VENDÉE
déennes. D'une humeur mobile et d'un caractère obstiné^ les Bretons se distinguent par leur bravoure , leur franchise , leur fidélité, leur esprit d'indépendance > leur attachement à la religion, leur amour pour leur pays. Fier$ et susceptibles , sans ambition et peu ùlts pour les cours, ils ne sont avides ni de places, ni d'aigent, ni d'honneurs» Ils aiment la gloire, mais pourvu qu'elle ne gêne en rien la simplicité de leurs habitudes ; ils ne la recherchent qu'autant qu'elle consent à vivre à leur foyer, comme un hôte obscur et complaisant qui partage les goûts de la famiUe» Tels se montrèrent Duguesdin , Moreau , Cadoudal.
La guerre des Chouans produisit une fook de petits combats et dé grandes actions. Qoiberon vit son sacrifice : la France révolutionnaire , en forgeant les compagnons de SufFren, abdiqua l'empire des mers. La Ghouanerie , orgamsée dans les provinces de l'Ouest , s'étendit jusqu'aux portes de Versailles. Georges Cadoudal commandoitle Morbihan; M. de Bourmont le Maine; M. de Ghâtillon la rive droite de la Loire ; M. de la Prévalaye la Haute-Bretagne ; la Normandie reocmnut les
offdres de M* de Frotté. Le Mans fut pris par M. de Bourmont ; Saînt-Brieuo par Gaâoudal ; Nantes même ^ qui ayoit résisté à Gathelineau et à Charette , tomba pendant quelques moments au pouvoir de M* de Ghâtillon. Quinze miUe Vendéens se montroient encore en armes sur la rive gauche de la Loire : c'étoient les restes des nouvelles armées formées par La Rochejaquelein, Stofflet^ Marignj et Charette* La Rochejaquelein avoit enfin terminé, dans un combat obscur ^ son éclatante carrière : un corps redoutable recevoît les ordres de Stofflet, mais ce chef violent avoit fait périr le valeureux Marigny. Charette^ qui s'étoît toujours maintenu dans la Basse-Vendée^ se faisoît admirer même des républicains, par ses retraites autant que par ses attaques, par ses revers autant que par ses succès. Après mille combats et des torrents de sang versé , le général Turreau avoit donné ordre d'évacuer la Vendée.
L'indépendance et la victoire restoient donc aux royalistes; la Convention en étoit pour les frais de ses crimes ! Enfin le 9 thermidor vint faire cesser le r^ime de la terreur. On adopta contre la Vendée un plan de guerre
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plus généreux ; les deux partis fatigués com^ meu^ient à désirer' la paix : Gharette entra en n^ocîatîons.
Les envoyés royalistes demandèrent le rétablissement immédiat de la religion 'catholique et de la monarchie légitime; la remise^ entre leurs mains , de Louis xvii et de la jeune princesse sa sœur; le rappel des émigrés, et, en attendant l'exécution de ces clauses , l'indépendance absolue du pays des Chouans et des Vendéens* Les républicains eurent l'air de se rendre à ces conditions ; mais ils exigèrent qu'elles demeurassent secrètes, et qu'elles ne parussent point dans le traité public, si ce traité ayoit lieu. Ils voulurent que la monarchie ne fût proclamée que le i^ juillet 1795; que les enfants de Louis xvi ne fussent remis aux Vendéens que le i3 juin de la même année , et que les émigrés ne rentrassent en France qu'à cette même époque. La position de Charette l'obh'gea à consentir à ces délab, et à souffrir le gouvernement républicain jusqu'au moment fixé pour le rétablissement du trône. Alors un traité public fut signé à la Jaunaye , le a^ février 1 795.
Ce traité accorda aux Vendéens ]e libre exercice de la religion catholique j la possession paisible de leur pays ; un corps hiilitairepdjé par la république et commandé par Gharette ; l'exemption de toute réquisition et de toute conscription ^ le remboursement de i,5oo^ooo livres de bons royaux émis par les généraux royalistes ; une forte indemnité en argent , mobilier, outils de labourage ^ la radiation des émigrés vendéens ; la restitution des biens sai^ sis j et la levée dés séquestres. Les royalistes conservèrent jusqu'aux fruits des biens des réfugiés patriotes 9 fruits qu'ils avoient perçus pendant l'insurrection : la république se chargea de dédommager les propriétaires.
Certes, si jamais les hommes ont reconnu l'empire de la vertu , c'est par ce traité de la Jaunaye. Avec qui la G>nvention capitui oitelle? Victorieuse dans toute l'Europe , la plupart des rois de l'Europe étoient tombés à ses pieds : la Vendée même n'existoit plus pour ainsi dire ; c'étoit à ses ruines , c'étoit aux cendres des La Rochejaquelein, des Bonchamp , des Marigny , des Talmont, des Lescure , des d'ElbéC; qu'on promettoit le rétablissement de
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la royauté légitime , tant le seul nom de la Vendée inspiroit de crainte, de respect et d'admiration ! M. Dapérat y envoyé par Cïharette auprès des représentants pour n^ocîer le traité, refusoit de reconnoître, même provisoirement, la république : « Quoi! lui dit un » des représentants, vous ne voulez pas rej} connoître une république que tous les rois » de l'Europe ont reconnue ? — Monsieur , u répondit fièrement Tambassadear Tendéen, » ces princes-là ne sont pas des François. »
La France parut ivre de joie à la nouTelle de la conclusion du traité ; la Convention ellemême, délivrée de sa frayeur, faisoît entendre des chants de triomphe; elle s'écrioit : « Enfin » la Vendée est rentrée dans le sein de la ré- » publique I » Mais la G>nTention n'avoît cherché qu'à tromper Charette pour le désarmer; elle ne tint point les conditions du traité. Charette , éclairé trop tard , recommença les hostilités* Jamais il ne déploya plus de talents et de ressources ; avec quelques paysans dé- .couragés, il obtint des victoires , et lutta contre une armée de cent quarante mille soldats disdplinés. Enfin resté seul , dangereusement
DE tA V£ND££. 359
blessé à la tête et à la main^ après avoir erré dans les bois^ il fut pris par ses ennemis. £n immolant ce grand homme , la GonV^tion crut immoler à la fois la monarchie et la Vendée : Stofflet aToit péri peu de temps avant Gharette.
Quand un homme extraordinaire disparoît^ il se fait dans le monde une sorte de silence, comme si celui qui remplissoit la terre de son nom avoit emporté tout le bruit. Trois années de paix suivirent , dans la Vendée , la mort de Gharette. Une conscription, dont on n'exempta point les Gh^uans et les Vendéens., fît reprendre les armes en 1799* L'emprunt forcé et la loi des otages augmentèrent les troubles. Toutes les provinces de l'Ouest s'ébranlèrent y et ce fut alors que les Chouans obtinrent les succès dont nous avons parlé plus haut. La force et la perfidie mirent fin à cette nouvelle guerre. Buonaparte étoit monté sur le trône de saint Louis.
Pendant le r^;ne de l'usurpateur, la Vendée ne fit que soigner ses blessures , et renouveler dans ses veines le sang que ses premiers combats avoient épuisé. Ses transports de joie
36o DE LA YE5DEE.
éclatèrent à la restauration. Lors de la trahison du 20 mars, les Vendéens et les Bretons ne démentirent point leur loyauté; on vit r^roître quelques-uns de ces anciens noms si connus sous la république , si oubliés sous la monarchie. Cette terre vendéenne ne pouvoit se lasser de produire , comme des plantes naturelles à son sol y des La Rochejaquelein , des Charette, des Gathelineau : Rome avoit vu de grands citoyens se succéder ainà dans des familles immortelles. Louis de La Rochejaquelein , frère d'Henri], combat et meurt comme cet illustre frère; il laisse luî-m^e un fîère valeureux ; une sœur héroïque pour sauver le présent ; un fils pour défendre l'avenir. M. de Beaurogard, digne d'être allié à cette famille, expire sur le champ de bataille. Le jeune Giarette tombe comme son oncle le grand capi* taîne ; le jeune Gathelineau combat comme son père* M. de Suzannet perd la vie dans les lieux témoins de sa constante fidélité. N'oidilions , pas l'infortuné de Guignes , à peine âgé de seize ans, que l'on rencontra parmi les morts, la tête frappée d'une balle et le corps peroé de six coups de baïonnette. Messienn d'Auti*-
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champ y Sapinaad, Dapérat , DuchafFaiit, Robert^ Tranquille, Renou , semblent pour ainsi dire sortir de la tombe ^ ce dernier , surnommé Bras^e'fer, qui avoit fait toutes les campagnes delà Vendée, neTeut pas manquer la dernière. En retrouvant ces capitaines , on croit voir revivre d'antiques personnages dont on auroit déjà lu l'histoire dans les Chroniques de Froissard, on dans celle de Saint- Denis* La vertu du sol vendéen fait ' éclore dans les nobles cœurs les germes de la fidélité; et le général Gànuel ira sauver à Ljon la monarchie qu'il a défendue au combat de Mathes.
