MÉLANGER HISTORIQUES
quelque répugnance. Vous ne tarderes pasà en comprendre la raison.
Prenne. — Quelle que soit votre répugnance, M. le euré, veuilles me faire ce plaisir. C'est un service que vous me rendres en même temps.
Le cuRÉ. — Dans ce cas, je n'hésite plus.
Pisnne. — Je vous en remercie sincèrement.
Le curé. — Comme il avait été convenu à la fin de la session d'été, le Parlement fédéral s'est réuni de nouveau le 2 janvier 1806.
PiERRE. — Je suppose que nos députés, qui reçoivent
sivement fatigante, car ils n’ont qu’à écouter le discours du trône.
Pienne. — Qu'appeles-vous discours du trône, M. le: curé ?
Le curé. — C'est une adresse préparée par le gouvernement, mentionnant les mesures qui doivent être soumises aux deux chambres, et qui est généralement lue par le gouverneur.
Pisnne. — Du moment que cette adresse est lue on se met à la besogne dans tous les cas.
Le curé. — Oui et non, M. Pierre. On se met à la besogne, en ce sens qu'on discute d'adresse ou le diseuurs du trône ; mais on ne s'occupe d'aucune mesure importante avant que l'adresse ne soit adoptée.
Panne. — 11 faut avouer que le cérémonial parie mentsire est compliqué.
La cuné. — Eh bien ! M. Pierre, j'ai toujours pensé que la cause première et principale de cette crise, était l'opposition d'un certain nombre ée ministres
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à l'intervention du Parlement fédéral dans la difficulté scolaire de Manitoba.
PIERRE. — Ils étaient, comme M. Laurier, hostiles à toute mesure de coercition.
LE CURÉ. — Précisément.
PIERRE. — Beaucoup moins blamäbles que lui cependant, puisque les opprimés n'étaient ni leurs frères ni leurs coreligionnaires.
Le curé. — C’est indiscutable.
PIERRE. — Cette supposition, M. le curé, me paraît la seule plausible et je suis convaincu que l’histoire ne la contredira jamais.
Le CURÉ. — Je le ctois sincèrement.
PIERRE. — Du 4 au 15.janvier les travaux de la députation ont done été suspendus.
Le curé. — Naturellement, puisqu'il n’y avait plus de gouvernement.
- PIERRE. — Par conséquent, encore dix jours complètement perdus.
Le cuRÉ. — En définitive, on peut dire que le mois de janvier a été gaspillé en partie, car l’exposé financier n’a été soumis à la Chambre que le 31 janvier.
PIERRE. — Si j'ai bien compris, du 2 au 31 janvier le parti ministériel a perdu dix jours et l'opposition en a perdu cinq.
Le curé. — Votre estimation est assez exacte, Ceuxlà seuls que l’esprit de parti aveugle, la contesteront, et prétendront que cette perte de temps n’est pute qu’au parti ministériel ou à l'opposition.
Pierre. — Vous m'avez dit, M. le curé, que l'expésé
financier a été soumis à la Chambre le 31 janvier.
Le CURÉ. — Oui le 31 janvier.
PIERRE, — Pourquoi ne pas avoir présenté auparavant le Bill réparateur ?
Le CURÉ. — Parce que les usages parlementaires veulent que l'exposé financier suive immédiatement ladoption du discours du trône. Aueune mesure importante n’est généralement discutée auparavant.
PIERRE. — Combien de temps a duré cette nouvelle discussion ?
LE CURÉ.— Un mois entier. Commencée le 31 janvier, elle ne prit fin que le 28 février.
PIERRE. — Il est difficile de justifier une aussi longue discussion.
Le cuRÉ. — Ne craignez pas de dire qu’il est impossible de la justifier, car la plupart des discours prononcés par l'opposition ne différaient que par l’intonation, n'étaient que la réédition de clichés dont on s'était servi plusieurs fois dans les sessions précédentes.
PIERRE. — Le gouvernement ne pouvait-il pas hâter la ôn de cette discussion. ?
Le curé. — A plusieurs reprises, il a proposé que le débat se continuât de jour en jour, comme cela
consentir Pierre. — Quel est le nombre de colonnes du Han-
sard, consacrées à la reproduction des discours de
Fopposition sur l’exposé financier !
.Le. cuRÉ. — Sept cents, M. Pierre ; et 316 pour la
chaque fois l'opposition a obstinément refusé d’y
reproduction des discours du parti ministériel, qui ne. pouvait laisser les attaques sans réponse.
