‹ MélangesChapitre 100 sur 269 · XXI. CâBâNIS. -> SIX PREMIERS MÉMOIRES · texte numérisé non relu

XXI. CâBâNIS. -> SIX PREMIERS MÉMOIRES

données sembleraient presque suffisantes pour expliquer les dispositions, les goûts et les habitudes générales des femmes ; elles aimeront de préférence les travaux qui demandent plus d'adresse que de vigueur, elles s'exerceront plutôt sur des petits objets, et par conséquent leur esprit acquerra plus de finesse et de pénétration que de force et d'étendue, etc. En analysant ainsi les détails d'un assez grand nombre de faits relatifs à l'économie animale dans les deux sexes, et en comparant ces faits entre eux, on entrevoit les raisons des différences et des ressemblances les plus remarquables.

Mais, lorsqu'on en vient aux considérations morales, le tableau qui se présente est infiniment plus vaste, les objets en sont infiniment plus variés et plus nombreux, et, comme l'avoue le C. Cabanis, il n'est pas aisé de démêler avec précision les causes de tant de phénomènes confus. Tout ce qu'il dit sur les différences essentielles qui caraclérisent la nature morale, pour ainsi dire, des deux sexes, sur les inconvénients auxquels s'exposent les femmes qui affectent des qualités ou des habitudes qui ne doivent pas leur appartenir, est plein de justesse et de la plus saine raison. Peut-être néanmoins n'a-t-il pas assez modifié certains principes généraux qu'il établit, et auxquels le perfectionnement de l'art social et les excellentes réflexions du C. Cabanis lui-même, à la fin de ce mémoire, doivent nécessairement apporter quelques restrictions. « Il faut, dit-il, que l'homme soit fort, audacieux, entreprenant ; que la femme soit faible, timide, rusée. Telle est la loi de la nature, etc. » Sans doute la nature a fait l'homme plus fort que la femme, et de cette différence naturelle résultent les qualités et les grâces mêmes propres à chaque sexe ; mais, comme la raison perfectionnée apprend à Thomme à n'être ni audacieux, ni entreprenant contre la justice, cette même raison apprend à la femme à n'être ni faible ni timide dans les circonstances où les qualités opposées lui deviennent nécessaires. Quant à la ruse, c'est l'arme que le faible opprimé oppose à l'oppresseur injuste, et dans un système de choses bien ordonné cette arme doit deve*

nir inutile. J -J. Rousseau, l'un des écrivains qui ont peint, avec le plus de charme et de vérité, les femmes telles qu'elles sont, avec leurs qualités et leurs défauts, n'a peut-être pas aussi bien vu ce qu'elles pourraient être pour leur bonheur et pour le nôtre. Ses idées sur cet objet, quoique présentées avec toute la magie de cette éloquence vraiment entraînante, dont aucun écrivain peut-être n'a possédé le secret au même degré que lui, sont la plupart du temps incohérentes ou fausses ; il semble n'avoir vu dans les femmes que les objets de la sensualité des hommes, ou de cet amour délirant et enthousiaste qui fait à la fois le charme et le tourment des beaux jours de notre jeunesse, mais dont l'influence ne peut, sans le plus grand inconvénient, s'étendre sur un âge plus avancé ; et sous ce rapport il est impossible de combattre les funestes impressions qui peuvent résulter des ouvrages de Rousseau, avec plus de force et de véritable supériorité que ne l'a fait le C. Cabanis dans les divers passages que je vais transcrire : « Non, l'amour, dit-il, l'amour, tel que le développe la nature, n'est pas ce torrent effréné qui renverse tout: ce n'est point ce fantôme théâtral qui se nourrit de ses propres éclats, se complaît dans une vaine représentation, et s'onivre lui-même des effets qu'il produit sur les spectateurs fascinés : c'est encore moins cette froide galanterie, qui n'a pas même, en se jouant dans l'expression recherchée des sentiments tendres et délicats, la prétention de tromper la personne à laquelle ils s'adressent... Sous lo régime bienfaisant de l'égalité, sous l'influence toute-puissanto de la raison publique, libre enfin de toutes les chaînes dont l'avaient chargé les absurdités politiques, civiles ou religieuses, étranger à toute exagération, à tout enthousiasme ridicule, l'amour sera le consolateur, mais non l'arbitre de la vie ; il l'embellira, mais ne la remplira point, car, lorsqu'il la remplit, il la dégrade, et bient6t il s'éteint lui-même dans les dégoûts... »

Les anciens, qui étaient éminemment doués du génie de Tobservation, avaient bien remarqué qu'à certaines formes

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