Le clergé conadien: se msi, ses œuvre, par L.-0. Davis
MÉLANGES HISTORIQUES z avons pas à défendre parce qu'il n'a pas
paternel, si judicieux, et qui est la confirmation de ce que nous venons de dire.
“ S'il est des circonstances, Nos Très Chers Frères, où nous sommes obligés d'élever la voix, pour rappeler aux fidèles confiés à notre sollicitude leurs devoirs à lPégard de la puissance civile, c’est surtout à ls suite des malheureux événements qui viennent de se passer dans le district de Montréal, et qui sont aujourd'hui le sujet de la plus amère affliction pour les habitants de cette Province.
“ Vous le savez, N. T. C. F., des hommes aveuglés par patriotisme mal entendu se sont efforcés de faire prévaloir en ce pays des doctrines propres à favoriser Vinsubordination. Eh bien ! ces funestes doctrines ont produit leurs fruits : un nombre considérable de nos concitoyens qui les avaient adoptées, sans en prévoir les déplorables résultats, sont déjà devenus les victimes de leur trop confiante crédulité.
“ Quelque pénible qu’il soit à notre cœur de vous remettre devant les yeux des faits si propres à vous contrister, nous ne pouvons cependant nous en dispenser, parce qu’ils nous fournissent l’occasion de vous provoqués.
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“ Sans doute, N.T.C.F., et nous éprouvons une vive consolation à le reconnaître, sans doute que ces mêmes doctrines n’ont eu.qu’un bien petit nombre de partisans dans ce diocèse, et que la très grande majorité s’est toujours montrée loyale et fidèle au gouvernement. Mais ce petit nombre fait partie du troupeau que la
divine Providence nous a chargé d’instruire : nous
en rendrons compte au souverain pasteur des âmes ; et ce serait manquer essentiellement à notre devoir que de ne pas faire ce qui dépend de nous pour le désabuser et le ramener de son égarement.
“ I n’est pas nécessaire d’entrer ici dans un long détail des autorités sur lesquelles est fondée cette soumission que tout fidèle doit à la puissance établie. Les principes de notre sainte religion sont là-dessus si clairs et si précis qu'aucun catholique, qui veut demeurer tel, ne peut les révoquer en doute. Qu'il nous suffise de savoir, N. T. C. F., que l'Eglise conduite par V’Esprit-Saint, et s'appuyant des leçons aussi bien que des exemples de Notre Seigneur Jésus-Christ et de ses apôtres, n’a cessé d'enseigner à ses enfants qu’il faut rendre à César ce qui est à César (Marc, xni, 17) ; que tous doivent être soumis aux puissances supérieures
-qui les régissent civilement (Rom, xum), et cela non pas par la crainte des suites de la rébellion, mais par un
devoir indispensable de conscience (Ibid. 5) ; que c’est résister à Dieu même que de résister aux puissances, el s’ezposer à tout le poids de la vengeance céleste, Qui autem resistunt ipsi sibi damnationem acquirunt...(Ibid) ; et
comme le dit encore le bienheureux apôtre saint Pierre,
il faut toujours demeurer soumis à l'autorité publique, sous quelque forme qu'elle se présente (1 Permi, n1, 18, 14) : Subjecti igitur estole omni humanæ creaturæ, sive regi...sive ducibus...parce que c’est la règle immuable de la Providence, la volonté expresse de Dieu : Quia sic est voluntas Dei (Ibid. 15).
“Après ces déclarations si formelles de l’Ecriture, auxquelles nous pourrions ajouter le témoignage de tous les Pères de l'Eglise ; que l’on vous dise que vos pasteurs, en vous recommandant la soumission aux autorités, s’écartent de la ligne de leur devoir, et qu'ils interviennent dans les questions politiques qi ne sont pas de leur ressort, il n’en est pas moitis vrai, aux yeux de tout bon catholique, qu'ils ne font qu’enseigner une vérité de tous les temps, une vérité qui est une des principales bases de la morale chrétienne, une vérité qu'ils ne:peuvent taire à leurs ouailles sans se rendre . “Que, par des voies légales et constitutionnelles, on cherche à remédier aux abus dont on croit avoir raison de se plaindre, c’est un droit que nous ne prétendons contester à personne ; mais que pqur y parvenir l’on ait recours à l'insurrection, c’est employer un moyen, nous ne disons pas seulement, inefficace, imprudent, funeste à ceux-mêmes qui en font usage, mais encore criminel aux yeux de Dieu et de notre sainte religion ; c’est, sous un prétexte d'éviter un mal, se jeter dans un abîme de maux irréparables ; et l’expérience de tous les siècles démontre que nous n’avançons rien ici qui ne soit conforme à la plus exacte vérité.
