‹ MélangesChapitre 115 sur 269 · XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE

il en paraissait un dans lequel des observations vraies et importantes, mais antérieurement incomplètes et isolées sur la grammaire, se trouveraient liées, éclaircies et confirmées par beaucoup d'observations nouvelles ; dans lequel des aperçus utiles, mais vagues, sur la théorie du langage, seraient rattachés, pour la première fois, à des principes simples et féconds; dans lequel enfin on trouverait précisément ce que Ton aurait dû y chercher : si d'ailleurs cet ouvrage était évidemment le résultat d'une méthode particulière, employée avec toute la sagacité imaginable, il nous semble qu'il serait facile à tout bon esprit, en rendant justice au talent personnel de l'auteur, de reconnaître en même temps les avantages de cette méthode (1).

Or tel nous a paru l'ouvrage du C. Tracy ; et tel nous osons présumer qu'il sera trouvé par tous les hommes capables de l'entendre.

Toutes les idées développées dans cet ouvrage sont-elles donc tellement démontrées qu'elles soient à l'abri de toute objection, et doivent-elles être adoptées sans discussion ultérieure?

Nous n'oserions répondre par l'affirmative à la première question ; et, quant à la seconde, elle serait écartée, avec raison^ par tous les amis des lumières, et surtout par l'auteur luimême. D'un côté, plus des vérités nouvelles sont remarquables par leur finesse, leur originalité ou leur profondeur, et plus elles sont propres à provoquer les objections, non-seulement des esprits superficiels, mais encore de ceux auxquels il ne manque qu'un certain degré de force pour les sentir et les admettre. D'un autre côté, plus une théorie est neuve et importante, et moins il faut qu'elle soit adoptée sans discussion. Il est donc très-désirable que les idées du C. Tracy soient examinées et discutées avec une attention scrupuleuse et sévère. Il ne nous appartient pas d'énoncer une opinion sur le résultat

(1) Cette méthode est l*i(léologie elie-méme, considérée dons Tune de tes applications.

définitif de cet examen : mais, plus on y portera de philosophie, de pénétration et de bonne foi, et plus on sera frappé du genre et du degré de talent dont le C. Tracy vient de faire preuve.

Donnons une idée de Tobjet, du plan^ et de quelques détails de son ouvrage .

Ou définit ordinairement la grammaire, la science des signes. Mais, ces signes ne pouvant être que ceux de nos idées, la grammaire elle-même n'est autre chose que la suite de la science des idées, la théorie de leur expression, théorie qui suppose nécessairement la connaissance des opérations par lesquelles notre esprit parvient à former des idées.

La liaison intime qui existe entre la théorie de la formation des idées et celle de leur expression avait été aperçue et vaguement énoncée par MM. de Port-Royal; elle avait été sentie par Dumarsais, et soupçonnée par d'autres écrivains grammairiens ou philosophes. Mais Gondillac est le premier qui en ait apprécié toute l'importance et qui en ait tiré un parti utile, n reste néanmoins encore beaucoup de vague, d'incertitude et de lacunes dans tout ce qu'il a écrit sur la formation du langage; ce qui vient, suivant le C. Tracy, d'avoir voulu établir une théorie des signes avant d'avoir approfondi et fixé la théorie des idées.

Ces observations, par lesquelles Fauteur détermine Tétat où il a trouvé la science dont il va traiter, et fait connaître l'objet spécial de son ouvrage, sont développées dans une introduction doublement intéressante par Texposition des motifs qui l'ont porté à composer une grammaire, et par les réflexions accessoires auxquelles il a rattaché cette exposition.

Telles sont celles qu'il fait sur Tesprit d'analyse, considéré, soit comme mesure, soit comme instrument des progrès de l'esprit humain. On a regardé souvent comme un signe de décadence et d'épuisement du génie ce penchant à tout discuter, à tout apprécier, à se rendre compte de toutes ses impressions. Cette opinion est si fausse et si vaine qu'on ne conçoit pas bien qu'elle ait pu entrer même dans l'esprit d'hommes ennemis de

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