‹ Mélanges historiquesChapitre 71 sur 87 · CB QUE LA VENDÉE A FAIT POUR LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

CB QUE LA VENDÉE A FAIT POUR LA MONARCHIE

Lia Vendée ëtolt restée chrétienne et catholique; en conséquence, l'esprit monarchique vivoit dans ce coin de la France. Dieu sembloit avoir conservé cet échantillon de la société, afin de nous apprendre combien un peuple à qui la religion a ^onné des lois est plus fortement constitué qu'un peuple qui s'est fait son .propre législateur.

Dès les premiers jours de la révolution , les Vendéens montrèrent une grande répugnance pour les principes de cette révolution. Après la journée du lo août 17912 , une insurrection ëdata à Bressuire , et un premier combat fut livré le 24 août de la même année. La levée de trois cent mille hommes , ordonnée par la G>nvention ^ produisit utie insurrection nou* velle. Un perruquier , nommé Gaston , se met

à la tète des insurges : il est tnë en marcliant à l'ennemi. Le roi meurt , et des Tengeurs naissent de son sang. Jacques Cathelîneau^ simple Toiturier de la commune du Pîn-en- Mauges, sort de sa chaumière le i4 mars 1798: il se trouve que le voiturier est un grand capitaine. A la tête de deux cents paysans il attaque un poste républicain , l'emporte et s'empare d'une pièce de svxi, connue sous le nom du Missionnaire ,: voilà le premier canon de la Vendée. Cathelineau arme sa troupe avec les fusils qu'il a conquis ^ marche ' à Ghemillé^ défendu par cinq cents patriotes et deux coulevrines : même courage, même succès. La victoire fait des soldats : Stofflet , garde-de-chasse de M. de Colbert , rejoint Cathelineau avec deux mille hommes ; Laforet^ jeune paysan du bourg de Ghanzeau, lui amène sept cents autres Vendéens. Les trois chefs se présentent devant Chollet, forcent la ville y mettent en fuite la garnison , s'emparent de plusieurs barils de poudre, de six cents fusils , et de quatre pièces de canon , parmi lesquelles se trouvoit une pièce de douze que Louis xiii avoit donnée au cardinal

de Rtchelîea* C'est cette pièce devenue si célèbre sous le nom de Marie^ Jeanne: les paysans vendéens y sembloient attacher leur destinée. Dans leur simplicité , ils ne s'apercevoîent pas que leur véritable palladium étoit leur courage- La prise de Ghollet fut le sigtial du soulèvement de la Vendée. Macfaecoul tombe y Pomic est surpris. Bientôt avec les périls et la gloire paroissent Charette , d'£lbée ^ Bonchamp y La Rbchejaquelein , de Marigny ^ de Lescure y et mille «autres héros François^ semblables à ces derniers Komains qui moururent pour le dieu du Gapitole et la liberté de la patrie.

Gathelineau marche sur Villers; d'autres chefs y MM. de la Roche-Saint-André y de Lyrot, Savin, Royrand, de la Cathelînîère, Couëtus, Pajot, d'Abbayes, Vrignàux, menacent Nantes, Niort et les Sables. Charette devient généralissime de la Vendée-Inférieure; d'Elbée, placé à la tête des forces de la Haute- Vendée , est secondé par. Bonchamp , Soyer , de Flèuriot, Scépaux^ noms -qui rappellent les premiers temps de la chevalerie. Les pay-

33o DE LA YKiOéE.

sans du Bocage se souleYent; le jeane Henri de La Rochejaquelein les conduit. Son premier essai est une victoire ; il bat Quétineaa aux Aubiers , et court se réunir à Gathelînean , d'EIbée^ Stofflet et Boncbamp. Le général républicain Ligonier s'avance avec cinq mille hommes , il est défait auprès de Vihiers* Quatre jours après , nouvelle bataille à Beaupréau. Ligonier , obligé de fuir^ abandonne son artillerie après avoir perdu trois mille hommes. Argenton est pris y Bressuire évacué. Les Vendéens délivrèrent dans cette ville messieurs Desessarts^ Forestier, Beauvolliers, de Lescure et de Donnissan , illustres otages qui passèrent du pied de l'échafaud à la tête d'une armée», Us n'acceptèrent qu'une partie du bienfait de la Providence ^ la patrie avoit demandé leur sang y ils répandirent leur sang pour la patrie.

