les tombes des martyrs ne s'y comptent point par milliers. »
L'opuscule sur le Cimetière de CalUste^ rappelle l'histoire peu édifiante de ce pape, racontée par Hippolyte dans les Philosophoumena, mais s'arrête de préférence sur les leçons qui ressortent et des peintures murales, et des formules épigraphiques de ces chambres funéraires, et de la composition plus grecque que latine de l'antique Église de Rome. Ce qui n'empêcha point celle-ci. remarque l'auteur, de se pénétrer vite de l'esprit dominateur de la cité souveraine.
Dans un tout autre domaine et sous une forme assez différente, Chastel allait continuer cette polémique discrète, polie, mais incisive pourtant, contre les abus, les jalousies, les querelles, les violences que le système romain fomente même chez les meilleurs. Familiarisé avec les ri-
* Conférence faite à l'Athénée de Genève en 1867, et reproduite dans les Mélanges, p. 377.
^ Conférence faite à la Société d'tiistoire et d'arctiéologie de Genève en 1869, et reproduite dans les Mélanges, p. 421.
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chesses de la Bibliothèque publique de Genève, il y avait trouvé quelques documents curieux qu'il mit au jour aussitôt qu'il en trouva le loisir. Ce furent d'abord des Lettres inédites de Madame de Maintenon à M. de Bdmlle *. — Ce fut encore une lettre bien curieuse de l'abbé Bossuet, neveu de l'évêque de Meaux, à son oncle, pour lui rendre compte de ses démarches à Rome contre Fénélon. Chastel en prend occasion de raconter au long et par le menu ces intrigues contraires des deux rivaux, et écrit ainsi une brochure * qui, sobre dans ses jugements, n'en est que plus piquante, plus poignante même, tant il est triste pour le chrétien de voir les contre-mines de ces deux grands évêques, et les ressorts inférieurs qui font mouvoir la cour de ce juge réputé infaillible de toutes les controverses.
Lorsque Chastel touchait à la fin de sa longue vie, il arriva que l'attention se reporta vivement sur la personne et l'œuvre pédagogique et même politique de cette figure restée énigmatique en quelques-uns de ses traits, qui s'appelle Madame de Maintenon. Encore plein de curiosité et de verdeur, et d'ailleurs justement froissé de voir qu'un document tel que celui qu'il avait mis au jour, plus de dix ans auparavant, n'eût pas suffisamment pesé dans la balance d'une critique trop occupée d'innocenter la conseillère de Louis XIV, Chastel prend la plume et adresse à M. Lévêque. membre de l'Institut, la lettre que voici, en date du 15 février 1886. On la lira avec d'autant plus d'intérêt que ce fut la dernière de l'historien octogénaire ;
Genève, 15 février 1886.
Monsieur, Tous les lecteurs du journal des Savants ont pris sans doute un vif intérêt à votre compte rendu de l'ouvrage de M. Gréard, aux
* Publiées en 187o, et reproduites dans l'Appendice du tome V de YHistoire du christianisme.
* Fènélon et Bossuet en instance devant la cour de Rome, étude insérée dans l'Appendice du tome IV de F Histoire du christianisme ^ ^(f(jc
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nouveaux détails qu'il renferme et à ceux que vous y ajoutez sur Mme (Je JVIaintenon considérée comme institutrice et particulièrement comme fondatrice et directrice de l'École de St-Cyr. Tous ont admiré la sajjesse, l'étendue, la noblesse de ses vues sur l'éducation des jeunes dames et ont pu y recueillir de précieuses maximes à mettre en pratique, non seulement dans les hautes classes, mais dans tous les rangs de la société.
A ces justes et unanimes applaudissements, vous eussiez aimé, cela se comprend, que sur d'autres points il ne se mêlât aucune critique, qu'aucun nuage n'obscurcît la brdlante renommée de Mme de Maintenon. C'est avec regret que vous voyez des préventions invétérées peser encore sur sa mémoire, et vous demandez si elles sont fondées. M. Gréard les a examinées et combattues pour la plupart. i Selon Voltaire, deux choses surtout lui sont reprochées : sa partii cipation à la Révocation de l'Édit de Nantes et sa sécheresse de I cœur. Sur le premier grief, il l'absout en disant qu'elle toléra la persécution des protestants, mais n'y participa pas. « A qui, dit-il, ! fit-elle du mal? qui persécuta-t-elle? Quel abus odieux fit-elle de de son pouvoir ? »
Laissons comme lui de côté ce qui regarde la sécheresse du cœur, et attachons-nous à l'acte monstrueux de despotisme, que vous réprouvez sans doute, ainsi que moi, ainsi que le monde protestant, et je voudrais pouvoir ajouter, ainsi que la France entière. Or cet acte, auquel pour le bien juger il faut joindre les vexations inouïes qui depuis longtemps l'avaient précédé, et les atrocités nouvelles qui le suivirent, est-il vrai que M"ie de Maintenon n'y eut aucune part?
D'elle-même, à la vérité, elle ne persécuta personne, ne fit de mal à personne, ne fît aucun abus d'un pouvoir direct qu'elle ne possédait point. Mais usa-t-elle, cornme elle l'aurait pu, comme elle l'aurait dû, de son empire sur l'esprit de ce monarque, par qui, humble institutrice qu'elle était, elle avait réussi à se faire épouser, dont elle possédait l'entière confiance, qui la consultait sur toutes les questions, qui dans ses doutes l'interpellait par ces mots aimables : « Qu'en pense la Raison? qu'en dit votre Solidité ? » Quoi, à ce docile interrogateur, pas une objection sur l'arrêt qu'il prépare contre deux millions de ses sujets! Pas une représentation contre la barbarie avec laquelle il s'exécute ! Un gémissement au récit de quelque horrible scène des dragonnades, gémissement si discret, dit
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un de ses biographes, que le roi l'entendit à peine, voilà toutes les preuves de sympathie qu'elle donne à ses anciens coreligionnaires. Autour d'elle on pille, on tue les protestants, on les entasse par milliers dans les prisons, sur les galères, on enlève leurs enfants, — elle semble s'habituer à cet ordre de choses, et dans l'occasion n'hésite pas à faire accueil à leurs pins acharnés persécuteurs! N'est-ce pas elle qui, mettant en contraste la tolérance de Golbert qu'elle taxait d'indifférence, avec l'infatigable fanatisme de Louvois, aimait à penser que grâce au zèle persistant de celui-ci « il n'y aurait bientôt plus qu'une seule religion en France?» >«"est-ce pas elle encore qui applaudissait sans réserve à l'œnvre de carnage et de dévastation qui, sous l'intendance de Bàville, s'accomplissait dans le Languedoc? Mais ici je préfère lui laisser la parole, et c'est à ce titre que je vous prie d'accepter l'exemplaire ci-joint des lettres qu'au commencement du XViII'«« siècle elle adressait à ce lieutenant, et dont l'original autographe est déposé à notre bibliothèque publique. Je les ai exactement transcrites, en les accompagnant de quelques réflexions et les ai insérées comme appendice dans mon histoire générale du Christianisme (tome V, page 441). Il m'a paru qu'en racontant ce fait de sinistre mémoire, il fallait mettre en évidence toutes les responsabilités.
Veuillez, Monsieur, excuser la liberté que j'ai prise de vous en entretenir, et agréez l'expression de mon respect et de ma considération.
E. Chastel.
On ne nous taxera pas (l'indiscrétion si nous faisons suivre l'attaque de la défense, car celle-ci est digne de cellelà :
Bellevue (Seine-et-Oise), 20 février 1886. Monsieur, Je m'empresse de vous remercier de la lettre courtoise que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et de la brochure aussi curieuse qu'intéressante que vous avez eu l'obligeance de m'envoyer.
Personne au monde ne déplore plus amèrement que moi la funeste révocation de l'Édit de Nantes. Je la déplore comme homme, comme philosophe, comme français. Il y a deux mois, en remerciant l'éminent pasteur, M. E. Bersier, de l'envoi de son beau
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discours sur cet acte fatal, je lui écrivais: « Les pures et les fortes âmes que la France s'est enlevées par cette révocation, manquent aujourd'hui à l'équilibre de notre patrie. » — Vous voyez, Monsieur, que là-dessus notre accord est complet.
