CHAPITRE VU
MONSEIGNEUR LE DUCD*ANOOin;feME ABRITE A I^^AB- BfÉE DE CONDÂ. IX. EST REJOINT PAR SON FRÈRE. DERNIER BULLETIN DE L^ ARMÉE DE GONDS, ÉCRIT PAR MONSEIGNEUR LE DUC DE BERRY.
Moif SEIGNEUR le duc d'Angoulêine, accompagne du comte de Damas^rux et du chevalier de Saint -Priest ', avoît rejoint l'armée de Condë à Pontaba *• L'armée reçut avec transport cet autre héritier du trône de saint Louis* il avoît déjà donné des preuves de sa valeur dans les armées du Nord , et sa destinée l'appeloit à balancer un jour presque seul la fortune de l'homme qui avoit tenu le monde dans sa main.
Les François s'avancèrent dans la Bavière.
* Taë à Reims par un des derniers coups de canons tires dans la campagne de 1 8 1 4. Un de ses frères , M. le comte de Saint-Priest , est aujoordliai aide-de-camp de Mp le dac d'Angonlême.
* aSmai 1800.
Le corps de Coudé, forcé à ane marche longue et rétrograde, entra en ligne dans l'année aatricUenne sur les bords de l'Inn ; Ms' le dac de Beirry , en arrÎTant an camp, le trouva dans cette position ^ La r^connoissance des deux frères fut touchante. Ms^ le diic de Berry servit comme simple volontaire dans le r^iment noble à cheval qu'il avoit formé , et dont Mer le duc d'Angoalême avoit pris le corn* mandement. Obéissant à son frère aîné comme le moindre soldat, il donna un nouvel exemple de cette soumission des membre^ de la famille royale les uns envers les autres, dans l'ordre de l'hérédité : soumission qui nonseulement manifeste les vertus naturelle^ aux Bourbons, mais qui conserve encore le trône , en devenant une sorte de confession authenti* que et perpétuelle du principe de la légitimité.
La perte de la bataille de Marengo par les Autrichiens , amena un armistice prolongé à différentes reprises jusqu'au 20 d'octobre. L'armée de G)ndé, postée sur l'Inn, dcfendoit, entre Weissembourg et Neubeieren ,' le pas-
' 8 septembre 1800.
74 MBMOIBES
sage de cette rivière. Une affaire eut lieu à Ra- T^aheim ' : les ducs d'Ângoulêmeetde Berry s'y trouyèrent. Le prince de CSondé fuir obligé d'employer l'autorité pour faire retirer les deux princes qui s'exposoient inutilement ; un soldat a?oit été frappé d'une balle à un pas du premier. Deux jours après , la bataille de Hohenlinden * fut gagnée par un général qui vouloit ac<}uérir une grande renommée pour la mettre aux pieds de son roi It^itime. Cette bataille décida du sort de la guerre.
L'armée de Condé se retira en se battant toujours. Me' le duc de Berry envoya à la reine de Naples le détail de toutes ces affaires. Il est curieux d'opposer aux bulletins pompeux de Buonaparte le dernier bulletin de l'armée de Gondé , écrit par un fils de France : Me^ le duc de Berry étoit digne d'être le dernier historien des derniers combats de la noblesse françoise , des derniers exploits des derniers Coudé.
* le*" décembre.
3 3 décembre.
Liiuea , près RottmaD, i5 décembre 1800.
« Nous avons eu bien des désastres ; mais I» je TOUS assure que pour ceux qui les ont yu», » ces ëvéneinents sont fort singuliers. Le peu » de précaution que Ton a pris à la bataille » du 3 près Ébesberg , l'inaction où Ton a v laissé et les corps qui étoient à Wasserbifrg, » et nous avec M. de Chasteller , qui pouvions » attaquer avec succès sur Munich; mais prin- » dpalement le passage de l'Inn que l'on a » laissé forcer , sans vouloir prendre aucune » mesure raisonnable pour l'empêcher; tout » cela est fort extraordinaire.
