XXII. TRACY. — PROJET D'ÉLÉMENTS D'IDÉOLOGIE
doute, car cela devait être; mais le fait peut paraître assez singulier aux hommes à qui leurs préjugés religieux ou autres inspirent des idées si déplorables et si étranges sur ce qu'ils appellent la philosophie et les philosophes.
Projet d'Éléments d'Idéologie à Vusage des Écoles centraleSy par le C. Destutt-Tracy, membre du Sénat conservateur et membre associé de Tlnsti tut national. Un vol. in-8". A Paris, chez Pierre Didot Taîné, imprimeur, aux galeries du Louvre, n** 3; Firmin Didot, libraire,- rue de Thionville, n" 116; Debray, libraire, au Palais du Tribunal, galerie de bois. — {Décade y an X, 1" trimestre, 20 et 30 frimaire (11 et 21 décembre 1801), pp. 469 et 521).
PREMIER EXTRAIT
La science qu'on appelle idéologie, ou exposition de l'origine et de la génération des idées dans Tentendement, ne fait, pour ainsi dire, que de naître, ou du moins n'a été considérée et traitée comme une véritable science que depuis un assez petit nombre d'années, et. déjà elle a beaucoup d'ennemis et de détracteurs obstinés. Un cri presque général de proscription s'est élevé dans ces derniers temps contre la philosophie et les philosophes ; et comme l'idéologie est la base essentielle de toute saine philosophie, elle a dû avoir sa part dans la défaveur qui s'attachait à celle-ci. Heureusement que cet état de choses, quelque peu encourageant qu'il soit, n'a point effrayé le C. Tracy qui, dans l'ouvrage que nous annonçons, s'est montré le digne interprète des sentiments des vrais philosophes, comme il a été l'heureux promoteur de leur doc-
trine : voici comment il s'exprime à ce sujet dans sa préface : « Je vois qu'à la fureur de tout détruire a succédé la manie de ne rien laisser s'établir, et que, sous prétexte de haïr les écarts de la révolution, on déclare la guerre à tout ce qu'elle a produit de bon : c'est une mode qui a remplacé nos beaux airs. . . Il semble que ce soit déjà un usage gothique parmi nous que celui de cultiver sa raison et de l'affranchir du joug des préjugés, etc., etc. » Mais, continue-t-il, a comme au milieu de celte nouvelle lutte on peut être quelques années sans s'occuper de la science que je traite, et, par conséquent, de mon ouvrage, il est possible que, quand on le lira, la manie actuelle soit déjà oubliée; c'est pourquoi j'ai voulu en faire mention ici, afin que Ton se rappelle un jour qu'elle a beaucoup relardé les progrès de nos études, sans toutefois refroidir notre zèle, ni altérer notre tranquillité! »
Ce sont particulièrement les écoles publiques que l'auteur a eues en vue ; il voudrait que l'analyse des facultés de l'entendement, ou la science de l'origine et de la génération de nos idées, fît partie essentielle de l'enseignement dans nos écoles centrales, et il a raison : on ne pourra opposer à ce vœu que de misérables sophismes, ou les préventions les plus déraisonnables; mais de pareils obstacles s'anéantiront tôt ou tard devant la toute-puissance de la vérité, et, si quelque chose peut hâter un moment si désirable, c'est assurément l'ouvrage du C. Tracy, où la science des idées est exposée avec tant d'ordre et de netteté, son utilité prouvée avec tant d'évidence, qu'il est impossible qu'un esprit doué de quelque justesse et de quelque impartialité se refuse à la conviction qui en résulte.
Essayons de tracer une esquisse rapide de cette doctrine à la fois si simple et si féconde en résultats précieux et applicables à toutes les parties des connaissances humaine; montrons, autant qu'il nous sera possible, la liaison et l'enchaînement des idées de l'auteur, qui a éminemment le mérite de présenter dans un ordre parfait, et avec une méthode extrême-