Prerre. — Dans ce cas, si le mois de février a été en partie perdu, c’est l’opposition qui est responsabie.
Le curé. — Certainement.
Pierre. — Quel était done son but, M. le. curé, en s’évertuant ainsi à tuer le temps ?
Le curé. — C'était d'empêcher la passation du Bill réparateur ; car, je vous l’ai déjà dit, les pouvoirs du Parlement expiraient le 24 avril.
Pierre. — Nos députés, M. le curé, ne sont donc que des comédiens ?
Le curé. — Pas tous, M. Pierre.
Pierre. — Si le peuple les voyait à l’œuvre !
Le curé. — Il est sûr qu’il ne serait pas édifié. Cependant, règle générale, ce sont les députés comédiens qui sont les plus populaires.
Pierre. — C’est malheureusement vrai.
Le curé. — Il est certain que le peuple croit plus volontiers ceux qui le trompent que ceux qui lui disent la vérité.
Prerre. — Enfin, après l’exposé financier, le tour du Bill réparateur devait être arrivé.
Le curé. — Oui, son tour était arrivé. La première lecture en avait même été faite le 11 février. Mais vous allez voir que l’on trouva encore moyen de se
hâter lentement.
- PxERRE. — Pourquoi ne la-t-on pas discuté lors e la première lecture ?
. Le curé. — Parce qu’on ne discute jemais un Bill.
PIERRE. — Quand cuter un Bill ?
Le curé. — Lors de la deuxième lecture. Mais remarquez-le bien, il n’est Pas encore permis d’en discuter les détails et de l’amender. ,
PIERRE. — Grand Dieu, que de cérémonies !”
Le curé. — Tout ce qu’on peut faire, lors de la deuxième lecture d’un Bill, c’est d’en discuter le principe, et de voter Pour ou contre le Bill.
PIERRE, — À quelle date, M. le curé, a eu lieu la deuxième lecture du Bill réparateur ?
Le curé. — Elle a eu lieu le 3 mars, M. Pierre, et
Par conséquent, pour déclarer tre le Bill. C’est vraiment in-
les catholiques devaient être Bill destiné à améliorer la naires
Le curé. — Détrompez-vous, M. Pierre pelez-vous que je vous ai dit en commençant
Pour le principe d’un position de coreligion-
; et rap- : que je
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ne reprenais pas notre causerie sans répugnance. Tous les députés catholiques de l’opposition — moins sept — ont dénoncé le Bill réparateur, voté contre en deuxième lecture, et déclaré par-là même, qu’ils ne voulaient pas que justice fût rendue aux catholiques de Manitoba.
Pierre. — Pardonnez-moi, M. le curé, mais vous devez faire erreur.
Le curé.— Non, malheureusement, M. Pierre.
Ouvrez la Semaine religieuse à la page 516 du volume VIIL, et vous pourrez lire les noms de ces députés que je ne veux pas mentionner en ce moment. Le renvoi du Bill à six mois a même été proposé par un canadien français.
PIERRE. — Partie remise n’est pas toujours perdue, M. le curé.
Le curé. —Cetis réflexion me prouve que vous. n'avez pas parfaitement saisi la portée de cet acte.
Prerre. — C’est possible, car vous le savez, je ne suis pas fort sur la procédure parlementaire.
Le curé. — Eh bien, M. Pierre, faire motion en Chambre pour le renvoi d’un Bill à six mois, c’est une manière polie de dire au promoteur que son Bill ne mérite pas plus longtemps l’attention de la Chambre et qu’on désire ne plus s’en occuper.
Prerre. — En pareil cas, je suppose, on dore la pilule, on tente du moins une justification quelconque.
Le curé. — Crdinairement, mais pas toujours.
PIERRE. — Qu'a-t-on dit pour justifier le renvoi du Bill réparateur à six mois !
héhé siadaaus x
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». mt HU OR AP. !
Le cURÉ. — On a ne rendait pas & PIERRE. — Si Je Bill n
alors ne pas l’amender et le perfectionner ?
Le curé. — C”
PIERRE. — Faire saute
T une maison dont le plan n’est pas parfait, serait
un acte d’insigne folie.
LE curé. — Eh bien
lil n’est Pas moins insensé de vouloir tuer un Bill sous le prétexte qu’il n’est pas parfait.
PIERRE, — $j je me rappelle bien, M. je curé, on & même dit que le Bill réparateur ne valait pas le papier sur lequel il était imprimé.
