‹ MélangesChapitre 106 sur 269 · XXI. CABANIS. — RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL · texte numérisé non relu

XXI. CABANIS. — RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL

fines^ ingénieuses et fécondes en résultats intéressants ; en un mot, c'est là que l'auteur ouvre une nouvelle route aux écrivains qui voudront après lui pénétrer dans la connaissance de l'intelligence humaine ; et non-seulement il ouvre la route, mais il y pénètre lui-même fort avant ; il signale, si Ton peut s'exprimer ainsi, les divers embranchements par lesquels elle communique avec les autres parties de nos connaissances, et l'on peut dire sans crainte d'être démenti par aucun homme impartial, et qui ait quelque lumière sur ces objets, qu'il n'existe sur la théorie des sensations aucun ouvrage aussi compléta beaucoup près et aussi propre à faire faire à la science de l'homme des progrès également sûrs et rapides.

Dans les mémoires suivants, jusqu'au neuvième inclusivement, on cherche à déterminer, autant que cela se peut dans l'état actuel de nos connaissances, l'influence des âges, des sexes, des tempéraments, des maladies, du régime et du climat sur la formation des idées et des aflections morales. Une vaste série de faits les plus incontestables et les plus décisifs, liés entre eux de manière à s'éclairer et à s'appuyer réciproquement, présentés dans un style tout à la fois noble, simple et clair, la réserve la plus sévère, portée même jusqu'à la timidité, dans les déductions que leur authenticité et leur enchaînement pourrait l'autoriser à en tirer ; voilà ce qui caractérise cette partie du travail du Cit. Cabanis.

Le dixième mémoire, intitulé : Considérations touchant la vie animale y les premières déterminations, de la sensibilité, Finstinct, la sympathie, le sommeil et le délire, porte les mêmes caractères de sagacité, de sagesse et de retenue, et mérite les mêmes éloges : mais ici l'auteur profitant des forces qu'il a acquises, en quelque sorte, par son travail même, et par le vaste ensemble de faits et de phénomènes qu'il a eu occasion de rassembler et de méditer, s'élève à des spéculations d'un ordre plus important : on voit qu'il s'est rendu maître de toute la chaîne de ses idées, il la parcourt en tout sens avec plus de facilité, et nous dirions même avec plus de sûreté, si ce qui est

un mérite au point de sa course où il est alors parvenu, n'eût pas été peut-être un tort, ou du moins un inconvénient, avant qu'il fût arrivé jusque-là.

Enfin, dans le onzième mémoire, qui traite 6{e l'influence du moral sur le physique ; et dans le douzième, sur tes tempéraments acquis, Tauteur résume et présente sous un point de vue plus particulier ces deux parties de son travail. Tune en étant, pour ainsi dire, la base fondamentale, et l'autre une des divisions les plus intéressantes sous le double point de vue de la physiologie et de la morale.

Nous n'avons fait que présenter ici, en quelque sorte, la table des matières de Touvrage du Citoyen Cabanis, et c'est tout ce que nous pouvions faire dans une feuille de la nature de celle-ci. Au reste, l'auteur ne s'est point dissimulé que, dans la carrière toute nouvelle qu'il a ouverte, il y a sans doute un grand nombre d'observations qui ont pu lui échapper. « Je n'ai point, dit-il, la prétention de l'avoir parcourue jusqu'au bout; mais des hommes plus habiles et plus heureux achèveront ce que trop souvent je n'ai pu que tenter; et mon espoir le plus solide esl d'exciter leurs efforts, etc. » Nous n'ajouterons plus qu'une dernière observation sur le style de cet ouvrage : il est partout clair, noble, élégant et précis, comme nous l'avons dit; mais il a celasurlout de remarquable que les détails mêmes qui offrent le plus de prise à Timagination, qui sont le plus susceptibles de l'exalter et de l'égarer, sont traités avec un ton de gravité et de simplicité qui en peut rendie la lecture sans inconvénient même pour la plus pure innocence. En un mot, le langage du Citoyen Cabanis, traitant en médecin et en philosophe des divers organes de l'homme, de l'influence des sexes, etc., est beaucoup plus chaste, s'il faut le dire, que celui du Citoyen Chateaubriand, par exemple, dans le chapitre de lachasteté de son livre sur le Christianisme (1). Cela ne nous étonne pas sans

(1) [Génie du Christianisme, première partie, liv. I, chap. ix, sur le sacrement de rOrdre. Examen de la virginité sous les rapports poétiques.]

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