Il ne l'est pas moins, je le constate, à l'égard des talents de l'instituirice. Vous lui rendez pleine justice, malgré vos réserves sur un autre point. Je suis heureux, Monsieur, de trouver et d'honorer en vous cette équité, cette impartialité qui confirment mon opinion personnelle. Nous voilà donc d'accord une seconde fois. C'est l'institutrice d'ailleurs, que j'ai voulu surtout étudier. Le titre de mes deux articles était même: «ilfnie de Maintenon institutrice. » C'est malgré moi qu'on a changé ce titre à l'Imprimerie nationale.
Je suis convaincu que nous pourrions nous mettre d'accord aussi en ce qui touche la troisième et délicate question. Je parviendrais sans doute à m'entendre avec vous si nous pouvions causer, ou si j'étais en état de vous écrire une lettre assez longue. Malheureusement voici deux mois que je suis tombé gravement malade. Ma convalescence commence à peine. La souffrance et le régime m'ont affaibli, énervé. II m'est tout à fait impossible de rédiger les raisons qui me ramènent toujours, quoique je fasse, au jugement de Voltaire. Mais si jamais j'ai le temps et que je recouvre la force de remanier mes deux articles, soyez assuré que je tiendrai le plus grand compte de votre lettre et de vos importantes communications.
Merci encore, et veuillez agréer. Monsieur, l'hommage de ma considération sympathique et très distinguée.
Ch. Lévêque,
Après cette revue des écrits qu'on pourrait appeler polémiques d'un écrivain qui n'a fait de la polémique qu'indirectement, et sans oublier jamais qu'il était historien avant tout, nous pouvons jeter un coup d'œil d'ensemble sur les idées et les sentiments qui ne cessèrent de l'y diriger, et ■en relever çà et là la sage expression. / C'est avec sympathie que nous reconnaissons en lui une disposition irénique, originelle et constante. Bon protestant sans doute, protestant avancé même, il s'applique à être toujours impartial. Donc en défendant le protestan-
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tisme attaqué, lorsqu'il y est appelé, comme en 1856, il saura rester juste pour le catholicisme. Ce n'est pas assurément l'auteur du livre sur les œuvres de charité accomplies par l'antique Église, qui pourrait méconnaître ses saintes origines, les grands services qu'elle n'a cessé de rendre, même au milieu de ses torts, à la cause du bien, de la justice, de la miséricorde, oublier enfin qu'elle portait l'Évangile dans ses flancs. Aussi se montre-t-il respectueux toujours, et reconnaissant là où il le faut, envers l'Église catholique.
Écoutez quelques-unes de ses paroles prononcées ici ou là :
Aucun de vous, je l'espère, pas même ceux auxquels un tel examen pourrait déplaire, ne se méprendra sur nos intentions et n& nous accusera de vouloir soulever des débats personnels et irritants. Dans le camp d'où s'élèvent contre notre Église des agressions si menaçantes, se trouvent enrôlés par la naissance ou l'éducation des hommes auxquels iious lient, non seulement des sentiments d'estime, de respect ou d'affection, mais encore d'étroites et profondes sympathies religieuses. Loin de nous tout blâme indistinct qui pourrait les atteindre et les froisser. Ce n'est donc point sur les membres de la communion romaine, c'est sur cette Église seule, envisagée comme institution, comme système de gouvernement religieux, que portent nos jugements
De nos jours, qui n'en connaît, parmi les disciples du catholicisme, de ces chrétiens qu'un tact heureux prémunit contre le danjger de ses maximes, dont la conscience délicate s'approprie le bien, ; rejette le mal, appelle la sévérité, repousse l'indulgence, s'arrête moins aux accommodements qu'il lui offre qu'à la loi qu'il proclame; âmes droites, âmes vertueuses qui se croient catholiques lorsqu'elles, ne sont au fond que chrétiennes, qui à leur insu prient avec nous, avec qui nous prions nous-mêmes, et dont les soupirs et les vœux montent au ciel confondus avec les nôtres.
Quel est le chrétien, à quelque dénomination qu'il appartienne, qui ne connaisse, dans d'autres Églises, des hommes avec lesquelsil serait heureux de s'unir pour adorer et pour prier? Quel protestant pieux ne s'est édifié avec Pascal et Fénélon ? Quel catholique
CXLII NOTICE BIOGRAPfflQUE.
éclairé ne s'édifierait avec Vinet, avecChanning? D'ailleurs, depuis/ trois siècles^ il s'est opéré et s'opère chaque jour dans le sein des.' partis une décomposition graduelle qui facilitera leur fusion. Les barrières confessionnelles s'abaisseront ; les anciennes classifica-'
tions s'etTaceront pour laisser agir les affinités de choix etc.
Trop souvent on n'a voulu voir dans les superstitions dii
catholicisme que l'œuvre de la cupidité et de la fraude exploitant l'ignorance et la crédulité; et de là, chez plusieurs de ceux qui les ont combattues, un ton uniforme de sarcasme et d'amertume qui se concilie mal avec l'impartialité de l'historien, et qui afflige le lecteur bienveillant et équitable. Pour nous, en nous rappelant dans quelles circonstances le catholicisme naquit et se développa, en y voyant les premiers efforts de peuples encore enfants pour s'élever au Dieu de l'Évangile, nous contemplerons d'un œil moins irrité des erreurs qui chez le grand nombre furent certainement involontaires ; et si nous sommes obligés de reconnaître qu'en bien des cas l'intérêt sacerdotal s'en prévalut et les favorisa, nous ferons du moins à cette cause une part moins étendue qu'on ne se plaît à la faire comnumément, et nous rapporterons de ces entretiens, avec des notions plus justes, des sentiments moins pénibles et moins amers
Ses auditeurs lui avaient su gré de sa modération :
Il n'a pas besoin d' efforts pour rendre justice aux adversaires. Combien cette manière de juger le développement de l'Église chrétienne et particulièrement de la papauté au moyen-âge, est plus noble, plus utile et plus féconde que ces pamphlets où la vérité disparaît sous l'hyperbole, et devient mécounaisssable sous la parodie ' !
Cependant, si dans ses premières conférences Chastel professe une grande admiration pour les Pères de l'Église, pour les premiers missionnaires catholiques, les Boniface et les Colomban, s'il loue les évoques et les moines d'avoir conservé l'héritage glorieux de la littérature païenne, d'avoir opposé une digue au torrent de la barbarie, et essayé
' Gazette de Lausanne, 25 juillet 1839.
NOTICE BIOGRAPfflQUE. CXLHI
de brider les passions déchaînées pendant le moyen âge. s'il blâme un certain fétichisme pour les Réformateurs el va même jusqu'à concéder ' qu'au XV!""^ siècle, pour contenir l'examen, un peu de dictature était nécessaire, il semble que ses jugementsjj^eA iennent de plus en plus sévères à mesure que les prétentions de l'ultramontanisme se montrent, dans la seconde moitié de ce siècle, plus arrogantes, plus contraires à l'esprit du temps, jusqu'à proclamer "le Syllabus et l'infaillibilité pontificale. Il les repousse au nom de la raison, de la conscience et de l'histoire. Il reproche à une Église ainsi sortie des voies de l'Évangile de n'avoir su s'accommoder ni avec la vérité ni avec la liberté. L'unité qu'elle poursuit n'est pas la vraie :
Quelle unité que celle qui s'obtient par le mntisme volontaire ou forcé de ces milliers de prêtres et de ces millions de fidèles enchaînés à la parole d'un seul homme, et dont le plus grand nombre, par respect pour la loi du silence, se condamnent à ne plus parler?
Est-ce là ce que nous envierions, ce que nous voudrions emprunter à l'Église des papes?
Non, laissons-lui cette unité menteuse, où s'abritent confusément la foi aveugle des masses ignorantes, l'indifférence des sceptiques, et l'hommage intéressé des partis rétrogrades. Laissons-lui son obscurantisme, l'immobilité dont elle est si fière, l'honneur de déclarer la guerre aux lumières, à la civilisation, au risque de rendre la religion haïssable à tous ceux pour qui ces biens ont quelque valeur; et nous, gardons précieusement la liberté de pensée et de parole que la réforme évangélique nous a acquise, la liberté, condition de toute foi sincère, principe de toute vie spirituelle, âme de tout progrès.
