‹ MélangesChapitre 110 sur 269 · XXII. TRACY. - PROJET D'ÉLÉMENTS D'IDÉOLOGIE · texte numérisé non relu

XXII. TRACY. - PROJET D'ÉLÉMENTS D'IDÉOLOGIE

ni une circonstance ni un effet de la mobilité, elle n'existe pour nous qu'en vertu de sa relation avec le mouvement, mais elle a cette propriété remarquable et très-importante, qu'elle se mesure par elle-même, sans intermédiaire, avec une commodité extrême, à cause de la netteté et de la permanence de ses divisions. L'auteur observe à ce sujet que cette propriété de rétendue n'a pas été assez remarquée jusqu'à présent; « on n'a pas encore fait voir nettement, dit-il, en quoi elle consiste, on n'a pas vu qu'elle est la cause du degré de certitude des diverses sciences, et, en général, on a été porté à attribuer ce plus ou moins de certitude à la manière de procéder de ces sciences que l'on croyait fort différente, tandis que la nature de l'esprit humain et de ses facultés étant une fois connue, il est aisé de se convaincre que sa marche doit être la même dans toute les branches de ses connaissances, etc. » Au reste, nous croyons que c'est à tort que le C. Tracy reproche aux géomètres en général d'avoir négligé de montrer que, dans toutes les opérations qu'ils font sur les quantités des diverses espèces, ils n'opèrent que sur des nombres abstraits. Cette observation n'a point échappé à plusieurs d'entre eux, et ils n'ont pas manqué de la consigner dans leurs écrits.

De l'étendue dérivent nécessairement la divisibilité^ la forme on figure^ V.impénétrabilité eilaporosiié, qui en est une conséquence générale, mais non pas nécessaire. Enfin, vient la durée, propriété commune à tout ce qui existe, qui est indépendante de la mobilité, dont la seule succession de nos sensations nous donne l'idée, mais que nous ne pouvons mesurer que par le mouvement, lequel n'est lui-même constaté que par l'étendue qu'il nous fait connaître ; en sorte que l'étendue, la durée et le mouvement, se servent réciproquement de mesure, ou plutôt que la mesure de tous trois s'exprime *en parties d'étendue»

Tel est Tordre systématique dans lequel le Ci Tracy a cru devoir ranger les propriétés des corps ; et il y a été conduit par l'examen approfondi de ces mêmes propriétés et de Tenchaîne-

ment qui les unit entre elles. Nous ne saurions trop conseiller aux jeunes élèves la lecture de cette partie intéressante de son ouvrage, ou plutôt nous sommes persuadés qu*ils feront des progrès d'autant plus rapides dans les diverses études auxquelles ils s'appliquent, qu'ils se seront plus soigneusement pénétrés des principes et des vérités qui y sont exposés. Aussi adoptons-nous entièrement la réflexion par laquelle Tauleur termine cette analyse des propriétés des corps, de leur relation et de leur mesure : « L'enseignement de toute science, dit- il, devrait réellement commencer par nous expliquer comment nous connaissons les objets dont elle traite ; ce qui prouve que l'examen de nos opérations intellectuelles est l'introduction naturelle à tous les genres d'études. »

SECOND ET DERNIER EXTRArT

La partie de l'ouvrage du C. Tracy, dont nous avons rendu compte dans le numéro précédent (1), constitue proprement ce qu'on peut appeler la science idéologique. Les chapitres suivants, dans lesquels l'auteur examine les rapports de notre faculté de nous mouvoir avec celle de sentir, Tinfluence de notre volonté sur notre faculté de nous mouvoir et en général sur celle do penser, et les effels que produit en nous la fréquente répétition des mêmes actes; ceux dans lesquels il traite du perfectionnement graduel de nos facultés intellectuelles, et des signes de nos idées, peuvent être considérés à la fois comme les corollaires les plus remarquables qui résultent de la doctrine qu'il a établie, et comme servant d'introduction à plusieurs sciences extrêmement importantes, telles que la grammaire, la logique, renseignement de la morale privée et de la morale publique, ou Tart social, la théorie de l'éducation et celle de la législation, qui n'est, comme le dit très-bien le C. Tracy, que l'éducation des hommes faits.

(1) [Voir ci-dessus p. 281 et suiv.J.

Page 1