Le curé. — Semblable hardiesse, si elle a eu lieu,
suppose un toupet aussi haut que le cap Tourmente.
PIERRE, — Je serais bien aise de connaître votre opinion sur la valeur de ce Bill.
LE curé. — Veuillez attendre, M. Pierre, ce point important viendra cn son temps.
PIERRE. — Enfin, M. le curé, les règles de la Chambre vont-elles permettre à la députation de discuter les détails du Bill, de proposer des amendements, ete ?
Le CURÉ. — Oui, M. Pierre, nous sommes rendus à cette phase de la procédure. Du moment qu’un Bill a subi ga deuxième lecture, la Chambre se
forme en comité général pour l’étudier dans ses détails. :
Pierre. — Allons, tant mieux! Assez de temps perdu jusqu'ici.
Le curé. — Vous allez bien voir autre chose, car c’est maintenant que le bal va commencer en bonne et due forme.
PIERRE. — Un bal, dites-vous ?
Le curé. — Oui M. Pierre, mais un bal masqué ; car si beaucoup de députés n’ont pas la crainte du Seigneur, ils ont celle des électeurs.
PIERRE. — Faites-vous allusion, M. le curé, à ce qu'on appelle l'obétruction !
LE cuRÉ. — Précisément. Vous connaissez, je suppose, le sens de ce mot.
PIERRE. — Jusqu'à un certain point.
Le curé. — L'obstruction parlementaire, dans le cas qui nous occupe, a été le blocus du Bill réparateur pour l’empêcher d’être lu en troisième lecture et de devenir loi.
PrerRe. — Il ne doit pourtant pas être impossible de briser cette rame déloyale.
Le curé. — C’est impossible, et vous allez le comprendre. Quand un Bill est discuté en comité général tout député a le droit de parler cent fois, s’il le veut, gur la même question, et peut recommencer le même jeu à chaque clause du Bill Un gouvernement se trouve, en pareil cas, complètement désarmé par les règles de la Chambre. Tout ce qu’il peut faire, c'est de forcer la députation à siéger sans interruption, comme cela a eu lieu.
PIERRE, — A quelle date, M. Je curé, le blocus, comme vous l’appelez, a-t-il commencé ?
LE CURÉ. — Le 31 mars, On Pourrait même dire qu'il est commencé immédiatement après la deuxième lecture du Bill réparateur, puisque, du 19 au 31 mars, l'opposition a empêché tout travail sérieux.
Pierre, —Quels ont été les fauteurs de l'obstruction ?
Le CURÉ. — Tous ceux qui avaient voté contre la deuxième lecture du Bill réparateur, c’est-à-dire l’op- Position libérale aidée d’une vingtaine de députés conservateurs Protestants qui s'étaient séparés de leur parti sur cette question.
PIERRE. — Le chef de l'opposition a-t-il protesté contre cette tactique déloyale ?
Le curé. — Nullement : au contraire, elle a eu lieu avec sa connivence.
PIERRE, — A quelle date le &ouvernement a-t-i] capitulé devant cette opposition factieuse ?
Le curé. — Quelques jours avant la fin de la durée légale du Parlement, le 12 avril, je crois.
PIERRE, — Combien de clauses du Bill avaient été adoptées ? .
Le cuRÉ. — 14 sur 112 qu’il comptait.
PIERRE, — La Preuve du blocus est évidente.
Cussion un peu sérieuse. Quant aux autres, elles n'étaient que la réédition des clauses de l’ancienne loi en vigueur au Manitoba, lorsque les catholiques étaient en possession d’écoles séparées,
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à memes. 82 “omiee ie
Pierre. — La durée des discours, — pour ou contre. le Bill réparateur, — prononcés par les deux partis, est-elle à peu près la même.
Le curé. — Voici le Hansard, et veuillez compter vous-même.
PIERRE. — Si mon addition est exacte, M. le curé, elle donne le résultat suivant : 645 colonnes pour les discours contre le Bill, et 182 pour les discours en faveur du Bill.
Le curé. — Votre calcul, M. Pierre, correspond exactement aux chiffres officiels.
Pierre. — Ces chiffres sont terriblement accusateurs, et permettent facilément de désigner les es du doigt.
Le curé. — Sont coupables — à des étris: divers — tous ceux qui ont coopéré directement à l’obstruction ou qui n’ont rien fait pour l’empêcher Cette page de notre histoire restera de beaucoup la plus triste et la plus honteuse.