Ses prétentions despotiques ont amené des schismes dans le passé et ne sauraient davantage réussir dans l'avenir :
Rome donnait des lois à l'ancien monde : l'Église romaine voulut de même en donner au monde chrétien. De bonne heure, les
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papes s'essayèrent à frapper au près et au loin des coups d'autorité. Les Victor, les Zéphyrin, les Etienne, prescrivant à tous les lois et les usages qu'ils affirmaient tenir des apôtres, excommuniant les Églises d'Asie, les Églises d'Afrique qui refusaient de s'y ranger, léguèrent à leurs successeurs ces prétentions despotiques qui, portées à leur comble, donnèrent lieu à tant de schismes. On sait comment les Églises d'Orient y répondirent les premières, comment les Églises germaniques y répondirent à leur tour. Nous verrons si le concile qu'on nous promet saura réparer ces brèches. Rome a sans doute habilement exploité les mouvements irréligieux et tumultueux de notre siècle. Nous verrons si cette tactique lui réussira toujours, si elle saura ressaisir et entraîner dans sa marche rétrograde, des générations aussi avides, espérons-le, de vrais progrès, de vraies lumières, et de vraie liberté, qu'elles doivent être lasses de convulsions politiques et d'indifférence religieuse.
D'ailleurs il discute et repousse le pouvoir temporel de la papauté avec une franchise et une vigueur que n'ont pas | toujours les prolestants amis de la paix. C'est ce qu'on a vu I dans sa lettre à Montalemberl, c'est ce que montre encore ' mieux l'exposé historique très serré qu'il fait de cette question, devenue, à travers les âges, si complexe, si difficile à dénouer, dans son article sur les États de l' Église \ qui se termine ainsi :
En 1870 la capitale du monde catholique devint celle du nouveau royaume italien. Ainsi s'est éteinte en Europe la domination des princes-évêques. Ainsi, à moins de nouvelles péripéties que bien des efforts tendent à ramener, mais qui n'empêcheront pas le résultat définitif, ainsi, dis-je, s'est complété le mouvement de séculari- | sation qui se poursuivait sans interruption depuis plusieurs siècles, '' et qui, après avoir atteint successivement tous les dignitaires ecclé- * siastiques, abbés, chanoines, évêques, métropolitains, a enfin, par la force des choses, atteint l'épiscopat suprême et s'est accompli au centre même de la catholicité
Peut-être comprendront-ils (les successeurs de Pie IX) qu'aujour-
' Encyclopédie des sciences théologiques, t. IV, p. 356-371.
NOTICE BIOGRAPfflQUE. CXLV
d'hui la tiare et la couronne ne peuvent être réunies sur la même tête, la houlette et le sceptre réunis dans la même main qu'au plus grand préjudice de l'un et de l'autre : peut-être enfin les verronsnous, pour l'honneur de l'Église, renonçant de leur plein gré à un rôle désormais impossible, prendre pour modèles, non plus les Grégoire VII, les Innocent III, mais les Clément, les Fabien, les Corneille, bien mieux encore Celui qui repoussa toute domination mondaine, qui ne voulut régner que sur les âmes, régner que par j la vérité, la sainteté, le dévouement, l'amour suprême, et par là I s'est acquis sur la terre un empire qui n'aura pas de fin.
Et pourtant, Chastel, avec son noble optimisme, ose espérer, à lointaine échéance, il est vrai, une réforme dans le sein du catholicisme, et par suite un rapprochement des chrétiens. C'est un vœu qu'il formait déjà dans sa thèse de candidat ; et, dès ses premières conférences, il l'exprime éloquemment, en parlant des catholiques éclairés :
Ce qu'ils préconisent en loi (le catholicisme), c'est son côté
mystérieux et poétique, ce sont les chefs-d'œuvre des arts qu'il a inspirés, ce sont quelques cérémonies intéressantes dépouillées de l'entourage qui les rendait ridicules; c'est le catholicisme épuré des Féiielon et des Bossuet. c'est même quelque chose de plus mitigé encore, c'est le catholicisme réconcilié avec la science, avec la morale, avec l'Évangile, et conservant pour seul caractère distinctif la pompe de son culte et de ses rites extérieurs.
Or, si le catholicisme, en dépit de la stabilité, de la perpétuité dont il se vante, peut à ce point se modifier, si, sans quitter son nom ni sa forme, il peut changer entièrement d'esprit et de caractère, pourquoi redouterions-nous de lui voir reprendre quelque vigueur? Que, tout en supprimant les abus criants qui le dégradent, on tienne à conserver des pratiques innocentes auxquelles le peuple est accoutumé, qu'on laisse subsister des institutions qui. ramenées à leur véritable esprit, peuvent rendre encore quelques services, que l'on maintienne en un mot des formes catholiques tout ce qui peut en être maintenu sans danger; si d'ailleurs un christianisme vivant, sérieux, sanctifiant, vient prendre place sous ces formes et
CXLVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
ramène à lui tant de catholiques incrédules, ou du moins tièdes ou indifférents, nous nous en réjouirons du fond du cœur, nous regarderons la cause de la vérité comme gagnée. Mais, nous le répéjtons, le catholicisme ne saurait subsister longtemps encore dans
jison ancien état; une réforme lente et graduelle si l'on veut, mais.
j'i efficace et profonde est pour lui la seule ancre de salut, une condi-
^ tion indispensable d'existence.
Les membres éclairés de la communion romaine, tout en déplorant avec nous ses prétentions despotiques et ses tendances rétrogrades, ne croient pour la plupart avoir rien à faire pour les combattre. Le genre humain, selon eux, n'est point mûr encore pour son affranchissement; mais, le moment venu, l'erreur tombera d'elle-même, les abus, usés par le temps, disparaîtront ; et, en attendant, une attitude passive, une indifférence de bon goftt, au plus un silencieux dédain, sont la seule arme qu'ils croient nécessaire aujourd'hui d'opposer aux tentatives de Rome
Qu'ils arborent leur propre drapeau; ou que dans leur Église même, si leur conscience leur fait une loi d'y rester, leur profession soit conforme à leur persuasion intérieure; qu'ils imitent ces hommes courageux qui, sans quitter ses rangs, lui font entendre aujourd'hui des vérités sévères. Qu'ils se montrent en un mot ce qu'ils sont; qu'ils condamnent tout haut ce qui leur paraît digne de blâme : et que l'autorité romaine, ainsi réduite à ses véritables adeptes, forcée dans ses relrancbements, n'ait plus de choix qu'entre abdiquer ou se réformer elle-même.
Mais, pour que les chrétiens se rapprochent, les protestants, de leur côté, ont leur tâche, deux devoirs à mieux remplir, la foi et l'union entre eux, car c'est bien à eux qu'il appartient de marcher en tête de la colonne du progrès :
Si quelque chose pouvait justifier les attaques dirigées
contre le protestantisme, c'est la manière dont l'envisagent quelques-uns de ses soi-disant sectateurs. Pour eux, être protestant, c'est simplement n'être point catholique, c'est ne point croire ce que Rome enseigne, ne point pratiquer ce qu'elle commande ; quant à
NOTICE BIOGRAPHIQUE. CXL\TI
<?e qu'ils ont à croire, à pratiquer eux-mêmes, ils ne le savent pas, ils ne s'en informent pas.
Entendre ainsi le protestantisme, c'est, nous ne craignons pas de l'alïirmer, lui faire plus de tort que tous ses calomniateurs, tous ses persécuteurs ensemble. Si le protestantisme n'est rien de plus •qu'une négation, dès aujourd'hui même it nous faut rentrer dans l'Église que nos pères ont quittée, il faut considérer la Réforme €omme l'une des plus grandes calamités survenues au genre humain. Oui. quelque mal qu'une religion corrompue puisse faire aux hommes, jamais elle ne leur en fera autant que l'irréligion. Mieux vaut adorer Dieu dans une hostie que de ne point l'adorer, de ne penser jamais à lui ; mieux vaut confesser ses péchés au prêtre et en acheter le pardon que de n'en éprouver aucun repentir. Je le répète, si vous n'avez aucune crainte de Dieu, aucun amour pour Jésus, aucun attachement pour votre culte, ne dites plus : Je suis protestant : l'Église réformée vous repousse de ses rangs; vos ancêtres eussent vu en vous pis qu'un ennemi, ils vous eussent ôté l'honneur de combattre et de soufîrir pour leur sainte cause.
