‹ Mélanges inédits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 78 sur 118 · I. De Marbis Artificum · texte numérisé non relu

I. De Marbis Artificum

mat, on le fait sans danger dans la suite ; car les solides n'ont jamais pris un pli absolument fixe \ et quelque changement qui leur arrive, ou au sang, ils s'y prêtent toujours.

5 L'air, chargé de particules de la terre, a, dans chaque climat, des qualités spécifiques analogies aux remèdes de la médecine, qui emploie les métaux, les minéraux et les sucs des plantes. Aussi changeons-nous rarement d'air qu'il ne se fasse sur nous

10 l'effet de quelque remède. Mais le mal est que le remède, donné par le hasard, est pris presque toujours mal à propos.

I . D'ailleurs, le sang n'est pas composé de sucs de plantes d'un seul pays. Le changement est donc moins grand.

Il est inutile d'attaquer directement la politique en faisant voir combien elle répugne à la morale, à la raison, à la justice. Ces sortes de discours persuadent tout le monde et ne touchent personne. La politique 5 subsistera toujours pendant qu'il y aura des passions indépendantes du joug des loix.

Je crois qu'il vaut mieux prendre une voie détournée et chercher à en dégoûter un peu les grands par la considération du peu d'utilité qu'ils en reti- 10 rent. Je la discréditerai encore en faisant voir que ceux qui ont acquis le plus de réputation par elle, ont abusé de l'esprit du peuple d'une manière grossière.

La plupart des effets arrivent par des voies si singulières, ou dépendent de causes si imperceptibles 15 et si éloignées qu'on ne peut guère les prévoir ».

On peut de plus poser pour maxime générale que toute révolution prévue n'arrivera jamais ; car, si un grand politique n'a pas affaire à des gens si habiles que lui, il n'a pas affaire non plus à de si grandes 20 bêtes qu'elles voient les malheurs prêts à tomber sans les conjurer.

La vérité de ceci sera reconnue par tout le monde,

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