D'une autre part /les paysans bretons et manceanx soutiennent la cause royale : MM. de la Prévalaye, de Gûslin, de GrizoUes; de la Boisière, de Gourson, les conduisent au feu.
Un traité de pacification , approuvé par les uns, blâmé par les autres, vint suspendre cette guerre des cent-jours. Du moins ce traité, quel qu'il soit, est encore honorable à la valeur vendéenne. Par ce traité, il est libre aux généraux vendéens de rester en France ou de passer en Angleterre , de vendre et
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d'emporter leurs propriétés ; s'ils se décident à rester en France, ils peuvent habiter partout où ils voudront : <( En traitant, dit l'article 4 9 » avec des François qui , dans leurs erreurs » mêmes, ont montré une lojauté constante , )> toute défiance seroit injuste. » Tous les individus arrêtés seront mis en liberté ,'a,ucune levée d'hommes ne peut avoir lieu dans le pays insurgé pendant le cours de i8i5« Buonaparte s'engage à demander et à obtenir des Chambres un dégrèvement pour les impositions des povinces de l'Ouest. Les individus qui ont des talents seront admis aux places^ aux mêmes conditions que les autres citoyens. Ou accordera des récompenses et des pensions à ceux qui ont contribué à la pacification générale. Buonaparte s'en rapporte à la loyauté des signataires de la pacification pour la remise des armes et des munitions qui ont été débarquées sur nos cotes.
Et c'est l'ancien maître du monde qui suspend sa conscription et ses impôts ; qui traite avec de tels égards des hommes armés contre sa puissance !
La première guerre de la Vendée fut utile à
DE LA VEICDËE. 363
la monarchie légitime , en maintenant l'honneur de cette monarchie , en prouvant la force des véritables défenseurs de cette monarchie. EUe finit par un traité qui fut yiolé à la vérité, mais dont les clauses secrètes stipuloient le rétablissement de l'autorité légitime* Gharette fit donc avec dix mille paysans , à Nantes , cç que l'Europe n'a pu faire que vingt ans après ; avec trois cent mille hommes à Paris.
La France monarchique et les rois de l'Europe veulent-ils savoir combien la. Vendée leur a été utile ^ combien elle a retardé leurs défaites etsuspendu leurs revers, qu'ils écoutent Barrère parlant à la Convention au nom du G)mîté de Salut Public : « C'est à la Vendée, i> dit-il , que correspondent les aristocrates > i> les fédéralistes, les départementaires , les i> sectionnaires ; c'est à la Vendée que se re- » portent les vœux coupables de MarseiUe^ » la vénalité honteuse de Toulon , les mon- » vements de l'Ardèche, les troubles de la » Lozère , les conspirations de l'Eure et du i> Calvados , les espérances de la Sarthe et de » la Mayenne , le mauvais esprit d'Angers , et
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D les sourdes agitations de quelques départe- » ments de l'ancienne Bretagne.
» Détruisez la Vendée, Valenciennes et N Condé ne sont plus au pouvoir de FÂu- » trichien.
)> Détruises la Vendée, FÂngloisne s'oocu- M pera plus de Dnnkerque.
u Détruisez la Vendée, et le Khin sera » délivré des Prussiens.
» Détruisez la Vendée, l'Espagne se verra » harcelée, conquise par les méridionaux, » joints aux soldats victorieux de Mortagne » etdeChollet.
» Détruisez la Vendée, et Lyon ne résistera )) plus; Toulon s'insui^era contre les Espa- » gnols et les Anglois, et l'esprit de Marseille » se relèvera à la hauteur de la révolution » républicaine.
» Enfin, chaque coup que vous porterez à » la Vendée retentira dans les ailles rebelles , » dans les départements fédéralistes et dans » les frontières envahies/ »
Le G>mité de Salut Public ne disoit que trop vrai , et la Vendée, détruite ou pacifiée , livra le monde à la puissance des François.
hB. seconde guerre de la Vendée a été du plus grand secours à l'autorité l^itime. Pendant les négociations qui eurent lieu à Paris avec les puissances coalisées, le ministère ne présenta-t-il pas les armées royales de l'intérieur comme le contingent du roi ? £n considération de l'entretien de ces armées , n'allé* gea-t-on pas les charges imposées à la France ? . Les alliés eux-mêmes ne sont pas moins redevables à cette seconde Vendée. « L'armée de la » Vendée , dît le général Gourgaud , com- » mandée par le général Lamarque, comp- » toit huit régiments d'infanterie de ligne, » .deux de jeune garde, deux de cavalerie, et » dix escadrons de gendarmerie, partie à » pied, partie à cheval , formant plus de trois » mille gendarmes.... »
ce La guerre de la Vendée , ajoute-t^il ail- » leurs, allumée le i5 mai, avoit diminué M l'armée du Nord d'une quinzaine de mille ]i hommes , dont trois régiments de dragons , » deux de la jeune garde , et un bon nombre 9 de détachements et de troisièmes batail- » Ions. ))
£h bien ! supposons que ces quinze mille
hommes eussent pu rejoindre Baonaparte, nous demandons quel eût été le résultat de la bataille de Waterloo ? Â quoi le suoc^ de cette bataille a-t-il tenu? Quel l^er poids pouTOÎt faire pencher la balance !
Que seroient devenues l'Europe et la Intimité en cas de revers ? Le même général Goorgaud va répondre. « On prcqposoit , dit-il ; de tt réunir au i5 juin le plus de troupes qu'il )) seroit possible , et l'on calculoit pouvoir » réunir de cent trente à cent quarante mille » hommes sur la frontière du nord; d'attaquer » aussitôt ; de disperser les Ânglois , et de j> chasser les Prussiens au delà du Rhin. Gebt )) obtenu 9 toutétoit terminé; une révoluti<m }> dans le ministère auroit lieu à Londres; )> la Belgique se lèveroit en masse ^ et tontes » les troupes belges passeroient sous leur ani> cien étendard : toutes les troupes de la rive » gauche du Bhin ; celles de Saxe^ de Bavière, » de Wurtemberg ^ etc. , fatiguées du joug de » la Prusse et de l'Autriche, se toumeroîent » du côté de la France, etc. » Il est possible que les événements eussent trompé tous ces calculs ; mais du moins il est certain que le
sang du second La Rochejaquelein et du se- Gond CSiarette; que le sang de Suzannet et de plusieurs antres royalistes françois n'a pas inutilement coulé pour les rois de l'Europe»
Mai» quand l'immolation de la victime sans tache a démmé la colère du Ciel , songe--t-on au sort de la victime ?
U reste prouve que dans aucun pays , que dans aucun temps , jamais sujets n'ont servi leurs rois comme les Vendéens ont servi le leur. Nous allons bientôt voir ce qu'ils ont souffert pour la cause qu'ils défendoient^ mais on perdroît une partie de l'admiration que l'on doit avoir pour les grandes choses qu'ils ont faites , si l'on ne s'arrêtoit un moment au détail de leurs mœurs et de leur caractère. Les foibles moyens avec lesquels ils ont commencé une lutte gigantesque en rendent les résultat» plus prodigieux.
Les Vendéens eurent pour premières armes quelques méchants fusils de chasse^ des bâtons durcis au feu ^ des faux , des broches et des fourches. Leurs cavaliers étoient montés sur des chevaux de labourage. Ils se servoient de bâts faute de selles ; de cordes au lieu d'étriers.
368 DE LA vEtrofs.
On vojroft sur le champ de bataille^ en face des troupes rëpublicaines , des paysans en sabots y yètos d'une casaque brune ou bleue rattachée par une cdnture de mouchoîn.