Mais à Dieu ne plaise que nous vous supposions aussi ignorant.^ des principes et de l'essenc* de votre religion. Non, vous le savez aussi bien que nous, le protestantisme n'est ni l'incrédulité, ni lindifférence, ni la tiédeur. Le vrai protestant sert Dieu en esprit €t en vérité, il le sert avec d'autant plus de ferveur qu'il le connaît plus parfaitement; sa foi est d'autant plus vive qu'elle est plus éclairée et plus pure. Ces facultés dont Dieu lui a rendu l'usage, il les consacre à le chercher, à l'adurer ; il lui voue ce cœur retiré de dessus l'autel des idoles, il lui rend l'hommage accompli de l'amour et de l'obéissance; il s'élance en6a avec ardeur dans la carrière de la sanctification chrétienne que Rome avait fermée, et que la Réforme a eu la gloire de rouvrir
Pour défendre et faire triompher la Réforme, la même arme est remise entre nos mains : c'est l'inébranlable constance dans la profession de la vérité; c'est la ferme volonté de ne jamais déserter sa cause, c'est cette ténacité, et si vous le voulez, cette opiniâtreté dans l'exercice du plus saint de tous !es droits. Professer individuellement et en commun vos croyances, les faire enseigner et les enseigner vous-mêmes à vos enfants, les répandre autour de vous
CXLVni NOTICE BIOGRAPHIQUE.
par la parole et par la presse, les faire prêcher librement dans vos temples, leur ouvrir, partout où les besoins le requerront, des écoles, des chapelles, des maisons de prières, ce sont là vos droits et vous^ en userez ; vous en userez avec d'autant plus d'ardeur et de persistance qu'on fera plus d'efforts pour vous les ravir
Avez-vous calculé tout ce que peut contre une aveugle multitude une poignée d'hommes pleins de courage et de foi? Voilà votre ressource contre l'invasion romaine.
Oui, nous l'espérons, quand les protestants auront poussédans ses dernières conséquences le principe du jugement individuel, et dans ses dernières limites le morcellement religieux, peutêtre alors, rassasiés d'individualisme et d'indépendance, ils sentiront que l'union est aussi un besoin. Leurs yeux s'ouvriront alors; ils s'étonneront de l'importance qu'ils ont pu donner à de frivoles disputes; ils se tourneront les uns vers les autres et se demanderont pourquoi ils se sont séparés. Alors ils se tendront la main, et l'on verra s'établir entre eux une union plus belle que celle dont Rome s'est tant glorifiée, l'union dans la liberté, l'union par la tolérance évangélique, l'accord de chrétiens éclairés et pacifiques^ qui, mettant en commun leurs lumières et leurs efforts, marcheront de concert à la conquête de la vérité
On verra d'ailleurs quand nous retracerons les espérances de notre historien pour l'avenir, combien volonliersses regards plongent dans cette perspective, chimérique encore aux yeux de nos contemporains, du rapprochement des chrétiens. De telles espérances, convenons-en, semblent avoir été démenties par Pie IX et le Concile du Vatican, par les encycliques, beaucoup plus modernes de ton, mais identiques quant à la doctrine, de Léon XIII, etenfm par le dédain avec lequel on a traité le catholicisme libéral. En présence de l'avorlement de cette dernière tentative, est-il permis encore de se flatter de l'illusion que l'Église catholique comme corps, pourrait se dégager du fardeau encombrant de sa tradition ? L'infaillible ne doitil pas continuer à se dire tel, sous peine de s'annuler ? —
NOTICE BIOGRAPHIQUE. CXLIX
lOui, mais derrière la façade fièrement barricadée, une porte dérobée pourrait encore s'entr'ouvrir sur le chemin du progrès. Oui, en dépit de formules toujours également hautaines, malgré la persistance de l'infaillibilité à s'affirmer dans la région des abstractions.il se peut que les dispositions se corrigent doucement, et que sous le masque immobile, la figure se renouvelle. C'est là ce que nous souhaitons et même entrevoyons. En gardant la même vieille livrée, le catholicisme peut adopter d'autres allures, prendre conseil des expériences générales et des événements, se spiritualiser, s'émanciper de fait. « Le vent souffle où il veut et l'on ne sait d'où il vient ni où il va. Il •en est de même de l'esprit de Dieu. » Ces rivages où il nous pousse, Chastel les a entrevus et salués de loin. C'est à la génération de nos petits neveux qu'il sera réservé d'y aborder de plein pied.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l'Institut national de France avait, dans sa séance annuelle de -1847, proposé pour sujet de prix à décerner en 1849 la question suivante : « Faire l'histoire de la chute du paganisme et de sa destruction totale dans les diverses provinces de l'Empire d'Orient, à partir du temps de Constantin. » Déjà en 1830, frappée de l'importance de la révolution qui remplaça le polythéisme par le monothéisme, elle avait mis au concours le sujet parallèle, traité magistralement par Beugnot dans son histoire de la Destruction du paganisme en Occident, 4835. Chastel que ce livre avait naguère frappé, et qui était maintenant à l'aise avec son enseignement, se sentit attiré vers le sujet du nouveau concours par la connaissance qu'il possédait de l'antiquité classique et chrétienne, par les ressources <iue ses fonctions de bibliothécaire lui mettaient alors -aisément sous la main, par l'instinct de son talent enfin. L'importance historique générale des révolutions reli-
OL NOTICE BIOGRAPHIQUE
gieuses ressortait à ses yeux de toutes ses études. « Il n'est pas, dit-il. pour un peuple, de progrès plus heureux ni plusféconds que ceux (jui le l'ont avancer dans la connaissance de Dieu. Chaque pas qu'il fait vers la vraie religion est un pas vers la vraie science, la vraie moralité, la vraie civilisation. » Aussi se met-il avec ardeur à l'œuvre '. Et voici comment il conçoit son plan :
Il m'a paru que pour entrer dans les vues de l'Académie, il fallait avant tout s'attacher à bien caractériser le polythéisme dont il s'agit, en indiquant les éléments qui avaient concouru à sa formation, et en montrant en quoi il se distinguait de celui des provinceslatines.
En second lieu, quoique l'Académie ait fixé pour point de départ de ces recherches le règne de (Constantin, il m'a semblé que pour connaître la vraie situation du paganisme à celte époque, surtout en Orient, il était nécessaire de remonter quelques siècles plus haut, et de rappeler sommairement les premières attaques auxquelles il avait été en butte, les premiers ébranlements, les premiers échecs^ qu'il avait subis; en un mot, les premiers pas qu'il avait faits vers sa décadence.
Après ces préliminaires, entrant dans le cours de notre sujet, nous retracterons, de règne en règne, à partir de celui de Constantin, les destinées du paganisme dans les provinces d'Orient, les mesures répressives dont il fut l'objet, les nouveaux assauts qui lui furent livrés, les résistances qu'il y opposa, les moyens à l'aide desquels ces résistances furent vaincues. Nous parcourrons ainsi les degrés successifs de sa destruction, jusqu'au moment oti nous Ifr verrons disparaître complètement de l'empire grec, et où nou& n'aurons plus qu'à constater l'époque de sa chute définitive.
Nous nous livrerons ensuite à quelques recherches sur les causes les plus générales de cette grande révolution, et nous jetterons en terminant un coup d'œil rapide sur ses conséquences.
' Histoire de la destruction du paganisme dans Tempire d'Orient, par Etienne Chastel, professeur et ancien bibliothécaire à Genève, membre de la Société de théologie historique de Leipsick. Ouvrage couronné par l'Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) dans le concours ouvert sur ce sujet en 1847. Paris,. 1853, un vol. 80 (382 pages).
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Donc, après une riche introduction sur la nature complexe (lu polythéisme en Orient et sa lente décadence dans les siècles antérieurs à Constantin, il raconte dans une première partie, l'histoire de sa destruction, telle que l'ont poursuivie Constantin et ses successeurs, à travers trois périodes : la première, depuis l'édit de Milan jusqu'à l'avènement de Théodose, de 313 à 379 ; la deuxième, jusqu'à l'avènement de Justinien, de 379 à 527, la troisième jusqu'à la mort de Basile le Macédonien, de 527 à 886. — Dans une seconde partie, il se livre à des considérations sur les causes générales de la chute de l'antique religion : discrédit croissant du paganisme populaire : insuffisance du paganisme néo-platonicien ; rapport du christianisme avec les besoins du temps : elïets des mesures de l'autorité civile ; invasion des Barbares, etc. Il ne peut terminer (}ue par un coup d'oeil sur les conséquences de cette grande ruine. Pour tracer ces tableaux, il consulte tour à tour l'histoire proprement dite, la législation, la littérature religieuse, et il les dessine, dil-il, « avec toute l'exactitude et la précision dont il est capable. »
Ce plan n'est pas à l'abri de toute critique. En rendant compte avec soin de l'ouvrage dans une revue scientilique allemande ', Uhlhorn désapprouvait cette division de la matière en deux parties, les faits, leurs causes. Il y trouvait plusieurs défauts : des répétitions ou des fragments hors de leur vraie place, une tractation alourdie, et surtout l'unité de l'exposition compromise. Le critique, s'arrètant sur le chapitre consacré au néo-platonisme, faisait observer que le paganisme tout entier avait passé de l'incrédulité à la superstition, de sorte que le néo-platonisme, dans ses modifications, n'avait fait que subir l'entraînement général ; que l'unité abstraite par laquelle il représentait la divinité, devait le ramener au polythéisme, à ses miracles, à sa théurgie, que ce n'était pas tant la haine pour le chris-
' GôUingische Gelehrte Anzeigen, 191 Stiick, 30 novembre 18o(>.
