‹ Mélanges historiquesChapitre 42 sur 87 · MARIAGE DV PRINCE · texte numérisé non relu

MARIAGE DV PRINCE

ËKriN d'heureuses destinées semblèrent s'ou^ vrir pour Ms^ le duc de Berry, par son union avec la princesse Garolîoe-Ferdinande-Louise^ fille aînëe du prince royal des Deux-Sîciles. Complimenté par la Chambre des Députés , il répondit à l'orateur : « J'aurai , je l'espère, » des enfants qui, comme moi, porteront » dans leur cœur l'amour des François. » La France attendait cette lignée royale : la révolution l'attendoît aussi.

Sur le rapport de M. de Castelbajac , qui fit observer à la Chambre des Députés que le mariage d'un fils de France étoit une fête de famille , la Chambre ajouta 5oo,ooo francs au million demandé par les ministres pour l'apa-. nage du prince. Me' le duc de Berry abandonna cette somme pendant cinq ans aux

I io MEMOIRES

départements qui avoient le plus souffert pendant la guerre.

Il avoit écrit le 8 février à la princesse Caroline la lettre qu'on va lire, pour lui demander sa main. Les lettres de M^' le duc de Berry , que les espérances d'une longue vie promcttoient de nous cacher long-temps , nous ont été révélées par sa mort. Ce prince appartient désormais à l'histoire y et l'on aime à chercher dans ses sentiments intimes de nouveaux motifs d'admiration et de regrets.

Paris, i8 février 1816.

(( Madame ma soeur et cousine,

» U y avoit bien long-temps que j^désirois

» obtenir l'a^u du roi votre grandpère et du

» prince votre {«ère, pour former uae de-

» mande à laquelle j'attache le bonheur de

» ma vie, mais devant que j'aie obtenu leur

» agrément, c'est Votre Altesse Royale que

» je viens solliciter de daigner me confier le

» bonheur de sa vie en â'anÎMant avec œoî.

» J'ose me flatter que l'âge, revpérieiicey ei

» une longue adversité, m'ont assez formé

» pour me rendra difpoed'êtfîesoQiépoujK y eoia

SUR LE fiVC DE BEBRY. ïJ^l

» guide etsonaœi. Eo« quittant des parents si

» dignes de son amour ^ Elle trouvera ici yi^c

9 £smii]le qui luj r^appe^lera le temps des

» patriarcbes^. Q^e ypuâ dirai-je du roi^ de

n moi? père , de mop f^ère , et ^i^^tout de cçJL

n apge j Mapav£ > duchesse d' Apgoulêiyie ,

» que TOUS n'ayez entendu diiie^ sînop que

» leurs Yjertus , ji^rs bontés ^ont fort au dçssi^s

» des éloges que Von fin pfi^X tsâre ? L'uniop

» h pltfs iiji$imfi ^îgne parmi nogs , et n'est

» jamais troublée .: mes parents désir^ tous

)> impatiemment que votre Alitesse Eojal^

» eofoUi^ mes vœux, et qu'Elle c^psenteh

» augmenter Je nora})i:e des enfants de potre

» famiUe. Veuillez, M^d^me, vous rendre à

» mes prierai et presser le moipent où je

)> pourrai mettre à vos pieds Tbomms^e des

» sentiments re$peç^eux et tendres avec les-

n qpelsjesiliSj j\i[$ulaine ma sqeip: et cousine ,

n de Vo^e AUesse Epjale le trèsnaffectionné

» £cèr^ et cousin ,

}> Charles-Ferpinauo. »

hfi jour de la célébration du mariage par procuratiop ^ il écrivit encore à la princesse la lettre suivante :

Paris , 35 aTril i8t6.

<( Votre aimable lettre m'a fait un plaisir » que je ne puis vous exprimer, Madame et 7i chère femme, car dès aujourd'hui nous )) nous sommes donne notre foi. De ce jour » nous sommes unis par les liens sacrés dû » mariage , liens que je chercherai toujours à 1) TOUS rendre doux. Vous daignez me remer- )) cier de vous avoir choisie pour la compagne )) de ma vie ! que de remercîments ne dois-je » pas à Votre Altesse Royale pour avoir si p promptement accédé aux vœux de vos ex- D céllents parents! Je sens combien il doit vous M en coûta* de les quitter , de venir presque » seule dans un pays étranger , mais qui ne )> le sera bientôt plus pour vous, pour vous )> unir à un homme que vous ne connoissez » pas. J'ai composé votre maison de dames » dont la vertu et la douceur me sont con- » nues : le roi a approuvé ce choix. Votre » dame d'honneur , M™* la duchesse de Reg- » gio , est désespérée de ne pouvoir aller au M devant de vous. M"® de la Ferronnays, votre )) dame d'atours , sœur de M™** la comtesse de » Blacas , sera la première qui aura le bon-

SUR LE DUC DE BERRY, î/^3

» heur de tous faire sa cour ; c'est un modèle » de vertu et de l'amabilité la plus douce ^ je » Yous la recommande particulièrement : elle » TOUS présentera les dames pour accompa- » gner. Le duc de Lëvis , votre chevalier » d'honneur y est un homme aussi distingué » par ses qualités que par ses talents. Le comte » de Mesnard^ votre premier écuyer^ est un » lojal chevalier qui n'est rentré en France » qu'avec moi. Enfin j'espère que lorsque » vous les connoîtrez , vous les trouverez di- )) gnes de l'honneur qu'ils ont de vous être » attachés.

» Avec quelle impatience j'attends la nou- » vèlle de votre arrivée en France : Que je j> serai heureux , ma bien chère femme , lors- » que je pourrai vous appeler de ce doux nom ! » Tout ce que j'entends dire de vos qualités , » de vos bontés^ de votre esprit , de vos grâ- » ces , me charme et me fait brûler du désir dé » vous voir et de Vous embrasser comme je » vous aime.

» Charles-Ferdinand. »

Cette fin de lettre est la formule de presque

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toutes les fins de lettres de Henri iv , maïs avec quelque chose de graTe et de chaste qui tient h la sainteté du lien conjugal. Le jour même oli Mp le duc de Berrj éorivoit cette lettre , la jeune princesse lui envoyoit celle-ci du' pied des autels :

Naples, 24 avril 1816.

« C'est à l'autel que je viens , Monseigneur', » de prendre l'engagement solennel d'être » votre fidèle et tendre épouse. Ce titre si cher n • m'impose des devoirs que très-volontiers je » commence à remplir dès ce moment, eu ve« }) nant vous donn^ l'assurance des sentiments » que mon cœur vous a déjà voués pour la » vie; elle ne sera remplie et occupée que de » chercher les moyens de vous plaire, à me » concilier votre amitié, mériter 'votre con^ » fiance. Oui ! vous aurez toute la mienne , » toutes mes affections ^ vous serez mon guide, » mon ami^ vous m'apprendrez à plaire à » votre auguste famille; vous adoucirez (je » n'e;Q doute pas ) le chagrin si vif que je vais )> éprouver de me séparer de la mienne. C'est » sur vous, enfin ^ que je me repose entière-

SUR L£ DUC DE BERBY. l45

» ment du soin de ma conduite pour la diriger a yers tout ce qui pourra procurer votre bon- » heur. J'en ferai mon étude habituelle :

» paissé'je y réussir et vous prouver combien » je mets de prix à être votre compagne !

» C'est dans ces sentiments que je suis, pour n la vie , votre affectionnée épouse ,

)) GiAOLIirE. »

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