‘“ En effet, si nous parcourons les pages de l’histoire, nous ne voyons presque aucune révolution qui n'ait été la cause des plus grands désastres ; le sang répandu par torrents, les familles plongées dans le deuil ou réduites à la misère par la mort violente de leurs soutiens, les propriétés dévastées, détruites ou enlevées à leurs légitimes possesseurs ; ce n’est là qu’un faible tableau des malheurs enfantés par les révolutions ; et nous le répétons avec larmes, ces malheurs nous venons de les voir fondre en partie sur une des plus florissantes portions de notre pays.
‘“ Ainsi, N.T. C.F, lorsque nous nous efforçons de vous convaincre de «te obligation que l’évangile ‘ nous impos à tous, d’être soumis à l'autorité, nous n’entendons pas seulement vous porter à la pratique d’un devoir prescrit par la religion, nous voulons encore vous préserver des maux dont nous venons de faire l’affigeante énumération, nous voulons assurer votre bonheur, celui de vos familles et celui de la société.
‘“ Et sur ce point vos pasteurs ne méritent-ils pas d’être écoutés ? Seraient-ils les seuls qui n’auraient pas la liberté d’ouvrir la bouche pour vous éclairer sur vos véritables intérêts ? pourriez-vous croire qu’en vous engageant à une obéissance loyale, ils aient en vue de les compromettre ? Non, N.T.C. F., leurs efforts constants et leurs généreux sacrifices pour avancer la prospérité du pays ne permettent pas de former un soupçon si injurieux : leur conduite dans tous les temps est une preuve sans réplique de l'affection qu'ils
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portent à leurs concitoyens ; cile leur assur: un droit incontestable à votre confia :e.
“Nous avons done l’espoñ: qe vous ;rêterez une oreille attentive à nos exhortations et à celles de nos dignes collaborateurs dan le saint ministère : que vous envisagerez plus sérieusement que jamais tout ce que la guerre civile entraînerait de conséquences affreuses pour notre chère patrie ; et que sans renoncer à vos privilèges politiques, vous vous attacherez à montrer, tant par vos actions que par vos paroles, que vous êtes remplis de cette loyauté et de cette fidélité au gouvernement de la Grande-Bretagne, que vos pères vous ont. laissées pour héritage, et qu’ils ont __ d’une fois prouvées aux dépens de leur vie.
‘“ Mais ce n'est pas assez, N.T. C. F., que nous vous invitions à vous tenir en garde contre tout ce qui pourrait troubler la paix dont vous avez joui jusqu’à ce jour, nous devons encore vous presser de lever vers le ciel vos mains suppliantes pour obtenir du Dieu des miséricordes qu’il daigne conserver cette heureuse paix au milieu de vous, et de la rétablir dans cette partie de la Province où elle a été malheureusement troublée... ”
Quand on a lu ce mandement, on s'étonne à bon droit, de l’injure gratuite qu’un pamphlet récent ose adresser au clergé dans les termes suivants : “ mais on croit qu’il aurait pu agir de manière à convaincre les patriotes que si son devoir l’obligeait de les désapprouver, ses sympathies n'étaient pas avec les oppresseurs de son pays. ”
La voix de l’Evêque de Québec fut entendue et + écoutée par ses diocésains. Très peu prirent part à l'insurrection, et, le 6 février 1838, il adressait un nouveau mandement ordonnant des prières publiques pour remercier Dieu d’avoir rétabli la tranquillité dans le pays. On peut dire que cette pastorale n’était que ie commentaire des paroles : ‘ Aimez-vous les uns les autres. ”
Non, ‘la conduite de notre clergé ne donne pas à l’historien le droit de l’accuser de sympathie pour l’oppresseur. Sans son attitude, le mouvement eût certainement été plus général, nrais il eût été étouffé tout de même, et nos libertés religieuses auraient sombré avec nos .libertés politiques.
Ce n’est pas l’attitude du clergé qui a valu, à beaucoup des nôtres, la prison, l’exil et l’échafaud, mais les appels à la révolte des chefs du mouvement insurrectionnel. Les mensonges historiques ne sauraient jamais prévaloir contre la vérité que les documents mettent en pleine lumière.
L’insurrection de 1837 ne fit pas long feu. Commencée le 7 novembre, elle était complètement étouffée quelques semaines plus tard, — ce qui démontre bien qu'elle n’avait aucune chance de réussir.
A la suite des combats qui eurent lieu, le district de Montréal fut mis sous la loi martiale, l’Angleterre suspendit la Constitution de.1791, et Colborne reçut l’ordre de former un Conseil spécial de 22 membres, dans lequel il fit entrer 11 Canadiens français.
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