CLn NOTICE BIOGRAPHIQUE.
tianisme qui le rendait païen, que ce n'était son paganisme latent qui le rendait anti-chrétien; enfin que le principe chrétien devait bel et bien faire tomber le paganisme, sans même que les chrétiens s'y fussent intentionnellement appliqués.
Ces observations peuvent avoir de la valeur, mais elles n'infirment en rien le grand mérite du livre. C'est merveille de voir comment dans ce fouillis de faits, l'auteur introduit la lumière, et d'une main sûre, nous conduit à travers une foule de décrets proscripteurs et de violences des empereurs, des évoques, des moines, des foules chrétiennes ; comment il marque les étapes de la persécution, récapitule les traits de chacune, et par des tableaux attachants, tels que celui du néo-platonisme, permet au lecteur de reposer ses yeux fatigués de tant d'horreurs.
Mais on est tenté de lui dire : Pourquoi vous, chrétien, restez-vous si calme en présence de ces violences perpétrées au nom du Christ ? Car, enfin, y a-t-il un spectacle plus triste que celui de ces préjugés et de ces passions qui font du christianisme, le persécuté hier, un persécuteur aujourd'hui, le martyr dans les trois premiers siècles, un bourreau dans tous les autres ? C'est la fausse idée que l'unité morale doit se maintenir avec tout autant de rigueur que l'unité légale et politique, l'idée, propre à toute l'antiquité, d'une religion de l'État, de la religion du chef de l'État, qui s'impose à tous les sujets de l'État ; c'est cette raison d'État, qui voit des conspirations contre l'empereur chrétien partout, dans les sacrifices comme dans les pratiques de la magie et de la théurgie, et les imagine là où elles ne sont pas ; c'est le despotisme échautîé et implacable d'un Théodose, d'un Justinien, s'exerçant non pas seulement contre les vieilles croyances, mais contre le culte des vieilles gloires littéraires de la Grèce classique, contre l'école d'Athènes, la philosophie d'Alexandrie, les brillantes rêveries du néo-platonisme. Et ce qui est plus triste encore que ces préjugés, c'est cette suite de violences
NOTICE BIOGRAPraQUE. CLIII
légales (le plus en plus b«^tes et raéch;mles qui dépouillent les adhérents du passé, d'abord des faveurs du souverain, et bientôt de leurs droits acquis. leur enlève de chers sanctuaires, déclare suspect leur attachement aux pratiques des ancêtres, coupable leur culte domestique aux vieux dieux, et lente de les arracher à de pieuses habitudes par des supplices, art infernal qui serre graduellement la vis pour étrangler les consciences et étouffer les cœurs : c'est l'acharneraent des plus vils intérêts à la curée, la spoliation se déguisant sous la livrée de la foi : c'est la vengeance animant les chrétiens autant que les païens: c'est la haine enfin, entretenue par des attentats réciproques, accrue par des retours offensifs comme celui de Julien l'apostat, une haine qui n'a rien oublié du vieux génie romain, ni n'a rien appris de l'esprit du Maître doux et humble de cœur, au joug doux et au fardeau léger !
Méconnaissance étrange de l'Évangile ! Leçon affreuse que les siècles suivants n'ont que trop apprise des codes théodosien et justinien, et qui a rendu le christianisme luimême odieux à tant d'âmes généreuses ; funeste semence, non de martyrs, mais de bourreaux ! Dans l'écœurement qu'on éprouve, on voudrait plus d'indignation chez le savant écrivain, on s'étonnerait même d'en trouver si peu, si l'on ne se rappelait à quels juges était présenté le Mémoire, et si l'on ne comprenait (ju'il a pensé produire d'autant plus d'etfet en se bornant à la tâche de narrateur, et en laissant aux lecteurs le soin d'exhaler leurs soupirs de réprobation. Toutefois, nous rencontrons quelque part une page où il nous soulage et nous soulage avec lui, et que nous nous plaisons à citer ici :
Applaudirons -noQS aux rigueurs de Justinien et de ses prédécesseurs? A Dieu ne plaise ! Le succès ne légitime rien; l'intérêt même de la vérité ne justifie point l'injustice. Que la violence s'exerce par Dioctétien ou par Constance, par Julien ou par Théodose, elle est toujours la violence, l'oppression est toujours l'oppression. Jamais
CLIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
l'homme de bien ne verra qu'avec douleur, avec réprobation, les atteintes portées à la liberté religieuse, et plus une cause lui est chère, plus il s'indignera contre ceux qui la soutiennent par de tels moyens. Si parfaite, en effet, que soit une religion, dès qu'elle se met à persécuter ou laisse persécuter en son nom, elle se déclare par cela même incapable encore, si ce n'est indigne, de gouverner le monde, et ne le gouverne réellement que du moment où elle peut se passer de cet appui.
L'Académie avait reçu quatre Mémoires. Elle accorda le prix au numéro I, celui de Chastel. Pour élre mieux renseigné sur l'opinion qu'on s'en était faite, l'auteur entra, par l'intermédiaire de son ami Jean Humbert, en rapport avec M. Magnin ', alors président de l'Académie qui avait ouvert le concours. Par la réponse de C. Magnin à J. Humhert. on verra quelles furent les observations du rapporteur Villemain. et l'on comprendra aisément pourquoi nous citons aussi la lettre de Chastel à son illustre maître d'autrefois.
i'.\ septembre 1849. Mon très cher ami,
Aussitôt votre dernière lettre reçue, je me suis empressé de faire droit au désir de votre compatriote et savant élève, M. Chastel. C'est M. Villemain (un des quatre membres chargés de juger les mémoires envoyés au concours cette année) qui a présenté le rapport. Contre l'usage, qui est de ne faire qu'un rapport oral, M. Villemain a mis ses idées sur le papier, et vous croirez sans peine que le morceau était excellent. L'Académie en a demandé l'insertion tout d'une voix, mais M. Villemain s'y est refusé obstinément, ne voulant pas qu'on dérogeât en sa faveur aux- usages de la Compagnie. Il n'a même pas consenti à ce qu'il fût inséré dans le procèsverbal. Il ne me restait donc qu'à lui demander communication officieuse des passages où, après beaucoup d'éloges très mérités (je puis le dire, ayant pris comme président connaissance des pièces du concours) il a signalé quelques lacunes qui se trouvaient à son avis
* Charles Magnin, érudit et critique français (1783-1862), auteur du livre Origines du théâtre en Europe.
NOTICE BIOGRAPfflQUE. CLV
dans le mémoire couronné. Malheureusement je l'ai trouvé inflexible pour moi. comme il l'avait été pour l'Académie; seulement il a hien voulu me rappeler tout en causant, les trois points sur lesquels il aurait désiré que M. Chastel eût un peu plus insisté:
lo Quelle a été sur la prolongation du paganisme en Orient^ l'influence du théâtre et des jeux païens, qui ont si longtemps subsisté et auxquels assistaient les chrétiens eux-mêmes, commel'attestent tant de passages des Pères de l'Église grecque?
2o M. Villemain croit qu'il eût été essentiel de rechercher quelle a été en Orient l'organisation du sacerdoce païen, et s'il n'a pas. tenté comme en Occident de se constituer plus fortement dans une vue de résistance.
3o M. Villpmain est frappé d'une certaine liberté de controverseaccordée du temps de (^hrysoslôme aux sectateurs de l'ancien culte, et de quelques polémiques assez courtoises qui lui rappellent les discussions de Bossuet et des ministres protestants, et qui lui semblent prouver qu'une grande liberté était laissée aux défenseurs desopinions païennes.