Leur tête étoit couverte d'un bonnet ou d'un chapeau rond à grands bords. Ces bonnets et ces chapeaux ëtoîent ornes de chapelets, de plumets blancs ou de cocardes de papier blanc. Lorsque les Vendéens aToîent un sabre , ils l'attachoîent à leur côté avec une ficelle : ib suspendoient pareillement leurs fusils à leurs épaules f comme d€s chasseurs. Presque tous portoient une image de la Croix , ou du Sacré- G»ur y attachée sur leur poitrine* Si les sacrifices à l'honneur et à la fidélité, si l'extrême indigence et l'extrême courage pouvoient être ridicules , les Vendéens l'anroient été quel^ quefois. Ils remplacoient leurs chétifs vêtements pourris par les pluies , percés par les balles, avec tout ce que le hasard offroit à leur héroïque misère : on a vu un de leurs officiers se battre entortillé dans une robe de juge ; un autre s'élancer et mourir au milieu du feu , n'ayant pour couvrir sa nudité qu'un morceau de serge. Un adjudant patriote ajanl
1)B LA TENDES* ' 869
ëte conduit à M. de La Roohejaqueleîn ^ alors gënéralissîme ^ il trouva celui-ci dans une hutte de branchages , vêtu d'un habit de paysan , le bras en ëcharpe ^ un bonnet de laine sur la tête.
La bravoure des Vendéens ëtoît reconnue même de leurs plus implacables ennemis.
L'antiquitë ne nous a point transmis de paro-^ les plus belles que ces paroles si connues de La Rochejaquelein : ^i^ j'aifonce , suivez-nwi; si je recule, tuez-moi; si je meurs, vengez-moi. A la première affaire de Laval , le jeune guerrier, poursuivant l'ennemi, se trouva seul en face d'un grenadier qui chargeoit son arme.
La Rochejaquelein étoit à cheval, mais blessé, et portant le bras droit en ëcharpe : il fond sur le grenadier, le saisit au collet avec la seule main qu'il eût de libre. Le grenadier se débat, et cherche à percer de sa baïonnette le cheval et le cavalier. Des pajsans surviennent et veulent tuer le grenadier. La Rochejaquelein le sauve, et lui dît : « Va rejoindre tes chefs; » tu leur annonceras que tu as lutté avec le » général de l'armée royale, qu'il ne porte » point d'armes, qu'il n'a qu'une main de
» libre y et que tu n'as pu le blestier. » Cest tout le soldat françois.
Le général Turreau a peint La Eochejaquelein dans une seule ligne : « J'ai ordonné au » général Gordelier^ écrit-il, de faire déterrer » La Rochejaquelein , et de tacher d'acquérir }> des preuves de sa mort. » Quel est donc cet étrange jeune homme dont il faut détener le cadavre pour traïiquilliser une république qui comptoit dans ses camps un million de soldats victorieux? Quel est donc ce héros de vingt-un ans qui causoit aux ennemis des rois la même frayeur qu'inspiroit aux Romains le vieil Annibal exilée désarmé et trahi?
Bpnchamp rappeloit toutes les vertus de Bayard^ même désintéressement^ même humanité^ même courage. G'ctoit un de ces François tels que les formoient nos anciennes mœurs 9 et tels qu'on n'en verra plus* Une foule de prisonniers républicains lui durent la vie; il engagea le patrimoine de ses pères pour soutenir ses compagnons d'armes. Un représentant du peuple écrivoit à la Convention:
f< La perte de Bonchamp vaut une victoire » pour nous , car il est de tous les chefs Yen-
DE LA VENDÉE. 3']l
» dëens celui en qui ils avoient le plus de » confiance, qu'ils aimoîent le mieux , et ' » qu'ils suivoîent le plus volontiers. » Des historiens prétendent que les républicains mutilèrent son cadavre, et envoyèrent sa tête à la G>nvention.
La religion sembloît dominer particulièrement dans le jeuiie Lescure; il communioit tous les huit jours ^ il avoit porté long-temps un cilice dont on voyoit la marque sur sa chair. Cette armure n'étoit pas à l'épreuve de la balle, mais elle étoit à l'épreuve des vices; elle ne défendoit pas le cœur de Lescure contre l'épée , elle le mettoit à l'abri des passions. Plus de vingt mille prisonniers patriotes, sauvés par l'humanité du général vendéen , trouvèrent sans doute qu'un cilice étoit aussi bon dans les combats qu'un bonnet rouge.
Stofflet, brave soldat, chef intelligent, mourut en criant vive le Roi! Il avoit du cœur, et de cette vertu opiniâtre qui ne cède jamais à la fortune, mais qui ne la dompte jamais»
Gharette commanda le feu de peloton qui lui arracha la vie : lui seul se trouva digne de
373 DB LA VEffDEE.
donner le signa) de sa mort» Jamais capitaine^ depuis Mithridate, n'avoît montre plus de ressources et de génie nulitaire.
Le fier d'Elbée^ couvert de blessures, fut pris dans l'île de Noirmoutiers } sa foiblesse l'empêcha de se lever .Ceux qui l'a voient vu si souvent debout sur Je champ de bataille le fusillèrent dans un fauteuil» On eût dit d'un monarque recevant sur son trône les hommages de la fidélité.
Le prince de Talmont , en allant à la mort, projuva qu'il étoit du sang de la Trémouille. « Fais ton métier, dit-il au bourreau, je fais » mon devoir. »
De tous ces chefs, les uns étoient noUes, les autres, sortis des classes moins élevées de la société^ les talents marquoient les rangs. Le noble obéissoit au roturier , le roturier au noble, selon le mérite^ et, tandis que la Convention décrétoit réalité et la liberté en créant le despotisme, l'égalité et la liberté né se trouvoient qu'à l'armée royale et catholique de la Vendée.
« Une manière de combattre que l'on ne » connoissoit pas encore, dit le général Tor-
DE LA YESDiz* ' S^S
» reau^ un attachement inviolable à leur » parti y une confiance sans bornes dans leurs » chefs , une telle fidélité dans leurs promesses » qu'elle peut suppléer la discipline > un cou- » rage indomptable et à l'épreuve de toutes » sortes de dangers^ de fatigues et de priva- » tions : voilà ce qui fait, des Vendéens^ des )> ennemis redoutables , et ce qui doit les pla- » cer dans l'histoire au premier rang des peu- » pies soldats...; Ce fut une espèce de délire » et d'enthousiasme qui , dans des temps de » ténèbres et d'ignorance , emporta nos pre- » miers croisés dans les plaines brûlantes de » l'Afrique et de l'Asie. Les défenseurs de » l'autel et du trône sembloient avoir pris » nos anciens preux pour modèles. Leurs i> bannières étoient ornées de devises qui » rappeloient les hauts faits de la chevalerie, n Un autre général écrivoît à Merlin de Thionville , après la déroute de Savenay :
« Je les ai bien vus^ bien examinés; fai re- » connu ces mêmes figures de Ghollet et de » Laval. A leur contenance et à leur mine , je » te jure qu'il ne leur manquoit du soldat que » l'habit* Des troupes qui ont battu de tels
» François peuvent bien se flatter de vaincre » tous les peuples. »
N'est-il pas singulier qu'un général républîcain dise, des paysans de la Vendée^ ce que les soldats de Probus disoient de nos ancêtres :
ce Nous avons vaincu mille barbares de la » nation des Francs. Combien n'allons-nous » pas vaincre de Perses ! »
- a L'inexplicable Vendéci s'écrioit Barrère à » la Convention, existe encore; de petits » succès de la part de nos généraux ont été » suivis de plusieurs défaites..*. L'armée que » le fanatisme a nommée catholique et royale » paroît un jour n'être pas considérable^ elle M paroît formidable le lendemain. Est-elle » battue 9 elle devient comme invincible; a- » t-elle du succès, elle est immense.... Jamais, » depuis la folie des croisades , on n'avoit vu » autant d'hommes se réunir qu'il y en a ea » tout à coup sous les drapeaux de la liberté , » pour éteindre à la fois le trop long incendie » de la Vendée..... La terreur panique a tout M frappé, tout effrayé, tout dissipé comme » une vaine vapeur. La Vendée a fait des pro- » grès ; c'est dans la Vendée que. vous devez
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w déployer toute rimpétaosîtc nationale , et » développer tout ce que la république a de » puissance et de ressources. La Vendée est » encore la Vendée. »
Ainsi parloît de la Vendée , à la Convention nationale y le Comité de Salut Public , après avoir annoncé, quelque temps auparavant, que la Vendée n'existoit plus..... Buonaparte , qui se connoissmt en choses extraordinaires , avoit surnommé les Vendéens le peuple de géants»
Les femmes rivalisoient d'héroïsme avec les hommes dans le grand dévouement de la Vendée. Comme les matrones de Sparte , elles gardoient leurs maisons les armes à la main , tandis que leurs maris sebattoient; mais, moins heureuses que les Lacédémoniennes , elles virent la fumée du camp ennemi , et ces enne* mis étoient des François ! On en compte plusieurs tuées sur le champ de bataille; d'autres y reçurent des blessures. A l'affaire de Dol, une simple servante ramena la victoire en se mettant .à la tête des Vendéens et en criant : A moi les PoUepins! Même magnanimité dans les prêtres qui suivoient les soldats du
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iKea vivant. Le lendemain de la déroute de Savenay , un curé qui avoît perdu la vue erroit dans la campagne avec un guide. Des hussards républicains le rencontrent, n (^el est le » vieillard que tu mènes? disent-ils au guide. » Ccst un vieux paysan aveugle , répond » celui-ci. — Non, messieurs, reprend le n véridîque pasteur, je suis un prêtre. »
La religion anîmoit paiement tous les cœurs : ce Rends-moi les armes, » crioit un soldat républicain à un paysan. « Et toi , rends- » moi mon Dieu , » répliqua le paysan. Lorsque les Vendéens étoient prêts à' attaquer * l'ennemi, ils s'agenouilloient et recevoient la
bénédiction d'un prêtre. Us ne couroient point à la mort comme les bêtes des bois , sans penser à celui qui nous a donné nos jours pour les sacrifier , quand il le faut , à l'honneur et à la patrie. La prière prononcée sous les armes n'étoit point réputée foiblessej car le Vendéen qui élcvoit son épée vers le ciel demandoit la victoire , et non pas la vie.
