‹ MélangesChapitre 112 sur 269 · XXII. TRACY. — PROJET D'ÉLÉMENTS DIDÉOLOGIE. 29i · texte numérisé non relu

XXII. TRACY. — PROJET D'ÉLÉMENTS DIDÉOLOGIE. 29i

ment un insensé, ou un fourbe qui se joue insolemment de ma raison (1).

Encore une fois, il faut savoir beaucoup de gré au C. Tracy d'avoir traité avec autant d'étendue et de précision qu'il l'a fait, ce sujet important de nos habitudes, de leurs causes et de leurs effets ; c'est là qu'on trouve toute la théorie de l'éducation proprement dite, ou l'art de diriger les déterminations morales de l'homme, puisque les mœurs ne sont guère que les habitudes considérées sous un point de vue un peu plus particulier; et qu'on peut prévoir avec certitude quelle sera, dans telle ou telle circonstance donnée, la volonté de l'homme dont on connaît les habitudes.

C'est de cette possibilité de modifier nos habitudes et de les diriger que résulte celle d'un perfectionnement presque indéfini dans l'individu et dans l'espèce même; et il faut bien prendre garde que, si l'influence de l'éducation sur les individus est incontestable, elle doit avoir une puissance tout autrement active, et une influence, pour ainsi dire, absolue, sur des masses d'individus ; d'où il est facile de conclure qu'un ;5ystème d'instruction publique bien organisé^ et parfaitement en rapport avec toutes les parties importantes de la législation et de la constitution d'un peuple, tendrait rapidement à améliorer ses destinées et pourrait, sans aucune de ces secousses toujours si funestes à la liberté et au bonheur public, porter ses institutions elles-mêmes à un degré de perfection dont nous nous ferions difficilement une idée dans Tétat actuel des choses autour de nous. Au reste, la perfectibilité de l'homme est un fait bien constaté, et, eu examinant les causes auxquelles tient cette merveilleuse propriété, on trouve qu'elle est moins le résultat des qualités propres et particulières à l'individu, que celui des moyens ou des facultés qu'il acquiert dans l'état de société.

Le plus étonnant, sans contredit, comme le plus puissant de

(1) Quoi t tu Yeux me donner pour des vérités, traitre^

Des dontes que je vois d'extravagance outrés !

MoLiÈRB, Amphitryon.

ces moyens acquis, la plus admirable invention de Thomme en société, c'est celle qui lui sert à exprimer ses idées d'une manière incomparablement plus parfaite qu'aucune autre espèce d'animaux ne peut le faire. On s'est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, de recherches sur l'origine, la nature et Futilité ou l'inconvénient des signes de nos idées ; mais il faut avouer que personne n'a encore traité cette importante question avec autant de netteté, de précision, et, l'on pourrait dire même, avec autant d'étendue que le C. Tracy. Les deux chapitres qu'il y a consacrés ne sont assurément pas les moins intéressants et les moins instructifs de son ouvrage.

« Les signes de nos idées, dit-il, sont de diverses espèces : nous en avons qui s'adressent à la vue et au tact, etc. ; mais les plus généralement usités, parce qu'ils sont les plus commodes et les plus susceptibles de perfection, sont ceux qui partent de l'organe vocal et s'adressent à l'organe de Fouie.

« Tout système de signes peignant directement nos idées est une vraie langue ou un langage.

« Tous nos systèmes de signes, toutes nos langues, sont presque entièrement de convention, pour peu qu'ils soient perfectionnés; mais ils ont tous pour base commune les actions que nous font faire nécessairement nos pensées, et qui par cela même les manifestent et en sont les signes naturels. »

Partant de ces idées fort simples, puisqu'elles ne sont que des faits constatés par rcxpéricnce et le sentiment habituel de chaque individu, Fauteur examine les effets, les avantages et les inconvénients des signes. Non-seulement ils servent à la communication de nos pensées; mais ils nous aident à combiner nos idées élémentaires, à en former des idées composées, et à les fixer dans notre mémoire. En effet, il n'y a dans noire entendement que des idées abstraites et généralisées, et elles n'y ont pas d'autre soutien que le signe qui les représente.

L'explication que le C. Tracy donne de cet effet des signes est très-ingénieuse, et nous paraît approcher beaucoup de la vérité. « Nos perceptions purement intellectuelles étant très-

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