XXI. CABANIS. — SIX PREMIERS MÉMOIRES. 2tt
de ses principes est tellement frappante d'évidence, qu'il est aisé de pressentir que le progrès des lumières ne fera que les confirmer.
En effet, on voit dans toute la suite des faits que présentent les révolutions physiques qui caractérisent les époques de l'âge mûr et de la vieillesse, la cause immédiate de phénomènes moraux que présentent généralement ces mêmes époques ; ainsi i'é.ge mûr est marqué par les affections hypocondriaques et mélancoliques, par les passions ambitieuses, tristes et personnelles, parce que, bien qu'alors l'organisation ait acquis le plus grand degré d'énergie, la faculté de sentir n'a plus néanmoins cette flexibilité précieuse, cette fleur de délicatesse, si je puis m'exprimer ainsi, qui est le principe des affections douces, des sentiments nobles et désintéressés ; il semble que la rigidité des organes communique aux impressions, et mémo aux opinions cette persistance et cette opiniâtreté qui les caractérisent à cette époque.
Il en est de même à peu près de la vieillesse dans certains cas, avec cette différence que les solides acquérant encore plus de densité, plus de roideur, la faiblesse ou l'embarras des fonctions réparatrices diminue progressivement les forces du système nerveux, et que le principe même du mouvement s'affaiblit à mesure que les instruments deviennent moins capables d'obéir à son impulsion, d'où il résulte nécessairement qu'à raison des progrès de l'âge, les opérations de l'esprit doivent de jour en jour prendre plus de lenteur et d'hésitation, le caractère devenir de plus en plus défiant et timide : « La difficulté d'être augmentant dans une progression continueUe, le sentiment de la vie ne se répand plus au dehors ; une nécessité fatale replie sans cesse le vieillard sur lui-même, et son égoïsme est l'ouvrage immédiat de la nature. »
L'auteur explique avec beaucoup de sagacité et de netteté comment dans la vieillesse les impressions les plus récentes s'effacent aisément, et comment celles de l'âge mûr s'affaiblissent, tandis que celles du premier âge, au contraire, redevien-
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nenl souvent plus vives et plus distinctes. Je ne m'arrêterai pas sur Texplication de ce phénomène qui exigerait de trop grands développements ; mais les réflexions qui terminent cette intéressante partie du travail du G. Cabanis m'ont paru dignes de Tatlention de tous les hommes qui pensent. « La mort, dit-il, n'a rien de redoutable aux yeux de la raison : elle n'épouvante que les imaginations faibles qui ne savent jamais apprécier au juste ce qu'elles quittent et ce qu'elles vont retrouver; ou les âmes coupables, qui souvent au regret du passé, si mal mis à profit pour leur bonheur, joignent les terreurs vengeresses d'un avenir douteux. Pour un esprit sage, pour une conscience pure, la mort n'est que le terme de la vie, c est le soir d'un beau jour. ^^ Bacon avait recommandé aux recherches des médecins de son temps les moyens de rendre nos derniers moments heureux encore, ou du moins paisibles, et jamais, en efi'et, sujet ne fut plus digne d'exciter les efforts du génie. Le C. Cabanis se propose de développer avec étendue ses vues sur cette importante question, et ce sera un nouveau service qu'il aura rendu à la philosophie et à l'humanité.
Il est évident que les modifications apportées par le progrès dos années dans rorganisation physique de Thomme, ont, généralement parlant, la même influence sur celle de la femme; mais il existe incontestablement, d'un sexe à l'autre, des différences physiques et morales trop prononcées pour qu'elles ne méritent pas un examen attentif, et cet examen est l'objet du mémoire intitulé : De rinfluence des sexes sur le caractère des idées et des affections morales. C'est d'abord un fait certain que les fibres charnues sont plus faibles, et le tissu cellulaire plus abondant chez les femmes que chez les hommes. Or la faiblesse des muscles, qui résulte de cette constitution, inspire un dégoût d'instinct pour les exercices violents, ramène à des amusements et à des occupations sédentaires, donne lieu à une sensibilité plus active, à une mobilité plus grande dans le système nerveux, en sorte que les impressions, étant plus fugitives et plus multipliées, ont moins de persistance et de profondeur. Ces