‹ MélangesChapitre 108 sur 269 · XXII. TRACY. ~ PROJET D'ÉLÉMENTS D'IDÉOLOGIE · texte numérisé non relu

XXII. TRACY. ~ PROJET D'ÉLÉMENTS D'IDÉOLOGIE

ment lumineuse, les vérités déjà connues, et celles qu'il doit à ses propres méditations.

Nos idées sont la sensation elle-même quand elle a lieu, et le souvenir de la sensation quand elle a cessé. Appelons sensi-bilité^ la faculté de 'sentir ou de percevoir des sensations ; mémoire j la faculté de sentir des'souvenirs ; jugement^ la faculté de sentir des rapports; volonté ^ la faculté de sentie des désirs. — Si de Texamen de ces quatre facultés, considérées chacune séparément les unes après les autres, il résulte qu'elles suffisent à former toutes nos idées, il sera constant qu'il n'y a rien autre chose dans la faculté de penser, et que, par conséquent, elles la composent tout entière. On en conclura que penser^ c'est donc toujours sentir, et ce n'est rien autre chose. — Sentir est un phénomène de notre existence, qu'on ne saurait expliquer; c'est notre existence elle-même dont la cause nous est et nous sera éternellement inconnue. Ici se trouvent nettement marqués, et le point de départ de la science, et les premiers objets de recherches propres à conduire à un progrès ultérieur.

£n examinant successivement les quatre facultés dont nous venons déparier, on trouvera qu'il faut attribuer à la sensibilité proprement dite certaines affections ou impressions internes qui méritent d'être remarquées à cause de leur influence sur notre faculté de penser, et la sensation de mouvement qui est le principe et la cause de la sensibilité elle-même. — La mémoire a cela de remarquable, qu'elle ne nous apprend ni la cause, ni la manière dont se produisent les sensations qu'elle nous donne ; en sorte que, sans le jugement ou la faculté d'apercevoir des rapports, nous ne saurions jamais distinguer une sensation actuelle d'une sensation de souvenir. — Pour sentir un rapport, il faut deux idées, et il n'en faut jamais que deux ; chacune d'elles, à la vérité, peut être très-complexe, mais elle est toujours considérée comme un terme unique, et, dans chacun de nos jugements, il n'y a toujours que deux idées ou deux systèmes d'idées opposés ou comparés l'un à l'autre, d'où

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il suit que. dans ce que les grammairiens appellent />ro/>05t/tb;i, il ne peut y avoir essentiellement que deux termes ; et que ce n*est pas le verbe être qui sert à prononcer le jugement, mais que la forme indicative, ou affirmative, qu*on lui donne, produit cet effet. Remarquons aussi qu'il vlj a point de proposition négative* et que la négation ne porte jamais sur le verbe ; mais qu'elle sert uniquement à modifier Fattribut.

Ce sont les sensations de désir qui développent en nous la volonté ou faculté de vouloir; cette faculté a cela de remarquable qu'elle dirige, pour ainsi dire, la plupart du temps, les mouvements de nos membres et les opérations de notre intelligence. Mais peut-elle s'exercer au hasard et indépendamment des causes qui la produisent? 11 est évident que cela est absolument impossible, et qu'une pareille supposition serait tout à fait absurde. Nous tirerons de ceci une observation importante, parce qu'elle est le fondement unique et inébranlable de toute la morale : c'est que, puisque notre volonté, qui dirige nos actions, est le produit de nos désirs, et que nos désirs sont le résultat de nos jugements, le seul moyen que nous ayons pour les bien régler, est de porter des jugements justes et \Tais.

Maintenant, avec quelque scrupule et quelque sagacité que nous analysions nos idées les plus composées, il ne s'y trouvera jamais une seule idée élémentaire, en un mot, aucune partie composante, qui ne puisse être rapportée à Tune des facultés que l'on vient de considérer. U n'y a que l'acte de la faculté de sentir qui soit une idée absolument simple ; du moment où nous rapportons la sensation à un être quelconque hors de nous> ridée cesse d'être simple, et se compose de l'action de sentir et de celle de juger; seulement, elle n'est encore que particulière à un seul fait. Le souvenir de cette idée particulière, réveillé à l'occasion de plusieurs autres faits semblables, devient une idée générale et commune à toutes les sensations du même genre, dans laquelle nous faisons abstraction des circonstances de temps et de lieu, ou autres pareilles, qui sont

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