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XXI. CABANIS. — SIX PREMIERS MÉMOIRES

acquièrent toute leur énergie à peu près aux mêmes époques ; et le plus souvent elles ont des degrés correspondants d'exaltation, n est aisé de voir que dans un pareil état organique les sensations seront extrêmement vives, et que, d'un autre côté, la tension et la roideur que ces humeurs si actives imprimeront aux solides et au système nerveux nuiront singulièrement à Taisance et à la facilité des mouvements. Mais laissons le C. Cabanis lui-même nous tracer la peinture animée des effets qui résultent de cette disposition des organes : « Les résistances, dit-il, qui se font sentir dans toutes les fonctions, le caractère acre et ardent que les dispositions ou la quantité de la bile impriment à la chaleur du corps, F extrême sensibilité de toutes les parties du système, donnent à Tindividu un sentiment presque habituel d'inquiétude. Le bien-être facile du sanguin lui est entièrement inconnu. Ce n'est que dans les grands mouvements, dans les occasions qui emploient et captivent toutes ses forces, dans les occasions qui lui on donnent la conscience pleine et entière, qu'il jouit agréablement et facilement de Texistence ; il n'a pour ainsi dire de repos que dans Tei^cessive activité. » Tels sont les traits caractéristiques du tempérament que les anciens ont désigné sous le nom de bilieux.

Maintenant, si, au lieu de ces poumons et de ce foie volumineux qui lui sont propres, on suppose une poitrine étroite et serrée, jointe à la constriction habituelle du système épigastrique, tout change de face. Les causes de résistance sont portées à peu près à leur dernier terme, la roideur originelle des solides s'accroît de plus en plus, les extrémités nerveuses sont douées d'une sensibilité vive ; les muscles sont très-vigoureux, la vie s'exerce avec une énergie constante^ mais elle s'exerce avec emban*as, avec une sorte de gêne. De là, des déterminations pleines d'hésitation et de réserve, des sentiments plus réfléchis, des appétits ou des désirs qui prennent plutôt le caractère de la passion que celui du besoin. C'est aux symptômes dont on vient do voir l'esquisse sommaire et rapide

que Ton peut reconnaître le tempérament mélancolique. Une autre circonstance, qui peut servir à expliquer la grande énergie et l'activité constante du cerveau dans les hommes de ce tempérament, c'est rinûuence particulière des organes de la génération, influence qui peut se présenter sous mille formes variées qui la dénaturent, mais que Tœil attentif de Tobservateur sait toujours démêler. « Il la reconnaît dans Taustérité d'une morale excessive, dans [les extases de la superstition, dans ces maladies extraordinaires qui font les prophètes et les pythonisses... Il retrouve cette influence de Tamour dans les idées et les passions qui paraissent le plus étrangères à ses impulsions primitives, et jusque dans les privations superstitieuses ou sentimentales qu'il s'impose à lui-même. »

Enfin, si, malgré la capacité plus grande de la poitrine et le volume des poumons, la production de la chaleur et la force de la circulation sont peu considérables, ce qui peut venir de la mollesse originaire des fibres et du défaut d'énergie dans le foie et dans les organes de la génération, il se formera une quantité d'humeurs inertes, de mucosités, qui, épanchées de toutes parts, gêneront et affaibliront de plus en plus les vaisseaux, émousseront la sensibilité des extrémités nerveuses, détruiront graduellement le ton naturel des fibres charnues et la force des muscles , etc. ; ce sera le tempérament piluiteux ou flegmatique des anciens. On devine assez quelles doivent être les habitudes et les afl'ections morales résultant d'un pareil état des organes; les sensations du flegmatique auront peu de vivacité, ses mouvements seront faibles et lents, et la tendance générale de ses habitudes le portera au repos ; il ne connaîtra ni cette inquiétude particulière au bilieux, ni la gaieté brillante et la vivacité qui caractérisent le sanguin, en un mot, « le flegmatique sent, pense et agit lentement et peu » .

A ces quatre tempéraments, parfaitement observés et décrits par les médecins anciens, mais dont ils ne soupçonnaient pas même les véritables causes, le Ci Cabanis en ajoute deux

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