‹ Mélanges historiques; études éparses et inédites de Benjamin Sulte;Chapitre 11 sur 62 · NICOLAS l'EKliOT A r,BCi\NCOUK · texte numérisé non relu

NICOLAS l'EKliOT A r,BCi\NCOUK

rien apporté pour payer même les marchandises, crainte (l'être puni de désobéissance, je suis honteux. €ela» n'empêche p-as qnie je ne descende à Québec, chercher des marchandises; si j'en apporte qui vous agréent, vous en disposerez, sinon J3- tâcherai à vous satisfaire, si je puis, d'une autre manière. Je ne suis pas le seul qui soit descendu sans rien apporter. Je croyais passer a»u Cap, pour vous témoigner ce que je vous écris, mais M. de Yilliers m'oblige de porter quelques lettres à Québec, qui me fait renoncer à vous aller -voir jusqu'à mon retour. Croyez que je suis dans le dessein de vous satisfaire, ou je ne le pourrai ...

^^Votre très humble serviteur,

''N. Perrot.^'

Je placerais en 1685 la naissance de Claude, fils de Nicolas Perrot, qui se nip^ria (en 1714) avec Marie Goulet (Tanguay, I, 475).

Au printemps de 1G85, M. de la Barre, gouverneur général, envoya Perrot commander à la baie Verte ainsi qu'au pays des Sioux, alors très peu connu. Après avoir visité le premier de ces postes, il se dirigea vers l'Ouest, choisit un site sur le Mississipi pour bâtir un fort, entra» dans la contrée des iSioux, le Minnesota aujourd'hui, et paraît avoir eu l'intention d'y passer l'hiver, puisque ses canots ayant été brisés par accident, il ne prit aucune mesure immédiate pour les remplacer. Dans eette situa«tion, l'automne étant presque fini, il reçut de M. de Denonville l'ordre de retourner au Canada avec tous les 'Canadiens -et les rranrai«î qu'il pourrait réunir. M. de Denonville était arrivé de France à Québec le 30 juillet 1685. Txîs instructions qu'il adressait à Perrot portaient la date du mois de septembre.

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Par ce fait, Perrot se trouvait placé sous M. de la Durantaye, commandant à Michillimakinac.

Outre le manque de canots, la saison était défavorable, et il eut fallu ajbandonner une quantité de marchandises de traite qui eussent été perdues à jamais. Perrot resta chez les Sioux.

Le fort qu'il construisit sur le Mississipi, à la Praiirie du Chien, non loin de Tîle Pelée, s'appelait Saint-î^icolas.

Jusqu'à l'automne de 1686, il paraît avoir demeuré dans ce fort, tout en s'occupant de la haie Verte; en tous cas, il passa l'hiver de 1686-87 au fort Saint-Nicolas. Au printemps de 1687, sur l'ordre qu'il reçut de M. de la Durantaye, il partit avec tous les Français, Can?»diens et Sauvages qu'il avait pu rassembler et se dirigea vers Micliillimakinac, où i) arriva quelques heures après que M. de la Durantaye se fut mis en route du côté de l'est ; il le rejoignit, ?<vec d'autres bandes qui allaient à la guerre sur le lac Ontario contre les Iroquois.

Durant ce voyage, un incendie qui eut lieu à la baie Verte fit perdre à Perrot quarante mille francs de castors.

On connaît la camp?»gne de 1687, qui se termina à l'automne. Perrot se rendit alors à Bécancour, dont il était absent depuis près de trente mois. Le 28 novembre, au Cap de la Madeleine, sa fille Clémence fut marraine d'un enfant, et, ]e lendemain, Perrot lui-même remplissait un devoir semblable.

Son fils Jean-Baptiste naquit en 1688, probablement le 21 juin; cet enfant fut inhumé aux Trois-Eivières le 29 octobre 1705, ^'àgé de 17 ans," dit le registre.