Dans le cours de sept années, depuis 1798 jusqu'à 1799 9 on compte, dans la Vendée et dans les provinces de l'Ouest, deux cents prises
DE LA VENDEE. 3j7
\ et reprises de villes^ sept cents combats particuliers^ et dix-sept grandes batailles rangées. La Vendée tint^ à diverses époques^ soixantedix et soixante-quinze mille hommes sous les armes ; elle combattit et dispersa à peu prèstrois cent mille hommes de troupes réglées ^ et six à sept cent mille réquisitionnaires et gardes nationaux ', elle s'empara de cinq cents pièces de canon et de plus de cent cinquante mille fusilsé On a vu ce qu'elle fit^ par ses combats et par ses traités , pour l£i cnui^e du Roi légitime 9 et même pour celle de tous les souverains de l'Europe ; quand on aura examiné ce qu'elle a souffert pour cette même cause y on aura une idée complète de ses sacrifices et de ses vertus.
CE QUE LA VENDÉE A SOUFFERT POUR liA MONARCHIE.
Les premiers martyrs vendéens furent les paysans pris à l'aflPaire de Bressuire le ^4 août 1 792. Ils refiisèrent de crier vive la naiion ! et on les fttôHla pour s'être obstinés k mer vive le Roi! Bientôt aû£ fléaux ordinaires de la guerre se joignent des espeees d'atrocités légales, telles que pouvoient les inventer une Convention et un Conàté dC' Salut Public.
Les troupes républicaines eurent ordre de ne faire aucun prisonnier^ de tout dévasta:, de tout forger, de brûler les chaumières, d'abattre les arbres, de faire de la Vendée un vaste tombeau.
c( Il sera envoyé à la Vendée par le ministre » de la guerre, dit l'article 2 du décret de la )> G>nvention du 2 août 1793, des matières » combustibles de toute espèce pour incendier )> les bois, les taillis et les genêts. »
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Article 7. a Les forêts seront abattues^ les » repaires des rebelles seront détruits, les ré-* » coites seront coupées, et les bestiaux seront » saisis. Les biens des rebelles seront déclarés » appartenir à la république. »
Autre décret ainsi conçu : « Soldats de la -)> liberté, il faut que les brigands de la Yen- 9 dée soient exterminés avant la fin du msÀs » d'octobre» Le salut de la patrie l'exige, » l'impatience du pei^le françois le corn?* » mande, son courage doit l'accomplir. »
Autre décret qui ordonne que toutes le^s villes qui se rendront aux Vendéens , seront rasées.
Les repràentants du peuple , par un arrêté du ai décembre, avoîent organisé une compagnie d'incendiaires. On forma les fameuses colonnes infernales. Au moment où elles se mirent en marche, un général leur fit cette harangue :
f( Mes camarades, nous entrons dans le n pays insurgé ; je vous donne l'ordre de 11-* » vrer aux flammes tout ce qui sera snscep- » tible d'être brûlé, et de passer au fil de la » baïonnette. tout ce que vous rencontrerez
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}> d'habitants sur Totre passage. » Il faut remarquer qu'avant cet ordre presque tontes les Tilles de la Vendée avoient été brûlées^ et qu'il ne restoit plus*, à incendier que les hameaux et les chaumières isolées*
cf En cinq jours ^ dît un nouTel Historien ' , )) toute la Vendée fut couverte de débris et de M cendreSé Soixante mille hommes , le fer et » k flamme à la main , la traversèrent dans ]> tons ses contours, sans y laisser rien de- » bout^ rien de vivant. Toutes les atrocités » précédemment commises n'avoient été qu'un if • jeu en comparaison de ces nouvelles hor- » reurs. Ces armées vraiment infernales ma»- )) sacrèrent à peu près le quart du reste de la » population. »
Des républicains témoins oculaires décrivent ainsi la marche des colonnes infernales :
* En rappelant tontes ces horreurs , la probité historiq[ae oblige de dire qu'il j eut, dans la Yendée, descbe& républicains pleins d'bonneur et d'bumanité. Non-seulement ces cbefs ne se souillèrent point par les forfaits que nous tirons à rei^et de l'oubli, mais ils s'y opposèrent de tout leur pouToir. Le général Qaétineau , par exemple , fut un digne et noble ennemi des Vendéens; aussi fut-il fasillé par son parti, qui lui fit un crime de sa rertn.
<c On partit de la Flpatîère apr^ avoir in* » cendîé le bourg. Le général m'ordonna de » le suivre et de ne pas m'éloigner de lui :
» dans la route , on pilloit , on incendîoit ; » depuis la Floutière jusqu'aux Herbiers, s> dans l'espace d'une Heue , on suivoit la co- )> lonne , autant à la trace des cadavres qu'elle » avoît faite y qu'à la lueur des feux qu'elle » avoit allumés : dans une seule maison, on I) tua deux vieillards , mari et femme , dont . » le plus jeune avoit au moins quatre-vingts » ans. • . • • Les hussards, surtout, étoient )) les plus acharnés : ce sont des désorganisa^ j» teurs qui ne savent que piller, massacrer et » couper en morceaux. • • • . La colonne » de ••••.. a brûlé des blés , des fourra- )) ges, massacré des bestiaux.