Voilà, mon cher ami, bien faiblement exprimés quelques desiderata indiqués par M. Villemain dans son rapport. Je regrette beaucoup de n'avoir pu le décider à communiquer à M. Chastel ces belles pages qui lui auraient bien mieux fait comprendre la pensée de notre habile et illustre confrère. Ch. Magmx.
A M. Villemain de l'Institut \
Monsieur, Aussitôt que j'eus appris la décision si flatteuse pour moi de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres relative au concourssur l'histoire de la chute du Paganisme, je désirai connaître dansses détails le jugement qu'elle avait porté sur mon mémoire, afia d'en combler les lacunes, d'en corriger les parties défectueuses et de le rendre ainsi, avant sa publication, moins indigne de l'hoodrable distinction dont il a été l'objet. Le porteur de cette lettre,, mon excellent ami M. Dufour, m'a appris que c'était vous qui
* Villemain aura sans doute répondu à cette sollicitation, mais, sa réponse n'a pas été n)ise sous nos yeux. Nous présumons qu'elle ne devait pas être pins explicite que celle du président.
«CLVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
aviez été chargé du rapport de l'Académie, et il m'a informé en même temps de l'extrême bienveillance avec laquelle vous aviez •daigné parler de mon travail. Permettez-moi de vous exprimer avant tout, Monsieur, combien cette circonstance m'a touché •et réjoui, et combien elle rehausse à mes yeux le prix de la •couronne que je viens d'obtenir. — Etre honoré d'un suffrage «comme le vôtre, loué devant une telle Académie par un homme -dont le jugement fait autorité dans tout le monde savant, c'est infiniment plus glorieux que tout ce que je pouvais espérer et sera •pour moi un puissant encouragement dans les travaux auxquels, si Dieu le permet, je compte me livrer encore. Ce ne sera, du reste, ni le premier, ni le seul que je vous devrai. Pendant un hiver que je passai à Paris en 1825, je suivis avec assiduité, je puis dire avec ■enthousiasme, vos leçons à la Sorbonne; j'en sortais électrisé, enflammé d'ardeur pour l'étude; je n'ai pas cessé dès lors d'étudier vos ouvrages, et je puis dire que c'est à vous en particulier que je dois mon goût prononcé pour l'ancienne littérature chrétienne, goût que plus tard j'ai eu le bonheur de faire partager à plusieurs de mes étudiants.
D'après cela, Monsieur, jugez du prix que j'attache à connaître le jugement que vous avez porté sur mon ouvrage. C'est ce qui «l'engage à vous demander s'il me serait possible d'obtenir la communication de votre rapport, s'il serait permis, par exemple, à M. Dufour de faire prendre pour moi une copie, au moins de la partie de ce rapport qui me concerne et de celle qui touche d'une manière générale au sujet que j'ai traité. L'indulgence avec laquelle j'apprends que vous avez parlé de mon mémoire me fait supposer que vous en avez plutôt relevé les faibles mérites que signalé les défauts. Ce sont pourtant ces derniers qu'il m'importerait de connaître en vue de la publication que je me propose. Oserais-je en ■conséquence vous prier, Monsieur, de joindre au document officiel que je vous demande, quelques-unes de ces observations critiques et au besoin de ces conseils sévères, qu'on épargne en public à un auteur couronné, mais qu'on lui adresse dans le tête-à-tête lorsqu'on a vraiment à cœur son succès. Ce serait là à mes yeux, veuillez le croire, le gage le plus sûr et le plus précieux de votre bienveillance, •et un service dont je sentirais tout le prix.
Veuillez me pardonner, Monsieur, ce qu'il peut y avoir d'indis- 4:ret dans ces demandes en coni^idération du motif qui me porte à
NOTICE BIOGRAPmQUE. CLVIT
voas les adresser, et agréez l'expression de mon dévouement et de mon profond respect.
E. Chastel.
Ce premier succès avait rassuré la timidité de Chaslel. l'avait même mis en belle humeur d'écrire, et incliné à saisir toute nouvelle occasion d'utiliser la notoriété qu'lF venait d'acquérir pour assurer la faveur du public lettré tt lui-même et à ses convictions. Il s'en présenta une bientôt^
En 1849. au milieu de la première explosion du socialisme dans la seconde République. l'Académie françaiseproposait pour sujet d'un prix de trois mille francs, provenant des libéralités de Monthyon, à décerner en 1852. la question suivante : « Rechercher l'influence de la charilédans le monde romain durant les premiers siècles de notreère. et. après avoir établi comment en respectant profondément le droit et la propriété, elle agissait par persuasion^, à titre de vertu religieuse, montrer par ses institutionsl'esprit nouveau dont elle pénétra la société nouvelle. »
Voilà une amorce pour Chaslel. Nous avons dit plus^ haut ce qui l'avait de bonne heure préparé pour de tellesétudes, en rappelant ce qui poussait les Genevois de cecôté ; nous aurions pu mentionner encore le prix accordé par l'Académie française, en 1834, au mémoire de- F.-M.-L. Naville sur Ui charité léfjale, les ouvrages qu'élaborait en ce temps même un des anciens condisciples de- Chastel, léminent publiciste et économiste, Antoine Cherbuliez. et enfin les institutions sociales qui surgissaient si- Genève de la secousse de 1846. et partout de celle de 1848. La question proposée appelait les concurrents à considérer toute l'histoire de ces premiers siècles que Chastel connaissait si bien, et à montrer les saintes virtualités du christianisme, dont il était si convaincu. Les recherches variées sur le passé et le présent, sur les premiers siècles et sur le nôtre, dans lesquelles on avait à s'engager, devaient plaire au professeur non moins qu'à l'ancien pas-
CLVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
leur. Donciin ti'iple inlérét, historique, apologétique, pra- 4i{iue, l'y attirait comme un triple aimant.
Au commencement de l'année 1852, le mémoire était -expédié et il s'impiimaiten 1853'. Avant d'en raconter les -destins, il convient d'en présenter une brève analyse et ^t d'en dire l'esprit *.
Dans l'Introduction, l'auteur jette un coup d'œil sur les iemps antérieurs au christianisme. Puis, dans un premier Jivre, il dépeint l'influence de la charité durant les trois premiers siècles, directe sur les mœurs, indirecte sur le 'droit commun ; dans un second livre, il continue le tableau
' Études historiques sur l'influence de la charité durant les premiers siècles chrétiens, et considérations sur son rôle dans les sociétés modernes, par Etienne Chastel, professeur à Genève, ouvrage ■couronné en 18o2 par l'Acadéinie t'rannaise dans le concours ouvert sur cette question. — Deo in pauperibus. Paris. Capelle, libraire-éditeur, 1853, g.-8° (419 pages).
* Nous ne saurions passer ici tout à fait sous silence l'ouvrage <le M. Ch. Schmidt, son rival, qui a pour titre : Essai historique sur In société civile dans le monde romain et sur sa transformation par le christianisme. On voit combien le professeur de Strasbourg élargit le programme. Fidèle, d'un bout à l'autre, à sa conception, 4lans un premier livre il étudie la société civile païenne, et ses <livers éléments lui fournissent des divisions qu'il reproduira dans les livres suivants. — Le livre second oppose au paganisme la société religieuse chrétienne, ses principes fondamentaux et ses sentiments quant à l'État, la façon dont elle considère la famille, les -classes laborieuses, les pauvres et les malheureux, les ennemis. — De cette antithèse va surgir une synthèse qu'il expose dans le troisième livre, consacré aux tranformations opérées par l'influence chrétienne. Il montre d'abord la lutte de l'esprit païen et de l'esprit chrétien, les moyens d'action de celui-ci et l'adoucissement qu'il apporte dans les idées et les mœurs avant et après Constantin, <tans la législation, la situation légale et réelle des femmes, des enfants, des esclaves, des malheureux.
Une connaissance approfondie de la société païenne, un grantl nombre de faits, un plan original, un ordre symétrique, une conviction bien assise de l'influence rayonnante du christianisme dans tous les sens, tels sont les mérites de l'ouvrage. Mais, comparé à Chastel, il est inférieur en ces points-ci : de s'être moins étroitement tenu aux termes du programme ; de s'être arrêté au Illme siècle ; ée n'avoir pas voulu ou su tirer de conclusions sur la société préi^ente, ce qui paraissait pourtant être le vœu de l'Académie.
NOTICE BIOGRAPHIQUE. CLIX
jusqu'à la fin du Vl"'^ siècle et se plaît à nous faire voir l'Église agissant en faveur des opprimés, esclaves, colons, gladiateurs, recommandant fortement l'aumône, sans attaquer la propriété, administrant bientôt de grandes ressources accumulées dans les évéchés et les monastères, entraînant le pouvoir civil dans son élan et l'amenant à coopérer avec elle par des mesures spéciales au relèvement des malheureux.