PrErRE. — La session de janvier 1896 s’est donc terminée sans qu’on ait voté le Bill réparateur.
Le curé. — Oui, M. Pierre, bien qu’elle eût été convoquée spécialement dans ce but. Bien plus, on n’a pas même voté les subsides.
PIERRE. — Alors, la session entière a été un temps perdu.
. Le curé. — Complètement perdu.
Pierre. — Si encore ça ne coûtait rien !
- Le curé. — La question d’argent est chose secondaire, bien que la moyenne des frais d’une session soit
de 400,000 piastres. Si ce mal était le seul à déplorer, il n’y aurait pas lieu de trop insister.
PIERRE. — Votre historique de la fameuse session de 1896 est terminée, M. le euré, et cependant vous ne m'avez rien dit d’une nouvelle tentative de compromis faite, je crois, immédiatement après la deuxième lecture du Bill réparateur.
LE CURÉ. — Très bien, M. Pierre, un mot maintenant de cet incident.
PIERRE. — Je vous avoue que cette tentative de compromis m’a fait douter quelque peu de la sincérité du gouvernement.
Le curé. — Dites seulement que cette démarche manquait un peu de fierté et de dignité, et nous serons d’accord,
PIERRE. — C'est le moins qu'on puisse dire.
Le CURÉ. — Ay contraire, c’est ia seule réserve
PIERRE. — Je suis bien prêt à modifier toute manière de voir qui n’est pas en accord avec les faits Le don de raison n’a pas été donné à l’homme pour déraison ne.
Le CURÉ. — Eh bien ! M. Pierre, voici les faits :
TU een PU
88 MÉLANGES HISTORIQUES vous aves faite tout à l'heure, — ne prête guère à la critique.
Le curé. — Quelques jours après, les premières instructions furent modifiées, et pleins pouvoirs furent donnés à la Commission d'effectuer avec le gouvernement manitobain tout arrangement quelconque, pourvu que cet arrangement fût accepté par la minorité.
Prrrres. — Si je comprends bien, la minorité restait juge en dernier ressort, elle était partie à l’arrangement, et rien ne devait valoir sans son acquiescement.
Le curé — Vous avez parfaitement compris.
Prerrs. — Du moment qu’on ne voulait rien conclure sans l'approbation de la minorité, je dois avouer franchement que ces nouvelles instructions ne prêtent pas plus matière à critique que les premières.
Le curé. — Vous avez maintenant la preuve que cette démarche ne comportait nullement un manque de sincérité de la part du gouvernement.
Pierre. — Quel fut le résultat de ces négociations, ”£. le curé ?
Le curé. — Il fut ce qu'il était facile de prévoir, absolument nul. “ Le plan proposé, répondit le gouversement libéral de Manitoba, a pour objet d'établir
un système d'écoles séparées subventionnées par l'Etat. Cette proposition est inacceptable, ainsi que toute autre reposant sur des principes analogues. ”
Prerre. — Cette déclaration démontre que le gouvernement fédéral réclamait des écoles séparées pour la minorité.
Le curé. — C'est évident.
PrerR2.— Pensez-vous que la minorité eût accepté cet arrangement si les deux gouvernements fussent arrivés À une entente ?
Le curé. — Je ne Je crois pas. Dans tous les cas, elle n’a pas eu à se prononcer puisque les négociations ont échoué.
PIERRE, — Si] Y avait eu compromis entre les deux Souvernements, pouvait-il valoir quelque chose sans
Le curé. — Absolument rien, le gouvernement même de Manitoba l'a admis en disant dans sa réponse :
“Tout règlement devra être sujet à l’assentiment d’une tierce partie, et lors même qu’il recevra l’approbation unanime des deux Rouvernements, cette approbation ne vaudrait rien sans l'approbation des représentants de la minorité. ”
PIFRRE. — Ce principe admis, il s'ensuit donc que le compromis Laurier-Greenway non seulement ne vaut rien en soi, puisqu'il ne concède rien ; Mais ne vaut rien pour défaut de forme, puisque la minorité n’a pas été consultée, n’a pas donné son consentement, et le répudie énergiquement.
Le curé. — Je l'ai déjà écrit dans la Semaine religieuse il n’est pas né viable. 3
PIERRE. — Ces explications, je l’avoue, ne permettent plus de dout-r raisonnablement de la sincérité du gouvernement en cette circonstance.
