‹ Mélanges inédits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 111 sur 118 · RAISONS PLUS PARTICULIÈRES CONTRE CETTE DÉFENSE · texte numérisé non relu

RAISONS PLUS PARTICULIÈRES CONTRE CETTE DÉFENSE

Elle est inutile : parce que le propriétaire sait, beaucoup mieux que le Ministre, si ses vignes lui sont à charge, ou non; il calcule bien exactement; 15 et, comme la manufacture des vignes demande beaucoup d'avances, de frais et de soins, pour peu qu'elles ne rendent point, il est porté naturellement à les arracher, et à convertir sa terre en une autre nature de revenu, moins incommode. 20

D'ailleurs, cette défense est pernicieuse : car, ou elle est générale pour tout le royaume, ou non. Si elle est générale, la France, fournissant de vin la partie du Nord de l'Europe, concurremment avec les pays de la partie du Midi, lesquels ont des vignobles 25 comme elle, défendre de planter en France, c'est encourager les autres peuples à le faire.

Que si la défense n'est que particulière pour la Guyenne, elle est encore pernicieuse.

En voici les principales raisons.

La Guyenne, comme nous avons dit, doit fournir 5 à l'étranger différentes sortes de vins, dépendantes de la diversité de ses terroirs. Or le goût des étrangers varie continuellement, et à tel point qu'il n'y a pas une seule espèce de vin qui fût à la mode il y a vingt ans qui le soit encore aujourd'hui; au lieu que xo les vins qui étoient pour lors au rebut sont à présent très estimés. Il faut donc suivre ce goût inconstant, planter ou arracher en conformité.

Secondement, dans une partie de la Guyenne, il faut arracher les vignes tous les trente -cinq ou J5 quarante ans, et souvent mettre en blé ce qui étoit en vignes, et en vignes ce qui étoit en blé.

On conçoit aisément que tous ces changements ne peuvent pas être l'affaire d'un intendant. Outre que, presque toujours, il n'y entend rien, n'étant 20 pas du pays, il ne peut pas faire tout cela lui-même. Il faudroit donc que les propriétaires tombassent entre les mains des gens qu'il proposeroit (sic). On en voit de loin les inconvénients.

Troisièmement, enfin, cette défense est perni-

25 cieuse en ce qu'elle est trop bornée : car, les autres

provinces étant dans la liberté de planter, elles le

font indifféremment, pendant que la Guyenne ne

peut pas seulement planter ses terres incultes.

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