De ce tableau de l'antique charité chrétienne l'auteur veut tirer quelques inductions générales touchant l'activité qu'elle est appelée à déployer dans le temps présent. « 11 nous serait impossible, nous l'avouons, dit-il, de nous taire sur un semblable sujet. » De là des considérations sur le présent et l'avenir de la charité, qui remplissent une partie notable de l'ouvrage, intitulée : « Résumé et conclusions ». Il y traite tour à tour de l'action subventive et de l'action préventive de lacharilé. Arrêtons-nous quelque peu sur ces intéressantes considérations.
Si l'Antiquité faisait dépendre de l'État le droit de propriété, le christianisme lui assignait une origine divine. Aussi l'assistance romaine se faisait-elle par l'État, tandis que le christianisme la voulait libre et la confiait aux individus et à l'Église. Il arriva dans le cours des temps que des abus s'installèrent dans celte direction essentiellement ecclésiastique de la charité. Alors l'État, pour les corriger, dépouilla l'Église et se chargea du rôle qu'elle jouait dans le drame de la misère, « Mais, dit notre auteur, qui ne sent tout ce que la bienfaisance officielle la mieux administrée offre toujours de défectueux ? Toutefois, l'Étal ne peut s'en décharger brusquement. Devenu, par l'effet des révolutions politiques et religieuses, possesseur des anciens fonds de la charité, il doit les consacrer, en partie du moins, à leur destination jus(|u'à ce qu'il y puisse être pourvu d'une autre manière. » Maintenant il faut revenir à la charité volontaire des individus et des groupes, à la charité œllectiie qu'on ne doit pas confondre avec la cha-
CLX NOTICE BIOGRAPHIQUE
rilé publique ou d'Étal, à la cliarité chrétienne enfin, qui est seule à la hauteur des plus grands besoins.
Après avoir ainsi représenté l'action subventive de la charité, l'auteur aborde son action préventive. On comprend qu'il va célébrer la liberté du travail et ses bons eiïets, et dire ce qui doit les garantir, l'instruction, la moralisation et la coopération des travailleurs. Relevons ici des passages qui en 1832 ne manquaient pas de nouveauté, avaient même un accent prophétique :
On peut entrevoir une époque où, pourvu par l'instruction de nouvelles ressources, l'ouvrier pourra offrir à la société un travail plus précieux et par là mieux rétribué; où il n'aura plus à lutter péniblement contre la concurrence des machines; où, des hauteurs (le l'intelligence qu'il a su gravir, il pourra défier ce déluge de force mécanique qui partout aujourd'hui lui dispute le terrain '.
Il faut l'entendre, à maintes reprises, célébrer les bienfaits, déjà grands et qui seront plus grands encore dans l'avenir, de l'association :
Nous avons lieu, dit-il plus loin, de croire que pour les industries qui n'exigent pas de fortes avances, un certain nombre d'ouvriers probes, laborieux, se connaissant assez pour avoir pleine confiance les uns dans les autres, commençant leur entreprise sur un pied modeste, mais le poursuivant avec persévérance, auraient, à la longue, des chances de succès. Le principe d'association, par lui-même éminemment salutaire et fécond, le deviendra toujours plus à mesure que l'instruction et la moralité feront des progrès parmi les classes ouvrières.
Avec les économistes de son temps, il se prononce ensuite pour les avantages de la petite culture, de la division des propriétés, pour l'abolition légale du privilège de priraogéniture, l'union de l'agriculture et de l'industrie, le transfert des manufactures des villes dans les campagnes, la colonisation. En tout cela un grand rôle est assigné à la science.
NOTICE BIOGRAPHIQUE. CLXI
Mais la science ne saurait se passer de la charité. « A quel guide plus éclairé pourrait-elle s'adresser ? On peut se tromper en aimant, mais on est bien plus sujet à se tromper en n'aimant pas. » Seule d'ailleurs, la charité a des accents persuasifs à faire entendre aux pauvres et aux riches tour à tour. Il terminait ces considérations par un appel qui est peut-être encore plus opportun aujourd'hui qu'alors :
A l'œuvre donc, le temps presse non à cause des dangers que
peut enfanter la misère — si notre seul but était de les conjurer, peut-être serait-il déjà trop tard — le temps presse parce que nos frères soutirent et qu'il ne sera jamais assez tôt pour les secourir. Dussent les secousses qui menacent encore Pordre social nous atteindre dès demain, aujourd'hui mt^me il faut travailler au bien des classes déshéritées ; il faut faire pour elles, et pour Dieu eu elles, ce qu'il ne serait plus temps de faire pour nous.
Dans notre exposé, tout sommaire (]u'il est. on a pu sentir quel esprit animait les réllexions du penseur. Peut-être convient-il df lemeltro plii> en vuepar (pielques citations.
Et d'abord, alors même (jue son thème est avant tout d'histoire et d'économie sociale, Chastel ne laisse pas oublier aux lecteurs qu'il est chrétien :
Si quelques-uns des motifs qui animaient jadis la charité ont aujourd'hui perdu leur empire, les autres, par leur sublimité même, sont destinés à en obtenir d'autant plus. Dieu, père et protecteur de toute la race humaine ; tons les hommes unis en lui par les liens d'une étroite fraternité; l'amour pour nos semblables, inséparable de celui que nous devons à Dieu ; notre bonheur présent et à venir proportionné à l'énergie de ce double amour; la bienfaisance, conséquence nécessaire, expression naturelle de toute charité vive et sincère : ce sont là des vérités qui, pour être anciennes, n'ont rien perdu de leur certitude, et qui fournissent une base inébranlable à ce devoir. Proclamées par le plus grand des révélateurs, scellées de son sang, mises en évidence sur sa croix, confessées par tout ce
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qu'il y a eu, depuis dix-huit siècles, d'esprits éminents, d'àmes élevées, chères au chrétien, reconnues par tous les vrais philosophes, CTi accord avec les notions les plus claires de notre intelligence, ainsi qu'avec les plus nobles instincts de notre cœur, confirmées par tout ce que l'expérience et la saine raison nous révèlent des desseins de la Providence, loin d'avoir rien à redouter des progrès du siècle, elles sont destinées à briller d'un éclat toujours plus vif, à mesure que les hommes eux-mêmes s'éclaireront.
De cette haute région, redescendant au milieu des conditions sociales actuelles, on ne s'étonnera pas qu'il s'adresse avant tout à la conviction de l'individu, auquel directement s'impose le devoir de la cliarité. Il se rangera donc parmi les individualistes sérieux qui demandent beaucoup, sinon tout à la liberté, au régime libre et volontaire :
Pour les maux qu'on ne peut espérer de prévenir, et qu'en conséquence il est nécessaire de soulager, au lieu de tourner dès l'abord nos regards sur l'État et de nous attendre à lui comme aune seconde providence, examinons chacun ce que nous pouvons faire individuellement ; pourvoyons chacun, selon nos moyens, aux infortunes que nous connaissons, et qui sont à notre portée ; ayons chacun, comme les premiers chrétiens, notre trésor sacré, grossi d'une partie de nos épargnes et où nous puisions en faveur des malheureux. Puis, pour les maux qui réclament un plus grand déploiement de ressources, adressons-nous à la charité colieclive, mais toujours privée et volontaire.
Il s'élèvera contre le socialisme d'Étal :
Ce n'est pas la charité qui condamnera froidement toute une portion du genre humain à des privations sans espoir; mais ce n'est pas elle non plus qui enseignera au pauvre à chercher son bonheur aux dépens du riche; elle sait que jamais bien durable ni réel ne s'obtient par la voie de l'injustice. De quelque couleur qu'on pare la spoliation, qu'on la déguise sous les noms de communauté, d'impôt progressif, de droit au crédit, de droit au travail, qu'on propose au nom de l'Etat des brigandages qu'on n'oserait propo-
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ser en son propre nom ; tout ce qu'on y gagnerait serait, par la destruction du travail, un niveau commun de misère. Le sauvage, dit Montesquieu, coupe Tarbre par le pied pour en avoir le fruit; voilà l'image de la prospérité que promet le socialisme : aujourd'hui le pillage, demain la famine. Ce n'est pas la charité qui conseillera jamais cette voie. Animée d'une bienveillance universelle pour les hommes, elle tient la balance égale entre eux tous; c'est de leur union, non de leur hostilité mutuelle, qu'elle leur fait attendre leur commun avantage, c'est parle bien de tous qu'elle enseigne à chercher le bien particulier de chacun.