Le CURÉ.— Un mot maintenant de la valeur du Bill réparateur, Pour répondre au désir que vous m'avez exprimé tout à l'heure.
PAÈNE dé
PIERRE. — On a dit qu’il n’était pas parfait.
Le cuRÉ. — Aucune œuvre humaine n’est parfaite. S'il n’était pas parfait, on aurait dû le perfectionner et non attenter à sa vie.
PIERRE. — On a prétendu qu'il ne valait rien. On l'a qualifié de Bill mystificateur.
Le curé. — Et le mot a fait fortune.
Prerre. — Les élections du 23 juin l'ont prouvé.
Le cuRÉ. — Aligner 112 clauses d’un Bill et les rédiger de manière à ce qu’elles ne veulent rien dire, serait même une tâche au-dessus des forces de Léo Taxil, le plus insigne mystificateur qui ait jamais existé.
PIERRE. — Le qualificatif mystificateur convient peut-être mieux au compromis Laurier-Greenway ?
LE CURÉ.— Infiniment mieux. Sous ce rapport, c’est un vrai petit chef-d'œuvre.
PIERRE. — A-t-on essayé de faire la preuve que le Bill ne valait rien ?
Le CURÉ. — On n’a pas même tenté un commencement de preuve.
PIERRE. — Dans ce cas, on peut se contenter de nier ce que l’on affirme gratuitement.
Le cuRÉ. — Sans doute, rigoureusement parlant. PIERRE. — On a dit aussi qu’il ne rendait pas suffsamment justice.
Le curé. — C’est ainsi que l’iniquité se ment à elle-même, car c'était admettre par là même qu'il rendait justice dans une certaine mesure du moins.
Pere. — S'il ne valait rien, ilest incompréhensible que les protestants fanatiques se soient rués sur lui
avec tant de rage ; si le compromis vaut quelque chose, il n’est pas moins incompréhensible qu’il ait trouvé grâce à leurs yeux.
Le curé. — Les sectaires ont un instinct qui les trompe rarement, soyez en sûr.
PIERRE. — J'ai déjà eu l’occasion de le remarquer. Leur sagacité se montre souvent supérieure à celle Le curé. — Tenez, M. Pierre, vous allez peser vous-même la valeur du Bill réparateur. Mettez dans un des plateaux de la balance les faits suivants : il a été préparé par le ini re de la justice, il est calqué
avant 1890, il est passablement identique à la loi éroire de la province de Québec, il à été analysé et trouvé satisfaisant par l’éminent avocat de la minorité catholique ; lEpiscopat l’a déclaré suffisant et praticable après un examen sérieux, une foule de jurisconsultes et de personnes compétentes se sont prononcés dans le même sens.
Mettez dans l’autre plateau de la balance les anathè. nes — sans preuves justificatives — d’un vertain nombre de politiciens intéressés, dont la plupart n'étaient pas meilleurs juges que le Commun des mortels, et dites-moi lequel des plateaux l'emporte sur l’autre.
. Prenne — Si] n’y a rien de plus à mettre dans le dernier plateau, M. le curé, poser la question, c’est la résoudre ; l'inégalité des deux plateaux crève véritablement yeux. :
- Le curé. — De ceux qui ne sont pas aveugles.
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s OU. PA A à Lo É
Prerrr. — I] est sans doute absurde de prétendre que le Bill réparateur ne valait rien, mais il n’en est Pas moins vrai qu’il n’attribuait aucune somme d'argent pour le fonetionnement des écoles catholiques. .
Le cuRÉ. — Le Parlement fédéral n’a aucun contrôle
Mais il pouvait adopter une loi, affectant au soutien des écoles catholiques, une part du revenu que donnent les terres qu'il a réservées au Manitoba pour les fins
- d'éducation. L'union des catholiques sur ce point
comme sur les autres, aurait assuré la passation de cette “loi que le gouvernement n’aurait certainement
lacune n’était pas irrémédiable.
LE cURÉ. — I] ne faut pas oublier, non plus, que le Bill réparateur donnait à la minorité catholique le droit de se cotiser pour le soutien de ses écoles, et la libérait de l'obligation de payer pour des écoles dont elle ne peut ier en conscience.
PIERRE. — I] n’est done pas exact de dire que le Bill n’améliorait nullement la position des catholiques sous le rapport pécuniaire.
Le cuRÉ. — C’est évident, puisqu'il les exemptait de payer pour le soutien des écoles protestantes.
PIERRE. — Si on eût voulu être de bon compte, combien d’heures aurait-il fallu pour discuter suffi. samment et adopter les clauses du Bill.