« Déjà depuis plus de dix jours l'on savoit 9 que les forces de l'armée de Moreau se por« 9 toient devant nous. Avec quinze cents hom* 9 mes d'infanterie et douze cents chevaux ( ce » qui fait la totalité du oorps ) , nous gar* » dions depuis la gauche de Wasserburg jus- 9 qu'au delà de Neubeieren , c'estr-à*dire plus 9 de six lieues. Le i5 de ce mois , un corps de » i5oo Autrichiens , sous les ordres du feld- 9 maréchal *** , s'étoit porté à Hartmansbcrg, » à cinq lieues du pont- de Rozenheim , où n étoient nos batteries. 11 est connu , par
^6 MKMOIBES
» Fexetnpie des'anciennes guerres et par la vae » dtt pays, que le passage de Neubeieren e^t » non>»seuleinent facile ^ mais le seul prâtica*^ » ble. Malgré les représentations que M, ïe n prince de Gondé avoit faites le soir , aucun » secours ne lui aroît été donné , et les Autri- » chiens ne s'étoient pas rapprochés. Le 9 ^ à » la pointe du jour , les ennemis ouvrirent un » feu terrible sur nos batteries; en même temps » trois divisions passèrent Tlnn entre Neu- » beieren et Rohrdoff , défendu ou plutôt )) observé par vîngt*cinq dragons d'Enghien » et douze hommes de Durand. Les François » s'avancèrent en se battant toujours contre » M. le duc d'Enghien ( qui avoit réuni son » régiment et celui de Durand) , jusqu'au vil- » Jage de Riedering. Les Autrichiens n'arri^ » vèrent qu'à une heure. Le général *** s^em" n porta beaucoup sur ce que nous avions laissé » passer deux mille cinq cents hommes devant » vingt-cinq dragons , et surtout de ce que w M. le prince de G>ndé avoit abandonné la » position de Rozenheira , où le canon nous » avoit démonté deux pièces , tuant hommes » et chevaux, y les François d'ailleurs nous
Sun L« DVC DE BBRKT. 77
» ayant débordés, et étant déjà à Riederiii§[ , à » denx lieues en arrière de la positi<»i« Le » général *** envoya le général Gîulajr avec sa » division pour se joindre avec M. le duc d'En- » gfaien, et forcer Riedering. Cet ordre futexé-
• caté. M* le prince de Gondé et M. le ducd'An- » goulême attaquèrent avec les grenadiers de s Bourbon , et emportèrent sur-le-champ les » batteries de l'ennemi. M. le duc d'Ënghien
• chargea avec les dragons à pied, le régiment B de Durand et les dragons de Kinski ; ces
■ trois corps se couvrirent de gloire. Le comte s de Giulay faisoit tous ses efforts pour nous » ùâre appuyer par l'infanterie autrichienne : I elle étoit harassée de tant de combats. Trop M foibles il fallut renoncer à nos avantages ,
• et les François reprirent leur position , où
■ ils se maintinrent jusqu'à la nuit.
n Le brave régiment de Durand .a été V écrasé ; douze grenadiers seulement sur la » totalité de la compagnie revinrent de l'af- » faire. M. le duo d'Ënghien a eu un cheval » tué sous lui , et a perdu beaucoup de dra- » gons. Gaston de Damas , frère cadet de » Roger j a été ^lessé , ainsi que plusieurs
ijii BIÉHOIRES SUR LE DUC DE BEiiaY.
M antres officiers de distinction. Le général » ma}or La Serre a été Messe- grièvement en M combattant avec les grenadiers de Darand.
» Depuis ce momept nous n'avons cessé 'dé » marcher le jour ou la nuit. Nous venons » occuper la position de Rottman , par où }> les François pourroient arriver sur Léo- » ben.
» Nous apprenons que dans ce moment les » François ont forcé le passage de la Salza à i> Lauffen. m
Mr le duc deBerrj renouvelle ici la générosité de Catinat ; il ne se nomme pas une seule fois dans cette relation si animée , il avoit pourtant assisté à tous les combats : il ne parle que de son frère et de Ms^ le duc d'Enghien ; silence bien digne de Tâmc du prince dont la fin a été si généreuse et si héroïque.