» A peine les doutés furent-ils de retour*, )> que la colonne de Pouzange, sous les or- » dresdu général, se porta dans la commune » de Bonpère, l'incendia en grande partie, » massacra indistinctement les hommes et les » femmes qui se trouvèrent devant elle, fit » périr par les flammes plus de trois mille » boisseaux de blé; au moins huit cents mil*
» lien de foin , et plus de trois mille lÎTies de
» laine. •••*
)) Le 12 9 la scène augmenta d'horreur. Le » génraal part avec sa colonne y incendie tous » les villages y toutes les métairies , depuis la » Floutîère jusqu'aux Herbiers : dans, une » distance de près de trois lieues , oh rien n'est » 'épargne 9 les hommes , les femmes, les en- » fants même à la mamelle , les femmes en- » ceintes 9 tout périt par les mains de sa 00- » lonne«£nfîn de malheureux patriotes 9 leurs » certificats de civisme à la main, demandent » la vie à ces forcenés; ils ne sont pas écou- » tés : on les ^[Oige. Pour achever de peindre M les forfaits de ce jour^ les foins ont été » brûlés dans les granges , les grains dans les » greniers 9 les bestiaux dans les étables; et » quand de malheureux cultivateurs, connus » de nous par leur civisme, ont eu le malheur » d'être trouvés à délier leurs .bœufs, il n'en ». a pas fallu davantage pour les fusiller; on » a même tiré et frappé à coups de sabre des M bestiaux qui s'échappoient. »
ce Si la population qui reste dans la Vendée » n'étoit que de trente à quarante mille âmes
DE Là TENBEE, 383
)) ( dit an représentant du peuple ) , le plus
» court sans doute seroit de tout égorger^
n ainsi que je le croyois d'abord ^ mais cette
» population est immense : elle s'ëlère encore
i> à quatre cent mille hommes , et cela dans
» un pays où les ravins et les vallons, les
i> montagnes et les bois diminuent nos moyens
» d'attaque 9 en même temps qu'ils multi*
» plient les moyens de défense des habi-
» tants.
» S'il n'y avoit nul espoir de succès par nû
» antre mode, sans doute encore qu'il fau-
» droit tout egoiiger, y eût-4l cinq cent mille
» hommes. »
U ajoute ensuite : ce U ne faut point faire » de prisonniers^ dès que l'on trouve des » hommes ou les armes à la main , ou en at- » troupement de guerre, quoique sans armes, » il faut les fusiller sans déplacer.
» U faut mettre à prix la tête des étran-^ » gers, pourvu qu'on les amène vivants , afin' » de n'être pas trompés, et qu'on n'apporte » point la tête des patriotes.
» Il faut mettre les ci-devant nobles et les » ci-devant prêtres surtout à un prix, avec
384 ^K i^ veudée*
» promesse d'indulgence ^ d'aîUeurs ^ pour » ceux des insurgés qui les livreront.
» Il faut mettre la personne des chefs à un » prix très-considérable, qui sera payé en D entier, si on les amène réellement^ et à » moitié seulement, si on ne fait qu'indiquer » le lieu où les prendre > pourvu que le succès » ^uive l'indication. »
Remarquez que ce représentant du peuple, qui est révolté des horreurs commises dans la Vendée , étoit accusé lui-même d'avoir tué de sa propre main , dans les prisons, des prison* niers vendéens, d'en avoir fait fusiller dnq cents autres*, d'avoir fait manger le bourreau à sa table , et d'avoir forcé des enfants à tremper leurs pieds dans le sang de leurs pères.
Les vieillards, les femmes et les enfants qui suivirent l'armée vendéenne au delà de la Loire, périrent en grande partie après la défaite du M ans. Les femmes , après avoir essuyé les derniers outrages, furent égoi^ées : on exposa dans les rues leurs cadavres nus , unis aux cadavres des Vendéens massacrés, et ces embrassements de la m<Hrt furent le sujet d'une plaisanterie républicaine.
Dans une dénonciation juridique^ on trouvé quHin général « avoit voulu contraindre une » servante à lui chercher une salade dans » un jardin oà éloit un cadavre détruit par
» son ordre, en lui disant Si
» tu n'y vas pas , je f attacherai les mains ^ » je te violerai sur le cxidapre, et te ferai » fusiUer après* »
Une pauvre fille, appelée Marianne Rustand f de la commune du petit bourg des Herbiers -, déclara que lorsque leis volontaires de la division de ... • arrivèrent chez elle, elle alla au devant d'ekix pour leur faire voir un certificat qu'elle avoit du général Bard : ceux-ci lui répondirent qu'ils en vou- ^ loient à sa bourse et à sa vie ; ils lui volèrent 4o livres et l'obligèrent , en la menaçant , de rentrer chez die pour leur montrer l'endroit oh elle pourroit avoir d'autre argent caché.' (( Dès qu'elle fat entrée , dit » le rapport , quatre d'entre eux la prirent » et la tinrent , tandis que les autres assoù- » virent leur brutale passion sur elle , el la )) laissèrent presque nue ; apies quoi ils fu- M rent mettre le feu dans les granges ^ ce
» que voyant la déclarante , elle rassembla » toutes ses forces pour aller faire échapper » les lïestiaux : ce que trois d'eux voyant, tt ils coururent apiès elle pour la faire brui> 1er avec ses bœufi ; et étant enfin parvenue » à s'en échapper , elle se rendît auprès de )> sa mère 9 âgée d'environ soixante-dix ans, » lui trouvant un bras et la têle coupée , » après lui avoir pris environ 900 livres, seul » produit de ses gages et de leur travail.
» Enfin elle fut obligée de l'enterrer elle- » même. Après guoi elle se couvrit des har- » des qu'on avoit laissées sur sa mâ*e et par- » vint enfin à se rendre chez le citoyen » Grafiard des Herbiers , où elle fut en su- » reté , et a déclaré ne savoir signer. »
Nantes seul engloutit quarante mille victimes. Julien mandoit à Robespierre qu'une foule innombrable de soldats royaux avoient été fusillés à la porte de la ville , et que cette masse de cadavres entassés, jointe aux exhalaisons de la Loire toute souillée de sang, avoit corrompu l'air.
Un autre repjrésentant écrivoit : a Les délits » ne sont pas bornés au pillage dans la
» Vendée : lé viol et la barbarie la plas ou- » trée sont dans tous les coins ; on a vu » des militaires républicains violer des fetn- )> mes rebelles sur des pieri^s amoncelées le 1» long des grandes routes , et les fusiller ou » les poignarder en sortant de leurs bras ; » on en a vu d'autres porter des enfants » au bout de la baïonnette ou de la picpie » qui avoit percé du -même coup et la mère )> et l'enfant. »
Phîlippeaux ( le conventionnel ) attribua la disette qui affligeoit la France en 1798 aux horreurs gratuites dont la Vendée étoit le théâtre 9 à l'incendie des subsistances et des chaumières 9 à la destruction des animaux et de toutes les ressources agricoles , dans un pays qui foumissoit quatre cents bœufs par semaine au chef'-lieu de la république.
Les prisonniers que par hasard on ne massacroit pas sur le champ de nataille^ les vieillards y les femmes et les enfants étoient conduits en différents lieux ^ et principalement à Nantes. Là on les ^oiigeoit^ on les guillotinoit. M. de Castelbajac a rapporté 9 dans un article sur la Convention, l'histoire déplora-
ble de ces enfants vendéens des deux sexes qui se réfogioient entre les jambes des soldats chargés de ks fosiller* Le philosophe Carrier inventa, principalement poar les Vendéens^ les mariages républicains et lebateaa à soupape.
On sait que le Comité de Saint Public a voit fort encouragé le patriote qui proposoit la construction d'une guillotine à cinquante couteaux , pour faire tomber à la fcHs cinquante têtes.
Le chirurgien Geainou écrit h Bx>bes{neiTe :
a il faut te dire que des soldats indincipUnès » ( les ordres de tuer tout ce qui se piésentoit » étoient légaux^ se sont portés dans les hopi- » taux de Fougères ., y ont égorgé les blessés )i des brigands dans leurs lits» Plusieurs fem-
» mes des brigands y étoient malades. Ils*
)) et les ont ^^Nrgées après. »
Six cents détenus furent enfermés à Doué , dans une prison qui ne recevoît l'air que par un soupirail; les prisonmars y périssoient étouffés, en poussant de sourds mugissements. On n'enlevoit ni les ordures des moribonds , ni les ca^Tres des morts. Le règne de la Raison et de la Fraternité renouveloit le supplice
DE hJL VERDËB. 38g
de Mézence dans le9 cachots de la Vendée.
Enfin la présence d'un soldat républicain finit par produire l'effet de la présence d'une bête féroce: les chiens des paysans, instruits par leurs maîtres, se taisoient quand Jls voyoient an proscrit, et poussoientà l'approche, d'un bleu , d'affreux hurlements.
Le massacre des enfants et surtout des femmes est on trait caractéristique de la révolution» Vous ne trouverez rien de semblable dans les proscriptions de l'antiquité. On n'a vu dans le monde entier qu'une révolution * philosophique , et c'est la nôtre. G>mment se fait*il qu'elle ait été souillée par des crimes jusqu'alors inconnus à l'espèce humaine ?