D'après les textes de Perrot (p. 144), La Potherie (II, p. 225-6) et Tailhan (p. 319-20), il me semble que Perrot partit de Montréal le printemps de 1688 (et non pas l'automne

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de 1687, puisque le 29 novembre on vient de le voir n»u Cap de la Madeleine) avec une quarantaine de iCanadiens, passa par la rivière Ottawa, la rivière des Français, ln« baie Verte et la rivière Wisconsin, pour atteindre le fort Saint-Nicolas, sur le Mississipi. Il se rendit ensuite chez les Sioux, probablement dans le voisinage de la ville de Saint-Paul aujourd'hui. Son oeil observateur, son esprit exercé aux allures des tribus de ces pays lui avaient fait comprendre qu'il se tramait quelque complot contre les Français de l'Ouest et du Canrida. Il fit diligence pour revenir, et, au moment où il débarquait à Michillini'akinac, les Outaouas étaient devenus très inquiétants. Il leur reprocha avec véhémence leur conduite, leur arracha des prisonniers qu'ils voulaient mettre ii mort et gagne que l'un de leurs chefs se rendît à Montréal avec lui pour s'entendre sur la politique qu'il fallait suivre. Le voyage à Montréal eut lieu cet été, 1688, puis Perrot, ayant reçu d'importants pouvoirs de M. de Dononville, repartit pour l'Ouest, mais il dut pa-ser l'hiver chez les Amikoués, au nord du lac Huron.

Le 8 mai 1689, Perrot prenait solennellement possession de la baie Verte, du Mississipi, du pays des ,Sioux, etc., au nom du roi de France et avec le consentement des Sauvages.

Dans le greffe du notaire Séverin Anieau, Trois-Eivières, à la date du 6 février 1690, est le contrat de mariage de Michel Lizy avec Marie-Jeanne Beaudoin, fille de René Beaudoin et de Marie Paclos. Cette dernière étant la soeur de la femme de Nicolas Perrot (à ce que je crois), je ne m'étonne pas de lire au bas de l'acte la» belle signature de ^'N. Perrot," que je calque avec soin.

Ivc 15 août 1690 fut baptisé Jean, fils de Nicolas Perrot (Tanguay, T, 475).

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Le vaillant interprète était retourné dans l'Ouest, étant parti de Montréal le 22 mai précédent avec La Porte de Louvigny, que le comte de Frontenac envoyait pour remplacer le sieur de la Durantaye. Ce voyage, comme bien d'autres que j'énumère dans le présent travail sans les décrire aucunement, fut rempli d'épisodes tragiques et de situations difficiles, msLÎs Perrot, qui en avait la direction suprême, sut passer partout à sou honneur. Laissant M. de Louvigny à Michilliniakinac, il se rendit à la baie Yerte, d'où il parvint de nouveau au Mississipi, et, vers l'automne, éleva un autre fort sur ce fleuve, toujours en vue de la trpùte avec les Sioux, en même temps que pour des fins politiques, car il a constamment eu le double caractère du traiteur et de l'agent du gouverneur de Québec. Il faut l'étudier d'après la manière de son temps.

Eu 1690-92 il est au Missis-ripi et à la baie Yerte. A vrai dire, la hcàe Yerte pouvait s'appeler le quartier-général de Perrot, comme Michillimakinac était la capitale du commandant de l'Ouest, et cela valait mieux que Montréal, il y a deux siècles; le .saut Sainte-^Iarie avec Michillimakinac constituait la maison-mère des missionnaires qui évangélisaient les Sauvages de l'Ouest.

Perrot était devenu seigneur, en achetant le fief de la Rivière-du-Loup, près de Maskinongé, mais comme il ne satis-faisait pas aux conditions du contrat de vente (date incomiue, peut-être 1690, au printemps) il fut appelé en justice, vers 1697 ou 1698, et perdit cette terre.

Il est probable que Perrot passa l'hiver de 1692-93 dans sa famille, puisc[ue Charlevoix le fait repartir pour l'Ouest. 2«u mois d'août 1693. En 1694, il revint amenant des chefs sauvages de l'Ouest, retourna avec eux et demeura dans ces

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régions jusqu'à 1699. C'est vers la fin de cette période que Jeis procès se mirent à pleuvoir sur lui (5).

Les guerres étant terminées, Perrot assista, en 1701, aux conférences pour la paix générale qui eurent lieu à Montréal; il se retira ensuite à Bécancour. Il fî»5socia sa gloire à celle de Callières dans cette pacification de l'Amérique du Nord. Rien de plus beau que la fin d'un coureur de bois qui arrive à de pareilles conceptions. Perrot est unique dans le couronnement de sa carrière. Il sortait d'une lutte de trente ans avec les honneurs de la victoire, et il Pilait écrire ces choses mémorables pour instruire la postérité.