Le curé. — 36 heures à peu près, c’est-à-dire cinq ou six séances ordinaires. La députation avait eu non-
ee, @
MÉLANGES HISTORIQUES 98 seulement le temps d'étudier Parfaitenent le Bill,
: . le députés avaient eu le temps de l’apprendre
leur Pater, même ceux qui ont une mémoire ji
Pourraient être votés en troisième lecture.
Le curé. — Oui, bien peu, même avec des sessions de douze mois au lieu de quatre.
PIERRE. — La Position prise par l'opposition sur cette Question, est vraiment inexplicable, et je conçois Moins que jamais le vote des catholiques aux élections de juin 1896.
Le CURÉ. — C'est vrai - mais ces députés
Es mor aan gene
Prerres. — On peut donc ne pas se soumettre et. se soumettre en même temps.
Le curé. — Non pas ; mais on peut bien colorer un acte d’insubordination, .et c’est ce que l’on a fait. Nous voulons ce que veut l’Episcopat, disaient au peuple les candidats libéraux, — justice pleine et entière pour la minorité catholique — mais nous différons sur la procédure. Les moyens sont chose secondaire, pourvu qu’on arrive au même but. Nous aurions volontiers voté pour le Bill réparateur, mais nous pouvons obtenir beaucoup plus, tout obtenir par la conciliation. Notre chef, canadien-français et catholique comme nous tous, est le seul homme capable de régler la question scolaire à la satisfaction des parties intéressées. D’ailleurs, ajoutaient-ils, voici une déclaration écrite par laquelle je m'engage à voter, au Parlement, en faveur d’un Bill approuve par l’Episcopat, si la conciliation n’aboutit pas. Pour résumer, ils promettaient même plus que les candidats conservateurs.
Prerre. — C’est justement pour cette raison qu’on aurait dû se méfier. Les grands __— sont généralement grands blagueurs.
Le curé. — M. Laurier tenait à peu près le même lang . Vous l’avez entendu dire à Portneuf, le 20 mai . Je veux justice complète. Quon me donne une majorité comme celle de Sir Charles Tupper, et . je règlerai la question à la satisfaction des intéressés.
Pierre. — Oui, M. le curé, j'ai entendu les paroles que vous venez de rappeler.
Le curé. — Le lendemain, à Lévis, il disait : C’est
CRM
D A dE AE
BP 4n7
avec le concours d'hommes
bre contre toute législation Le CURÉ. — Je n’en sais rien
modifier son attitude.
PIERRE. — ]j aurait donc eu peur !
Le curé, — Dans tous les cas, il opéra un mouvement. de recul.
Pierre. — Momentané seulement, Puisque la cam- Pagne finie il reprenait sa première position.
Le curé. — Tout de écrit. Il est donc évident que l'en
tion scolaire a été empêchée
fait
OP T +rregt renom qunonmrmes
eme
* contre l’Episcopat, était donc souverainement injuste. Ÿ
Le curé. — D'autant plus qu’il ne faisait qu’accomplir un devoir auquel il ne pouvait se soustraire.
Prerre. — Il n’est pas sorti de son rôle, comme on Va prétendu.
Le curé. — Non, puisque la Question scolaire a un côté essentiellement religieux.
Prerre. — Tous les candidats ont donc promis justice complète.
Le curé. — C’est ce qui explique le résultat des élections de juin 1896. Moins incrédule que S. Thomas, Je peuple a cru sur parole, et il a mis le parti libéral à. même de remplir'ses promesses, en lui donnant une majorité qui le rend indépendant des fanatiques.
Pierre. — Sa tâche est d’autant plus facile qu'il peut compter, — on me l’a dit du moins, — sur le concours des conservateurs.
Le curé. — C'est parfaitement vrai. Sir Charles Tupper a promis son concours à M. Laurier, si ce dernier veut régler la difficulté scolaire.
Prerre. — Le parti libéral n’a plus, puisqu'il en est ainsi, que deux alternatives : rendre justice complète, : 1mme il l’a promis, soit par voie de conciliation, soit par une loi réparatrice. |
Le curé. — Le quart d’heure de Rabelais est arrivé pour lui. Il doit tenir les promesses faites, sous peine de se déshonorer.
PIERRE. — Promettre et tenir, M. le curé, sont deux choses bien différentes en pratique.
Le curé. — Pour un homme d’honneur, M. Pierre,
te. à © nm