Voilà des faits devant lesquels il est impossible de reculer. Expliquez , commentez , déclamez , la chose reste. Nous le répétons : Le meurtre général des femmes, soit par des exécutions militaires, soit par des condamnations prétendues juridiques , n'a d'exemple que dans ce siècle d'humanité et de lumières. Au reste , quand on nie la religion, on rejette le principe de l'ordre moral de l'univers; alors il est tout simple
390 DE LA VEia>]£E.
qu'on mëoonnoisse et qu'on outrage la nature.
Plus de six cent mille royalistes ont péri dans les guerres de la Vendée* Presque tons les chefs trouvèrent la mort sur le champ de bataille ou dans les supplices. On évalue à i5o millions la perte causée par l'incendie des moissons, desbois, des grains, des bestiaux. On porte à onze cent mille le nombre des bœufs brûlés ou forgés. Cinq cents lieues planimétriques furent ravagées et converties en désert.
Nous traversâmes la Vendée en i8o3« Sa population n'étoit pas encore rétablie. Des ossements blanchis par le temps , et des ruines noircies par les flammes , frappoient ^ et là les regards dans des champs abandonnés. Un demi-siècle d'une, administration paternelle ne feroit pas disparoître de ce sol les touchants et nobles témoins de sa fidélité. La plupart des villes et des viUages, Argenton^ Bressuire, GhÂdllon, GhoUet, Montaign, Tiffauges, etc., sont à peine rebâtis à moitié.
Ministres du Roi légitime, qu'ave&vousfàit pour ce pays? Avez-vous pansé les plaies da Vendéen ? avez-vous couvert sa nudité, xe-
DE LA \ElfDEE. 89 1
leyé ses cabanes, soulagé son infortune?
Quelle mesure avez-yous prise pour la restauration de cette province fîdèle ? quelle ordonnance est Tenue la consoler ? quelle loi reconnoissante a youé à Fadmiration de la postérité tant de nobles sacrifices? Loin d'accueillir le Vendéen, ne Pauriez-yous pas repoussé? ne vous auroit-il pas paru suspect? n'auriez-yous point cherché des conspirations dans le sanctuaire de la fidélité? n'auriez-vous point pré" fôné aux habitants du Marais et du Bocage les hommes qui les ont égorgés y ou les hommes dont les principes menacent de nous ramener les mêmes crimes et les mêmes malheurs? Tel qui porta le fer et la flamme daps le sein de la Vendée ne jouit-il pas d'une pension considérable, tandis que tel Vendéen meurt de faim et de misère ? Ministres du Roi légitime, qu'ayez-yous fait pour la Vendée? Voyons vos actes. Si yous yous étiez rendus coupables de la plus (H'uelle des ingratitudes envers un pays dont le dévouement marquera dans les annales du monde, sachez que vous auriez porté un coup mortel à cette monarchie que vous prétendez sauver.
CE QtJE LBS MINISTRES DU ROI ONT FAIT POUR LA VENDÉE.
BoBiE reconnoissoit que la puissance lui Tenoit de sa piëtë envers les dieux. La liberté romaine y ayant ainsi au fond de ses lois une force sacrée, ne fut point emportée subitement de la terre j elle lutta long-temps dans une cruelle agonie contre la servitude des Césars.
La France , encore plus sainte et plus antique que Kome, s'est pareillement défendue dans la Vendée y sa résistance offre encore un plus grand caractère.
Lorsque Pompée combattit a Pharsale^ Brutus aux champs de Philippes, Gaton à Utique, une partie du gouvernement étoit avec ces puissants citoyens ; ils étoient euxmêmes les roU de Rome; ils appartenoient à ce sénat qui partageoit la souveraineté avec le peuple : des provinces considérables de TEu*
DE Lir VENDEE. SqS
TOfe, de l'Afrique et de FAsie reconnoissoient leur autorité.
Mais qu'ëtoît-ce que la Vendée ? Une petite contrée obscure , sans armes , sans richesses. Quels furent ses premiers chefs? Des hommes jusqu'alors ignorés^ quelques pauvres gentilshommes , un voiturier, un garde-chasse.
Aucun pouvoir politique légal n'ajoutoit de poids aux efforts de ces défenseurs des anciennes institutions. La Vendée n'avoit jamais vu les rois pour lesquels elle versoît son sang : l'un étoit mort sur l'échafaud , l'autre dans les fers , le troisième erroit exilé sur la terre. Que la Vendée dans cette position , abandonnée à ses seules ressources , ait été au moment de triompher d'une république dont les armes menaçoient le monde , n'est-ce pas un magnifique éloge ^ nos vieilles lois? Quel principe de vie devoit exister dans les entrailles de ce gouvernement pour produire une résistance aussi prodigieuse? Quand nous veirons les politiques du jour souffrir pour leurs doctrines ce que les Vendéens ont souffert pour leurs principes ^ alors nous dirons que ces doctrines sont fortes. Mais si les partisans de ces doctri-
3g4 DE LA VENDEE.
nés ontëtë; depuis trente ans, du coté des oppresseurs, et jamais parmi les opprimés^ si, au lieu d'élever contre la tyrannie une Vendée républicaine, ils ont porté tour à tour le bonnet de Eobespiecre et la livrée de Buonaparte , alors nous dirons que leurs doctrines sont foi* blés, qu'elles ne pourront fonder que des sociétés périssables comme elles*
Le tableau des faits d'armes et celui des souffrances des Vendéens sont sous les yeux des lecteurs ; ils cherchent sans doute à présent le troisième tableau ; ils espèrent lire en lettres d'or le catalogue des récompenses, après avoir lu en caractères de sang le dénombrement des services : ils savent que la France n'a jamais oublié ce qu'on a fait pour elle. Le trésor de nos Chartes est rempli des grâces , des honneurs , des immunités accordées aux villes et aux provinces qui se sont dévouées àla cause de nos Rois. Par une ordonnance du mois de septembre i347 9 ^ ^^ ^^^ (Philippe de Valois) » donne aux habitants de Calais toutes les » forfaitures , biens , meubles et héritages qui » échoiront au Roi pour quelque cause que » ce soit, comme aussi tous les offices,, quels
DE LA \BNDEE. ' 39S
H qu'ils soient , vacants y dont il appartient au n Roi ou à ses eniimts d'en pourvoir, pour la 1» fidélité qu'ils ont gardée au Rot , et jusqu'à » ce qu'ils soient tons y et un chacun , réoom- » pensés des pertes qu'il ont faites à la prise » deleuryille. »
A-t-on donné aux 'Vendéens des meubles et des héritages? Ont-ils reçu des qffîces , quels qu'ils soient, vacants , pour la fidélité qu'Us ont gardée au Roi , jusqa'à ce qu'ils soient tous, et un chacun, récompensés? "Le Wen-déen n'a point été dégrevé d'impôts. Les ndnistres chassent les royalistes de toutes les place^; ils ne reconnoissent que la noUonnouveUe* Mais si la politique a ses lois nouvelles ^ la re*ligion et la justice ont leurs antiques droits ; et quand ceux-ci sont viola ^ tous les sophistes de la terre n'empêcheroient pas une société de se dissoudre*
Le souverain d'une monarchie constitutionnelle ne se découvre pas dans tous les actes du gouvernement : il sait, selon sa sagesse, quand il doit survenir, ou qaand il doit laisser pa^ roitre ses ministres* Lorsqu'il s'est agi du sort de la Vendée, Louis zviii a pensé qu'il ne
3g6 BE LA VEI!a>K.
devait pa^ se retirer dans sa^ poissànoe ; il a TOiilu montrer sa nuia au peuple généreux qui s'étoit donné pour lui en spectacle aux hommes* €e que le roi a fait pour les rojalistes de l'Ouest est admirable : non content de pro- ' diguer à ces victimes les marques particulières de salnenfaissmoey il a exigé que ses ministres secondassent ses vues paternelles , que des actes du gouvernement assurassent^ à des sujets dévoués , âes seoouri mérités > une existence honorable : nous allons voir comment ses ordres ont été exécutés.
En i8i4 on fit un travail relatif aux veuves et aux blessés vendéens ; dans ce travail on oublia une partie des malheureux qui avoient des droits à la munificence royale.