De Bressuire , les Vendéens se dirigent sur Thouars* Une muraille gothique et une rivière profonde éntouroient cette ville. Il faut s'en ouvrir les avenues par un combat sanglant. L'assaut est donné : La Rochejaquelein monte sur les épaules de Texier , gravit les murs , et

DE LA VENDÉE. 33l

se trooTe bientôt exposé à tous les coups , comme Renaud sur les remparts de Jérusalem* Thouars est emporte; dix mille républicains y une nombreuse artillerie , des munitions de toutes les sortes demeurent aux mains des vainqueurs ; Thouars fournit encore aux royalistes des officiers qui devinrent célèbres* Il faut citer ces braves dont les noms sont aujourd'hui l'unique patrimoine de leur famille : ce furent MM. Dupérat^ d'Herbaud^ Maignan^ Renou^ BeauvoUiers l'aîné, Marsonnière, Sanglier, Mondion, Laugerie, Orre- Digueur, de Beaugé et de Laville-Regny, avec son fils âgé de douze ans , que l'on voyoit combattre auprès de lui.

Alors on forma sept divisions du pays dont on avoit chassé l'ennemi , et l'on en confia la garde à un égal nombre de corps vendéens.

La terreur s'étoit emparée des patriotes ; Nantes s'écrioit : Frères et amis, à noire secours, le département est en feu : ignoble jargon qui se mêloit, dans la Vendée, à la langue de la chevalerie. Cependant une armée vendéenne est battue près de Fontenay : d'Ëlbée est blessé et l'artillerie prise avec la fameuse MaHe-

Jeanne. Quinze mille paysans d&espérés reparoissent sous les murs de Fontena y , que dëfendoient douze mille hommes d'infanterie et trente-sept pièces de canon. Chaque Vendéen n'avoît que six coups à tirer : des paysans bretons de la division du Loroux , armés de bâtons ferrés y se jettent sur les batteries de canon , assomment les canonniers et s'emparent des pièces. Les Vendéens, d'abord tombés à genoux y se relèvent et se précipitent èur les républicains dont ils font cesser le feu. L'armée ennemie est culbutée y Fontenay emporté y Marie" Jeanne reprise. Quarante pièces de canon , quatre mille prisonniers, sept mille fusils , restent en témoignage de la victoire ; et la Convention effrayée songe à faire partir, pour combattre les vertus vendéennes, jusqu'aux grenadiers qui gaidoient ses forfaits et ses échafauds.

Une proclamation rédigée à Fontenay par M. Desessarts annonça à l'Europe le sucob des hommes fidèles, et leur ferme irolonté de rétablir la monarchie. Ils invitoient à rejoindre le drapeau blanc; mais la terreur dans l'intérieur , la gloire aux frontières , enchai-^

DE LA TEUDés. 333

noient tous les François : le roi n'avoit alors pour lui que la justice de sa cause et la Vendée.

Quand les divisions militaires de la Haute- Vendée se trouvèrent réunies , elles formèrent une armée de quarante mille fantassins et de douze cents cavaliers. Vingt-quatre pièces de canon avec leurs caissons accompagnoient les corps qui prirent et conservèrent le nom de la grande armée, Y eut-il jamais rien de plus prodigieux dans l'histoire que cette armée où l'on ne comptoit pas un fusil qui ne fût une conquête 9 pas un canon qui n'eût été enlevé avec une fourche ou un bâton ? « Thirion » nous écrit , disoit Barrère à' la Convention , » que toutes les fois que les rebelles ont man- » que de munitions , il s'est trouvé à point » nommé une déroute des nôtres. » C'est ainsi que ceux qui avoient condamné Louis xvi Il l'échafaud appeloient les Vendéens des rsbelies.

Cependant la Convention avoit rassemblé à Saumur une armée de quarante mille hommes d'infanterie et de huit mille hommes de cavalerie j quatre-vingts pièces d'artillerie et deux

Page 1