‹ MélangesChapitre 105 sur 269 · XXI. CABANIS. — RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL · texte numérisé non relu

XXI. CABANIS. — RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL

on peut espérer de convaincre un être raisonnable, mais il est très-difficile d'amener à votre sentiment celui qui déclare ne pas sentir comme vous. Dans les siècles précédents, les catholiqueSy par exemple, les protestants, les luthériens ont été tour à tour persécuteurs et persécutés; il y a eu de tous les côtés une foule innombrable d'hommes massacrés, brûlés, tourmentés par les plus horribles supplices, et il ne paraît pas que personne, surtout aucun de ceux qu'on traitait avec tant de cruauté, ait jamais été convaincu.

Si donc un philosophe avait réussi à tirer la science de la morale, du nombre des sciences théologiques, pour en faire uu objet de spéculation et de démonstration accessible à la simple raison, bien loin de l'injurier et de le regarder comme coupable de lèse-majesté divine, il faudrait avoir pour lui beaucoup de reconnaissance, car il s'ensuivrait que les hommes qui diffèrent entre eux de tant de manières diverses sur les sentiments religieux, pourraient parvenir à n'avoir qu'une seule et même opinion sur la morale, et ce serait pour la société tout entière un bienfait inappréciable.

Nous avons cru devoir nous arrêter un peu sur cette objection, parce que déjà quelques journaux, en parlant de l'ouvrage du Cit. Cabanis, lui ont fait un reproche grave d'avoir traité sous le point de vue purement physiologique et philosophique cette question de la morale, qu'il ne s'était même pas proposé de traiter expressément, et dont il ne parle que parce qu'elle se trouve, pour ainsi dire, sur sa route, et qu'elle se lie d'ellemême aux autres objets qu'il voulait éclaircir, parce que dans le fait tout se lie dans un esprit bien ordonné, comme dans la nature qui est le sujet de ses contemplations. 11 est donc clair que les critiques du Cit. Cabanis ne l'ont lu que très-superficiellement, ou ne l'ont pas compris, et qu'en lui prêtant un raisonnement absurde, d'après une seule phrase de son introduction, qu'ils confondent avec la préface, ils ont prouvé que c'était de leur part un parti pris de décrier tout ce qui porte le nom de philosophie, sans se soucier le moins du monde des

intérêts de la vérité, ou des lois de la décence. A la bonne heure : c'est leur affaire bien plus que la nôtre, et les vrais philosophes ont plutôt lieu de se féliciter que de se plaindre que leurs adversaires aient adopté un système qui les rendra infiniment moins dangereux pour les esprits bien faits et pour les cœurs honnêtes. Mais revenons à Touvrage même du Cil. Cabanis.

Des douze mémoires qui le composent, les six premiers, formant le premier volume, avaient été lus dans diverses séances de rinstitut et insérés dans les deux premiers volumes du recueil de cette illustre société. Ceux-là sont connus de tous les lecteurs pour lesquels ce genre de spéculation peut avoir quelque intérêt. Les six derniers, qui forment le second volume et qui servent de complément aux précédents, n'ont été ni lus & rinstitut, ni imprimés. Nous nous bornerons à indiquer sommairement les objets qui sont traités dans les deux volumes, et nous regrettons d'autant moins d'être obligés de nous renfermer dans ces limites étroites, qu'aucune analyse ne peut dispenser délire et de méditer un ouvrage aussi neuf et aussi important. Le premier mémoire, qui sert comme d'introduction à l'ouvrage tout entier, contient des vues générales sur l'étude do l'homme, Tauteury trace un tableau rapide des progrès de cette vaste et importante étude, et montre que ceux qui ont le plus avancé la science qu'elle a pour objet, depuis les Grecs jusqu'à nos jours, ont presque toujours été des hommes qui avaient, relativement à l'époque où ils ont vécu, le plus de connaissances physiologiques, et il établit en conséquence que c'est désormais à l'étude approfondie de rhommo physique, que la connaissance de l'homme moral devra ses progrès ultérieurs. 11 trace le plan de son ouvrage et la série des objets qu'il se propose d'examiner en détail.

Le second et le troisième mémoire comprennent l'histnire physiologique des sejisations ; cette partie, qui sert de base à tout l'ouvrage, en est par là même la plus importante ; elle est aussi celle qui offre le plus de faits neufs et curieux, d'observations

Page 1