On s'occupa encore moins dé retirer quelques bons, de payer quelques dettes contractées au nom du roi^ pour la subsistance des armées royales , après que les che& et les soldats eurent épuiâé leurs dernières ressources. Les bons étoientà peu près semblables à ceux que la Convention avoit consenti à payer*
Buonaparte reparut. La Vendée^ oubliée des ministres, n'hésita pas à prendre les ar-
DE LA VERDÉB* S97
mes : Thonnear compte les périls et non les récompenses*
Pendant les n^ociatians qui eurent lieu à Paris avec les puissances alliées ^ on fit valoir ( on l'a déjà dît ) l'existence des armées vendéennes et bretonnes comme contingent do gouvernement royal. U étoit juste alors de s'oo-^ onper de ces armées* Le roi le voulut : il ordonna à son> ministre de la guerre de lui présen-* ter un plan; il approuva, le- 27 mars 1816, une proposition tendante à accorder aux offi-»' ciers et soldats des paroisses une gratification qui leur tiendroit lieu de solde pour 181 5. Le* i«r nYi^ 1816 y des comités furent nommés dans chaque corps des armées royales de l'Ouest, afin d'en dresser les contrôles; ce» contrôles furent remis au ministre de la guerre, oh ils sont restés ensevelis.
Le travail incomplet sur les blessés et les veuves, fait en i8i4^ n'a produit de résultat qu'en 18 16: une ordonnance du 1 mars accorda des pensions à des officiers et soldats ' blessés dans les guerres antérieures à i8i5.
Quelques officiers ont eu 80, 90, i5o, et jusqu'à 180 fr.de peiision; les soldats ont eu
SgS DE ^^ VENDÉE.
3o y 4^ , 5o , 80 et 90 fr* A la même ëpoqae on donna à d'autres royalistes blesses moins grièrement une gratification une fois payée.
Ces gratifications ont été de 4^^ 5o^ 60^ 80, 90 et 100 fr. Les yenves des Vendéens mcMts au champ d'honneur ont obtenu , d'après une ordonnance du 10 noyembre 181 5^- des pensions de 5o, 4^ c^ ^ ^^'9 ^ <T^ ^^^ pour les veuves de la troisième classe 2 fr. 52 .cent, par mois. Le comité qui av<Ht été chargé de dresser le contrôle du quatrième corps , lequel comité étok composé d'un colonel , d'un conseiller de préfecture et d'un commissaire des guerres , trouva y en parcourant les communes, une si grande quantité de veuves et de blessés oubliés sur le travail de x8i4 ^ qu'il crut devoir faire des propositions : il fournit une liste, courte à la vérité., car on auroit été épouvanté de trouver tant d'hommes fidèles. Voici cette liste :
Cinq cent soixante-sept blessés dans les guerres qui ont eu lieu depuis 1 793 jusques et y compris celle de x8i5.
Soixante-douze veuves dans les guerres antérieures.
Seize veuves dans la guerre de 181 5.
DE LA veudée* Sqq
Six feinmes grirrement blessées dans les anciennes guerres , «t si pauvres qu'elles sont à la cbarge de leurs paroisses.
Ge nouveau travail fut encore remis au ministre de la guerre^ où on ne trouva pas le temps de s^en occuper^ et d'oîi on l'a retire pour pe pas le perdre.
Toutefois^ quelques blessés et les veuves des royalistes de i8 1 5 ont obtenu de foibles secours, parce qu'une' ordonnance^ à laquelle on a bien -voulu obtempérer^ assimîloît heureusement les -veuves et les blessés Vendéens de i8i5 aux -veuves et aux blessés de la ligne, c'est-à-dire des troupes qui avoient combattu à Waterloo et dans l'Ouest, contre MM. de La Rocbejaquelein,Sapinaud^ SuzannetetCanuel.
Le Roi , qui n'oublie aucun service, et qui répare les injustices aussitôt qu'il les connoît, voulut enfin que son ministère cessât de récompenser des sacrifices réels par des récompenses dérisoires. U ordonna, au mois de février 1817 , la répartition de 260,000 fr. de rente, entre les c^ciers et soldats des armées de l'Ouest. Il plut également à S. M. d'ordonner que des épées , des sabres , des fusils d'hon-
4oO DE LA veudéb^
nenr et des kttre» de retB^cument soient distribués en son nom j réoompenaes dignes des Bretons et des Vendéens.
La part de la Vendée sur les siSo^coo fr* fat de 11 5fOQO ù; donn^ sans l)eauooup de dis* oemement à quatre corps d'armée entre lesquels il ne pouYoit exister d'autre différence que celle du nombre d'hommes*
Le premier corps eut So^ooo fr.
Le deuxième. •••••••• 18,000
Le troisième 4^>^^^
. Le quatrième • • 7,000
Total. . • •. • II 5,000
Cette répartition ainsi arrêtée^ on nomma de nouveaux comités qui devoieiit se transporter dans les chefs-lieux pour distribuer ou plutôt pour promettre à chaque corps les épées » les sabres, les fusils , les lettres . de remercîment , et pour assigner les pensions que les i i5,ooo frw dévoient produire. Ces pensions étoient de 3oo , aoo , 1 00 et 5o fr. par an. Les diveis comités ayant terminé leur travail , le porte-
DE LA TBHDéE; ^ol
rent aux bui'eaux de la gueire; voici ce ^i en est résulte :
Les armes d'honneur ont été fabriquées > remises au ministère de la guerre, et définitivement déposées à Vincennes* A^t-on craint d'augmenter les armes des royalistes par quel* ques centaines d'épées , de sabres et de fusils de parade , ou plutôt a>t-on voulu priver la Vendée d'une marque de la satisfaction du roi ? Il faut convenir que la Vendée méritoitbien une épée : il est triste pour la France que des étran-
fers se soient chaigés d'acquitter sa dette»
Itoit'-ce le roi de Prusse qui, au nom de l'ar*^ mée prussienne, devoit remettre une épée au jeune héritier de La Rochejaquelein ?
Les lettres de remercim^it ont éprouvé le même sort que les armes d'honneur ; elles n'ont point été expédiées. Peut-êtiie les ministres n'ont-ils su quel langage ils dévoient parler. Dans oe cas, ils auroient pu prendre pour mo«^ dèle la lettre que le roi écrivit jadis à Charette ; ils y auroient appris ce qu'ils ignorei^t , la co^ venance et la dignité; ils auroient trouvé dans cette adnûrable lettre : pureté de style, noblesse de sentiment, élévation d'âme, enfin une
^01 DE LA VEEfOâs*
sorte d'éloqaenoe royale, qui semble emprunter sa majesté des adversités de Henri ly et de )a grandeur de Louis xiv*
Quant aux pensions, M. le ministre delà guerre, ne sachantsur quels fonds les imputer, porta la somraedes aSô^ooo fr. dans son budjet de 1818 , et elle lui fut allouée. Les Vendéens avaient cru, et on leur ayoit annoncé qu^ils auroient,sur la somme votée, des pensions royales ; cependant on ne leur délivra ni lettres , ni brevets, et on leur fit entendre, lors du premier paiement, que ce paiement étoit un «ecours, et non une pension. Le ministre a reproduit la même somme de a5o,ooo fr. dans son budjet de 1819, à titre de. secours aux Vendéens* Ainsi , les pensions, devenues des secours, pourront cesser d'être des secoun aussitôt qu'il plaira à un ministre de la guene de ne plus insérer la somme dans son budjet, ou aux Chambres de ne plus l'accorder.
Voilà comment les bontés du roi pour sa fidèle Vendée ont été sans cesse contrariées par l'esprit ministériel. Après la seconde restauration , quelques cheft royalistes se trouvant à Paris, et voyant qu'on payoit aux oflBbciers de
DE LA VEHDEE. ^6^
Wâterloa l'indemnité d'entrée en campagne , leur traitement , pertes , etc. , crurent les circonstances favorables pour rdclamer modestement VégaUeé des droits. On refusa d'ëcouter leur demande , sous prétexte qu'ils avoient fait la guerre sans mission» Ceux qui avoient reçu TTÙssion de Buonaparte pour fermer au roi l'entrée de son royaume furent payés^ et ceux qui se battirent sans mission pour rouvrir à leur souverain l^itime les portes de la France^ ne reçurent pas même de remercîment.
