XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE
un peu plus tôt ou un peu plus tard), ne s'appliqueraient-elles pas avec un égal succès à des combinaisons d'un autre ordre, à des objets plus compliqués, sans doute, mais qu'on ne peut pas entreprendre de traiter indépendamment de la raison? Quant à nous, si nous osons opposer notre faible jugement aux assertions orgueilleuses des détracteurs de la philosophie, nous croyons qu'il faut toujours qu'elle entre pour quelque chose dans tout ce qui se fait de bien, ou même de supportable, en quelque genre que ce soit; car la philosophie n'est, en dernière analyse, que l'application éclairée et méthodique de la raison aux divers objets dont l'esprit humain peut avoir occasion de s'occuper.
Éléments d'idéologie j seconde partie, Grammaire, par le G. Destutt-Tracy, membre du Sénat conservateur et correspondant de l'Institut national. Un volume in-8. A Paris, chez Gourcier, imprimeur-libraire, quai des Augustins. An XL — {Décade, an XII, 4" trimestre, 20 frimaire (42 décembre 4803), p. 468).
On connaît les Éléments d'idéologie publiés, en l'an IX, par le G. Tracy. Le succès de cet ouvrage, les avantages précieux et reconnus que l'on pouvait en retirer pour l'enseignement public, faisaient vivement désirer la suite des travaux auxquels il sert d'introduction et dé base. Le G. Tracy vient d'acquérir un nouveau droit à la reconnaissance des bons esprits, en publiant la grammaire dont nous allonsrendre compte. Ge nouvel écrit nous a même paru supérieur, à plusieurs égards, à celui
(i) [MM. Daunou et Tracy fils présumaient que ces extraits étaient de Thurot, sans en être sûrs.]
dont il est la continuation, et en quelque sorte le développement, et nous n'avons pas hésité à croire qu'il méritait d'être compris dans la classe peu nombreuse de ceux qui, sur un sujet donné, important et difficile, approfondissent, simplifient et rapprochent toutes les idées fondamentales; de ceux qui accélèrent et assurent la marche de Tesprit humain dans sa carrière indéfinie. Il nous semble que la manière la plus convenable de louer de tels ouvrages, c'est d'en parler avec exactitude.
Nous ne nous arrêterons pas à la dénomination d'idéologie, par laquelle on a restreint et déterminé ce qu'il y avait de vague et d'insignifiant dans le mot métaphysique : encore moins entreprendrons-nous de justifier le but et d'expliquer l'importance de l'idéologie. Les ennemis de cette science sont et doivent être en effet les mêmes que ceux de la philosophie; espèce d'hommes dont il semble que l'on n'eût jamais fait justice autrement que par le silence et le mépris, si on avait réfléchi plus généralement à tout ce qu'il y a de vil dans leurs motifs, ou de puéril et de faux dans leur genre d'esprit. On nous permettra néanmoins une observation très-simple et qui peut-être ne sera pas inutile, si parmi ceux qui, faute d'idées, déclament contre l'idéologie, il en est qui, au malheur de rignorance, ne joignent pas le tort de la mauvaise foi.
Toutes les questions qui tiennent, d'un côté, aux principes de la grammaire, et de Tautre, aux révolutions, à l'influence et à l'origine des langues, ont toujours été généralement regardées comme très-importantes. Aussi ont-elles été le sujet des méditations et des recherches de beaucoup d'hommes de talents très-divers et très-inégaux. Cependant nous n'avons jusqu'à présent, sur les principes de la grammaire et sur l'histoire philosophique des langues, que des ouv rages dont les meilleurs ne contiennent que des hypothèses ingénieuses ou hardies, quelques faits curieux mais isolés, des aperçus heureux mais inutiles, faute de tenir à des principes fixes et démontrés.
Si donc, après tant d'ouvrages insuffisants sur ces objets,