MATÉRIAUX
Ceci n'est point entré dans la nouvelle correction. Lorsque je tirerai parti de cet ouvrage, on verra Vusage qu'il faudra faire de ces matériaux.
5 Les qualités de l'enfantétant donc relatives à celles du père et de la mère, elles tiennent de toutes les deux, et il en résulte une troisième sorte de caractère qui passera de génération en génération, si les causes qui concourent à le conserver sont plus fortes que
lo celles qui concourent à le détruire. Les histoires nous apprennent que tous les princes de la maison carlienne eurent l'esprit foible. Il n'y a guère de pays où Ton ne vante la bêtise héréditaire de quelque maison. L'on voit que de pareilles remarques ne peuvent
15 guère se faire que sur les familles qui sont en spectacle aux autres hommes.
Depuis la conception jusqu'à la naissance, et depuis la naissance jusques au temps où l'enfant cesse de croître, le cerveau se développe insensiblement, et la
20 Nature est si sage que le terme de son accroissement
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est ordinairement le point de la plus grande perfection où il puisse être pour recevoir des idées. Mais, s'il arrivoit par hasard qu'il se trouvât parfaitement formé avant que le tout eût cessé de croître, vous voyez que, ses fibres grossissant, il perdroit cette dis- s position de perfection qu'il avoit déjà acquise. Ainsi on peut dire qu'il n'y a pas de préjugé plus certain dans les enfants pour la sottise à venir que l'esprit qu'on leur remarque d'avance.
Les fibres grossissent et se fortifient beaucoup par le travail. Dans le repos, les parties rameuses et oléagineuses du sang s'arrêtent dans les cellules graisseuses, toujours ouvertes pour les recevoir. Mais, dans le mouvement, les parties nutritives sont appe- 15 lées jusques aux extrémités des fibres; la force de la circulation les applique et les insinue sur les fibres et dans les intervalles de ces fibres. La fibre doit donc -devenir plus grosse, plus solide et plus compacte.
On remarque que, de deux parties du corps qui ont 20 les mêmes fonctions, celles dont on fait plus d'usage sont mieux nourries et sont plus fortes. On a observé aussi que les gens de travail sont plus difiiciles à purger, et que les autres remèdes de la médecine font sur eux moins d'effet. Leurs fibres sont donc 25 plus dures, plus massives, plus grossières; elles résistent mieux aux irritations et aux picotements des remèdes.
Non seulement le travail épaissit les fibres, il les durcit encore peu à peu. Voici comment je conçois 30 que cela se fait. L'action des muscles est un mouve-
ESSAI SUR LES CAUSES l5r
ment de contraction. Le suc nerveux, entrant dans^ ks vésicules musculeuses, les rend plus dures et plus tendues. Les fibres charnues sont pressées; le san^ qu'elles contiennent en est chassé, et il n'en peut 5 plus entrer de nouveau. Bientôt le sang, après avoir rempli les vaisseaux voisins, presse plus fortement les vésicules musculeuses que le suc nerveux même, force le passage et entre avec d'autant plus de force qu'il a été arrêté plus longtemps. Il se fait donc une
lo espèce de combat entre le sang qui abonde au muscle, et qui presse les nerfs, et le suc contenu dans les mêmes fibres musculeuses, ou plutôt il s'en fait deux : l'un, pour l'intromission des esprits et par le refus de l'intromission du sang; et l'autre, pour
ï5 l'intromission des esprits (sic) et par le refus de l'intromission du sang (sic). Ainsi, outre l'action et la réaction des deux liquides,, il y a encore l'action et la réaction des parties solides, qui y est proportionnée. Il en arrive donc que les liquides battent avec force
20 les parois des solides, et que les solides, dont les fibres sont grossies par un suc épais, se frottent et se durcissent à peu près comme se durcit la main d'un ouvrier qui s'est longtemps frottée contre un manche de bois.
>5 Une certaine humidité de l'air, de certaines nourritures, l'usage de certaines boissons rendent les fibres de quelques peuples épaisses. Cela fait, en partie, qu'ils ont, comme j'ai dit, moins de vivacité.
30 Par les artères carotides et vertébrales, il monte au cerveau beaucoup plus de sang que la proportion
de la grandeur de la tête à celle du reste du corps ne semble le demander. Il y est donc porté pour un usage particulier. C'est pour filtrer ou séparer un suc ou un esprit nerveux. C'est dans la substance corticale du cerveau que se fait cette séparation; d'où s l'esprit nerveux peut passer dans la substance médullaire, et de là, dans les nerfs.
Ceci doit être une grande cause de la variété qui se trouvera dans les caractères et les esprits des peuples de divers climats, et qui suivra la disposition plus ou '^ moins grande du sang à la filtration du suc nerveux.
La vivacité de notre esprit, notre inconstance, la légèreté de notre caractère, la joie qui règne parmi nous, peuvent nous faire croire que nous sommes aussi bien pourvus d'esprits animaux qu'aucune na- 'S tion du monde.
Outre cela, le suc des plantes de chaque pays, en particulier, lesquelles nous nourrissent, peuvent causer des changements encore plus grands. *<>
Il faut pourtant avouer qu'il doit entrer peu de ces métaux ou de ces minéraux dans le sang. Ils y feroient de trop grands ravages et les maladies de tant d'artisans, que l'on peut voir dans le traité de Bernard *5 Ramazini ^ Il faut que, dans les pays des mines, il n'en entre qu'autant qu'il sufiît pour affecter les corps, et pas assez pour leur nuire à un certain point.
Il est vrai que, lorsqu'on a souvent changé de cli-