Arrêtons-nous à quelques exemples. Nous avons souvent cité le nom de M. Dupérat ^ de cet ofi&cier si brave et si loyal qui fit aux envoyés de la Convention, lors de la pacification de Gharette, la belle réponse que nous avons rapportée. M. Bupérat vit encore. Volontaire et aide-de-camp de M. de Lescure dès 1 798 , il fit les premières guerres de la Vendée. Après la défaite des royalistes au Mans, et leur déroute à Savenay , il se jeta dans les bois , et travailla à l'organisation de l'armée bretonne. Revenu dans la Vendée, il commanda en 1795 l'infanterie de Charette , se trouva à tous les combats , et reçut plusieurs blessures. Cba-
4o4 * DE LA VElfDEE.
rette ayant succombé, M.Dupërat fut proscris Arrêté à Nantes en i8o4 y il fut d'abord mis an Temple 9 ensuite enfermé à YiDcennes, d'où il ne sortit que pour être envoyé , chaigé de chaînes ; au château de Saumur. Il seroit mort dans les fers si la restauration n'étoit venue délivrer la France. Dix ans de guerre, autant de blessures , onze ans de cachot , la perte entière de sa fortune , ne lui avcnent encore valu aucune récompense^ lorsque le 20 mars arriva. U courut aux armes, et succéda au comte Auguste de la Rochejaquelein dans le commandement du quatrième corps de l'armée royale.
La campagne de i8i5 étant terminée, M. Dupérat fut appelé à jouir du. traitement, et ensuite de la demi-solde de lieutenant-général ;mais^ il plut à la commission de ne le reconnoître que comme marédial-de-camp.
Depuis, il a été privé de toat traitement et rayé du contrôle des officiers généraux. Lorsqu'on a fait des réclamations , les bureaux de la guerre ont répondu que le brevet du général Dupérat étoît honorifique, M. Dupérat vit sans secours dans les bois où il combattit si
long-temps pour ]a cause rojale , comme s'il ëtoit encore oblige de se cacher du Dîrectoii^ on de la Convention.
La noble veuve de Lescure, qui est aussi la veuve de La Rochejaquelein , cette veuve de deux officiers^gënéraux morts si glorieusement pour la défense du trône , n'a pas de peu-* sion.
. Et la sœur de Robespierrre touchoit en 1 8i 4» sous la première restauration , une pension qu'elle touche peut-^tre encore : il y a des temps où les crimes d'un frère sont plus profit* tables que les vertus d'un mari.
Mp» de Beauregard , sœur de Henri et de Louis La Rochejaquelein, veuve de M. de Beauregard, officier supérieur tué auprès de Louis de La Rochejaquelein dans la Vendée pendant les cent jours, a été gratifiée d'une pension de quatre cents fronce»
£t Buonaparte avoit offert à la veuve de M. de Bonchamp, le fameux général vendéen, une pension de douze mille francs! et il avmt donné une compagnie de cavalerie au jeune Qiarette de la Colinière , neveu du général Gharette!
4o6 DE VA VEKDÉE*
'^ Nous avons parlé plus haut de ces autres veuves vendéennes qui touchent cmquarUe sous pew mois* Dans les temps d'abondance, cela Élit à peu près une demi-livre de pain par jour , pour des femmes dont on a n&assacré les maris, égoi^ les bestiaux, brûlé les chaumières, et qui sont peut-être assez malheureuses aujourd'hui , dans leur détresse , pour avoir dérohé quelques-uns de leurs enfants aux colonnes infernales.
Et ceux ,qui ont conduit ces colonnes , et ceux qui ont été dénoncés à la Convention même pour leurs cruautés , jouissent de pensions considérables. 'Nous ne les nommerons pas : on peut les chercher sur la liste des poisîonnaires de l'état.
£t une foule de paysans bretons et vendéens mutilés meurent de faim auprès àes hojntaox militaires , qui ne leur sont pas même ouverts.
Et l'on a payé , placé , récompensé tous les hommes des cent jours; et l'on a soldé l'arriéié des fournitures des armées de Buonaparte , c'est à-dire que le trésor royal a payé jusqu'aux balles qui pouvoient frapper le cœur de M *' le duc d'Angoulême.
DE LA TEirDÉE. /^on
Enfin le bruit s'ëtoit répandu ^ il y a quelques mois , que les frais du procès et de l'exécution de Georges Gadoudal n'avoient pas été entièrement acquittés ; et il s'agissoit'^ au terme des lois^ d'en demander le montant à la famille du condamné.
U y a des r^iddes qui touichent 24>ooo fr, de pension : seroit-ce aussi pour faire payer à la légitimité les frais du procès de Louis xvi ?
Tant de faits étranges s'expliquent pourtant : les ministres /ayant embrassé ]e système des intérêts moraux révolutionnaires ^ ont dû sentir pour les habitants des proTÎnces de l'Ouest une grande ayersîon. La politique philosophique^ le jeu de bascule^ la nation nouvelle y le gouvernement de fait, la supériorité de la trahison sur la loyauté , de l'intérêt sur le devoir , des prétendus talents sur le mérite réel^ toutes ces grandes choses sont en effet peu comprises par des hommes qui s'en tiennent encore au vieux trône et à la vieille croix« De là il est advenu que , depuis la restauration, le système ministériel^ qui s'efforçoit de ne rien voir dans les affaires de Lyon et de Grenoble^ a youlu trouver quelque chose dans
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lesdispofîtions de la Vendée. Puisque la Vendée étoit en conspiration permanente contre la révolution, n'étoit-il pas évident qu'elle conspiroit contre la légitimité ? Si les jacobins de Lyon aroient réussi ,. ils n'aurpient chassé que la famiUe royale 3 mais si on laissmt faire les Vendéens, ils ôteroient des grands et petits ministères les hommes incapables , et les ennemis des Bourbons : il y a donc péril imminent.
Quoi ! la Vendée aura eu l'insolenoe de se battre trente ans pour le trône et l'autel , de ne pas reoonnoitre les progrès de l'esprit humain y de ne pas admirer les échafaads et les livres dressés et écrits par tant de grands hommes! Vite, mettons en surveillance les vertas vendéennes : quiconque aime le roi et croit en Dieu est traître aux lumières du siècle*
On a donc cru devoir tenir lies yeux ouverts sur la Vendée , placer un cordon de têtes pensantes autour de ce pays tout empesté de religion, de morale et de monarchie. Jadis ks médecins révolutionnaires y avoient allumé de grands feux pour en chasser la contagion , et ils ne purent réussir. La Vendée, frustrée en partie des récompenses de la mnnificeDcc
royale > a eu la douleur de voir qu'on soup^ çonnoît sa loyauté. Des espions ont parcouru ses campagnes ; on a cherché à l'aigrir^ à la troubler : on sembloit désirer qu'elle devînt coupable 9 qu'elle fournît une conspiration pour justifier les calomnies , pour servir de contre-poids à la conspiration de Lyon et de Grenoble. L'ingratitude ministérielle a cru lasser la longanimité royaliste; et^ pour attaquer l'honneur vendéen dans la partie la plus sensible , on lui a demandé ses armes.
C'est surtout après l'ordonnance du 5 septembre, lorsque le ministère , se jetant dans le parti de la révolution , suspendit les sur^ veiliances , rendit la liberté à des coupables pour les envoyer voter aux coll(%es électoraux, fît voyager des commissaires, se permit d'exclure ouvertement des royalistes; c'est, disonsnous , peu de temps après cette époque, que l'on commença à demander les armes aux habitants des provinces de l'Ouest. Des lettres misistérielles du 10 décembre 181 6 enjoignirent aux préfets de suivre cette mesure ; Tinr jonction a été souvent renouvelée , et notam* ment au commencement du mois de mai de
AiQ DE LA VENDEE.
cette annëc. Qaelques*unes des autorités qui ont requis la remise des armes vendéennes occupèrent des places pendant les cent jours :
c'ëtoit alors qu'elles auroient du faire leur demande; aujourd'hui il y a anachronisme.
M. le conseiller de préfecture Pastureau, par délégation de M. le préfet des Deux-Sèvres absent , prit le 25 mai (kmier l'arrêté qu'on Ta lire :