L-a carte cadastrale de Gédéon de Catalogne nous montre, sur la rive gauche de la rivière Bécancour, deux terres portant le nom de Perrot; l'une est située un peu au-dessus de l-p» grande île et l'autre est la sixième terre plus haut. Je pense <]ue cette dernière était la résidence de Nicolas Perrot, tandis que celle plus près de l'île appartenait à son fils Michel. Louis Chefdeville dit Larose avait obtenu une concession dans rîle, le 9 septembre 1700. Le 22 février 1703, l'arpenteur Michel Lefebvre mesura» le lot de Larose, en vue d'un échanga entre Perrot et Larose, mais comme le terrain en question se trouva en partie enclavé dans l'espace mesuré, le 2 juillet 1707, en faveur des Sauvages qui voulaient y construire un fort, Perrot s*en tint à son échange et plaida contre le Père Rasle, missionnaire, et contre le seigneur, devant le juge de Toimancourt, aux Trois-Rivières, le 10 juin 1708. Par une ordonnance du 15 juin 1708, l'intendant Baudot, père, déclara que Perrot avait droit à un titre pour la terre qu'il tenait de Larose, moins un arpent et un demi-quart, destinés aiux Sauvages. Nicolas Perrot, capitaine de la côte, doit donner lecture de cette déeision au seigneur et dresser procès-verbal.

r>. Sentcincu du l'onsvil i<(/iircrain, IV, 152, 204, 486.

NICOLAS PEliliOT A r.KCAXCOriî

Le seigneur n'ayant pas accordé de titre, l'affaire fut réveillée <ur un certificat de Xicolas Perrot, en date du 6 février 1709. ]\[. de Bécancour, qui était grand-\oyer du Bas-Canada, dit qu'il allait faire une tournée d'inspection (juillet 1710) et ensuite qu'il irait à Québec, en compagnie de Michel Perrot, terminer les arrangement-. Comme il n'agissait pas aiU temps dit, Nicolas Perrot se transporta à Québec (août 1710) et obtint de Eaudot, fils, une nouvelle ordonnance (24: août 1710), confirmant les droite de Micliel Perrot sur la terre en question (EdUs et Ordonnances^ III, 11:2, 118).

Je supprime nombre de menus faits, pour arriver à l'a*cte qui suit, copié au registre de la paroisse Bécancour (6) :

"L'an 1717, j'ai enterré dans l'église de Bécancour Xicolas Perrot, le 14 août. Il mourut le 13 du même mois, ?.près avoir reçu tous les sacrements de l'Eglise,* âgé de 74 ans. (Signature) : De La Chasse, de la Compagnie de Jésus." Etaient présents à l'inhumation: Pierre Bourbeaut, Michel Arseno, Jean Champoux.

Perrot laiss8»'t une veuve, plusieurs enfants et petitsenfants.

J'ai fait Nicolas Perrot en famille, afin de mettre au jour le côté de sa carrière que personne n'a étudié. Lorsque je publierai Nicolas Perrot dans l'Ouest, ce sera un tout autre genre d'écrit (7).

6. Jusqu'à 1716, Bécancour et Dutort furent desservis du Cap de >la Madeleine.

7. I^ travail en question paraîtra dans un prochain volume des }fclan(/cs historiques.

ni ( îTorAirr Y:r eadissox a Londres

CHOUAET ET EADISSON A LONDRES

Les journaux ont parlé dernièrement (1918) du fameux incendie et de la peste non moins fameuse qui ravagèrent la ville de Londres en 1666 et, de suite, selon mon habitude, je me suis demandé s'il y avait des Canadiens aux alentours de ce grand théâtre. Hé bien ! il y en avait deux et voici comment :

Après leurs visites de 1659 à 1663(1) au Mississipi, au lac Supérieur, et à la baie James, nos deux hommes — Chouart et Eadisson — étaient retournés à Québec. Ils n'avaient pu s'entendre avec les commerçants et les autorités qui, tous ensemble, formaient une société de monopole, et ils étaient passés en Acadie, idans l'espoir d'y engager des bâtiments avec lesquels ils pourraient entrer dans la baie d'Hudson et y acheter des fourrures, autrement dit faire fortune. Xe rencontr?-«Tit pas ce qu'ils cherchaient, ils se rendirent à Boston, où des Anglais influents leur fournirent le moyen de passer en Angleterre, dans l'espérance d'y trouver des protecteurs qui les aideraient à exécuter leurs projets.

Montés sur un navire anglais, ils furent capturés en mer par les Hollandais en guerre contre Charles II, puis débarqués en Espagne, probablement à cause de leur qualité de Français. D'une traverse à l'autre, ils arrivèrent à Londres au milieu do la peste et de la guerre. Le parlement

1. Voir îc Pay.s des (îraiids Lacs an XVIJc siùclf, par B. Suite, dans le Canada Français, 1889.

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