Le rôle de l'État est plutôt négatif :
En général, pour toutes les oeuvres qui sont du ressort de la bienfaisance, une action indirecte est celle qui nous parait le mieux
■convenir à l'État Qu'avec tous les ménagements nécessaires,
mais avec une persévérance infatigable, les gouvernements s'appli- <juent à détruire les abus qui perpétuent la misère.
Il les énumère : entraves au travail et à la circulation <Jes produits, monopole, proleclionisme, fêtes puériles, armements ruineux, surcharge des frais de l'administration et de la justice, etc.. etc., et il ajoute :
C'est ainsi que je comprends l'action des gouvernements
"Se les chargeons pas de soins plus étendus. Ils feront assez pour la charité, s'ils fondent solidement le règne de la justice, ils feront asser de riches, s'ils ne font pas de pauvres, assez de bien, s'ils empêchent le mal.
Cependant, son individualisme n'est rien moins qu'égoïste et utilitaire, et si nous avions beaucoup de partisans pareils de l'individualisme, ce système soulèverait moins de défiances ou de répugnances parmi les classes soutirantes. Aujourd'hui, depuis l'établissement de la démocratie, la situation, la compétence et le rôle de l'État ont grandi. L'Étal demandant à tous ce qu'on appelle l'impôt du sang, et otVrant à tous une participation à ses affaires, que l'excès -de la misère pourrait rendre impossible ou dangereuse, est
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amené à s'intéresser plus directement à l'éducation et au bien-être de ses ressortissants. Il n'est plus un tuteur imposé à la masse, il en est le représentant. La collectivité s'aide elle-même en aidant chacun de ses membres. L'État est donc plus sollicité et plus autorisé qu'autrefois à surveiller et corriger les abus qui sont des pourvoyeurs de la misère et des fauteurs de la dégradation des individus, à protéger les faibles, tendre la main aux misérables, s'interposer comme un médiateur officieux entre les classes en lutte, intervenir même comme un législateur dans la détermination des conditions du travail. C'est ce que réclament de lui ceux qui soulfrent, et qui ne réussissent pas à s'aider sulfisamment eux-mêmes ; c'est à quoi l'encouragent plus ou moins discrètement des penseurs, des hommes d'État, des hommes d'Église, devenus les organes du socialisme dit scientifuiue ou du socialisme dit chrétien. Nous croyons qu'un esprit clairvoyant comme l'était Chaste], entrerait aujourd'hui dans ces voies-là. ou ne condamnerait pas les observateurs sagaces des signes des temps qui s'y sentent poussés par une impulsion croissante. Tel quel, et venu à son jour, il devait plaire à l'Académie française. Son mémoire, riche de connaissances sur l'état de la société romaine, informé de toutes les idées et expériences contemporaines, écrit avec autant de chaleur que de correction, gagna les sufl'rages de l'illustre compagnie; il fut couronné. Voici en quels termes le secrétaire perpétuel de l'Académie, Villemain, énonçait son jugement dans la séance publique annuelle du Jeudi 19 août 1852, présidée par M. Vitet, directeur :
L'Académie ne peut que se féliciter d'avoir indiqué ce but, proposé ce travail. D'excellents essais d'histoire et de jurisprudence morale en sont sortis. Les monuments des premiers siècles chrétiens, la législation païenne, la philosophie, l'éloquence religieuse, comparées avec soin, ont otîert, en réponse aux paradoxes anarchiques, une précieuse tradition de faits incontestables, d'idées justes, et vraies, de sentiments vertueux et puissants sur les âmes.
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Ce sujet, digne de notre temps, avait attiré des esprits graves. Douze traités manuscrits ont longtemps occupé les juges. Deux ou vrages surtout ont fixé leur estime par une connaissance approfondie du sujet, par une méthode judicieuse et ferme, par une tendance au vrai et à l'utile, inséparables ici comme ailleurs, par le dégoût enfin de ces falsifications du passé, qui voudraient le plier au service des paradoxes actuels et, entre autres impostures, assimiler ce qui se ressemble le moins dans le monde, l'anstère abnégation, le détachement spirituel de la morale évangelique, et l'égoïsme violent, le matérialisme armé de Thomas Payne et de tant d'autres.
(Suit l'appréciation de l'ouvrage de Ch. Schmidt.)
L'autre ouvrage, également à part, inscrit sous le n» 5, porte pour épigraphe : t A Dieu, dans les pauvres, » Deo, in pauperibus.
S'il est moins chargé de témoignages et d'autorités textuelles, et s'il procède par des déductions moins complètes, il n'en est pas moins écrit sur une étude profonde et ancienne des premiers âges chrétiens. Cela même apparaît dans la marche plus libre de l'auteur. Ce qu'il dit suppose la connaissance de ce qu'il néglige. Familiarisé, par un précédent travail, qu'a couronné l'Académie des inscriptions, avec l'histoire de la chute du paganisme, et par consé- <]uent de l'établissement et des bienfaits soudains et graduels du christianisme, il s'oriente facilement à travers cette immense question de la charité, il la comprend, il la développe en judicieux antiquaire, en historien qui sait peindre, et en ami religieux de l'humanité; il la rapproche des intluences oratoires du prosélytisme chrétien, et il sait la confronter aussi à nos expériences, à nos spéculations modernes, avec une science analogue à celle de son docte concurrent, et par des formes et des procédés d'esprit diflFéreutSj sans être inférieurs.
Ces deux ouvrages nous paraissent donc s'appuyer, se compléter l'un l'autre, et olTrir la plus instructive, la plus morale solution du problème posé. La décision de l'Académie qui leur partage le prix ne paraîtra, nous le croyons, à tout lecteur attentif qu'un juste hommage à deux rares mérites, entre lesquels l'estime même interdit la préférence. En même temps. Messieurs, l'Académie a pensé ■que la valeur du prix devait être élevée ; et, d'après sa demande.
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autorisée par M. le ministre de l'instruction publique et des cultes^ le prix proposé de 3000 fr., porté à oOOO par un prélèvement sur la dotation Monthyon, formera deux prix égaux, décernés aux deux savants auteurs, M. Charles Schmidt, professeur à la faculté de théologie de Strasbourg, et M. Etienne Ghastel, professeur à Genève.
Nous tenons à citer ici les lettres par lesquelles P. de Ségur, Mignet, Guizot et Villemain, remerciaient l'auteur (le leur avoir envoyé son ouvrage imprimé :
Je vous remercie mille fois, Monsieur, du souvenir que vous avez bien voulu me conserver et du livre si utile et si précieux que vous voulez bien m'envoyer. Je devais être empressé de vous en faire savoir le succès par notre bon et excellent ami commun, M. Dufour, car jamais livre n'avait mieux répondu aux intentions du legs de M. de Monthyon, et ce savant ouvrage est de ceux qui doivent produire autant de bien que tant d'autres ont fait de mal à notre société moderne.
C'est une bien rare et bien bonne fortune pour notre Académie d'avoir à couronner une œuvre pareille, et c'est à nous, Monsieur, à vous remercier de nous en avoir donné l'occasion
Le général P. de Ségur.
Paris, le 1er avril 18o3.
L'Académie a reçu l'exemplaire que vous avez bien voulu lui adresser, en hommage, de vos Études historiques sur l'influence de la charité durant les premiers siècles chrétiens, et considérations sur son rôle dans les sociétés modernes.
Ce remarquable ouvrage a été déposé dans la bibliothèque de l'Institut, où ses membres pourront le lire avec tout l'intérêt qui s'attache à l'importance du sujet et au mérite de l'écrivain.
Veuillez agréer. Monsieur, l'assurance de ma haute considération et mes remerciements pour l'exemplaire que vous avez bien voulu me destiner personnellement.
MiGXET.
Paris, 13 avril 1853.
J'avais pris, Monsieur, un vrai et sérieux plaisir à lire votre ma-
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nnscrit et à entrer |;our quelque chose dans sou succès. Je le relirai imprimé, et je suis sûr que j'y prendrai le même plaisir. Vous avez vidé la question historique, et, peu s'en faut, la question philosophique. Je vous en remercie pour ma part, et je compte que le public sera de mon avis.
Recevez, je vous prie, avec mes remerciements, l'assurance de ma considération très distinguée.