XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE. 30t
chacan an jugement tout entier. Tel est aussi, mais tel est invariabiemeut le langage des animaux, dont chaque geste, chaque en, doit être considéré comme l'expression simultanée de doux sensations liées par un acte de mémo nature que celui de juger. C'est un aperçu juste, neuf et beau que celui de cette difTéreace essentielle de la faculté du langage dans l'homme et dans les animaux. Le développement en serait intéressant et curieux, en ce qu'il ramènerait à un point de vue fixe et saillant plusieurs questions jusqu'ici très-mystérieuses sur la nature de l'homme. Le C. Tracy n'en a peut-être pas tiré tout le parti que comportait la profondeur de son ouvrage.
En disant que tout le discours est composé, ou d'énoncés do jugements, ou de signes d'idées isolées, le C. Tracy n'a eu en vue que d'exprimer, dans leur plus grande latitude, la liaison et la correspondance du langage avec la faculté de sentir. Par sa propriété effective et par sa destination spéciale, tout discours n'est réellement formé que d'énoncés de jugements. Dans son état primitif, il ne peut l'être d'autre chose; et, quand il possède des signes distincts pour les idées isolées, ce perfectionnement n'est, dans la réaUté, qu'un moyeu plus facile et plus étendu d'énoncer des jugements.
L'essence du discours est donc d'être composé de propositions, car proposition et énonciation de jugement sont synonymes. La proposition est donc l'élément immédiat du discours, et les éléments que lui donnent les grammairiens ne sont, à propl'ement parler, que ceux de la proposition elle-même. Pour pénétrer plus avant dans le mécanisme du discours, c'est donc la proposition qu'il faut examiner et décomposer; et c'est dans le langage des sons articulés que cet examen est le plus facile.
On a vu que, dans l'origine et l'enfance du langage, chaque proposition est exprimée par un seul signe. Mais ce signe est nécessairement un signe composé, puisqu'il doit représenter une idée absolue et une idée relative, de manière à indiquer quo celle-ci est contenue dans la première. La décomposilîoa
de ce signe unique et primitif nous donnera les véritables éléments de la proposition.
Le mot mal à propos nommé substantif ^%i le seul qui ait la propriété d'exprimer les idées que nous considérons comme ayant dans notre esprit une existence propre et indépendante de toute autre idée. Il est donc le premier élément de la proposition. Quel en est le second, c'est-à-dire quel est le signe de ridée relative ou attributive? Est-ce le mot auquel on donne le nom d'adjectif? Voici le raisonnement ou plutôt l'indication du raisonnement par lequel le C. Tracy prouve que ce ne peut pas être ce mot-là.
Par un singulier raffinement de nos langues, qui constitue une de leurs propriétés les plus remarquables, nos adjectifs n'expriment jamais une idée comme effectivement et actuellement existante dans un sujet, mais seulement comme devant exister dans un sujet. Ils sont bien signes d'idées relatives, d'idées comprises dans d'autres; mais, dépouillés, par une abstraction raffinée, de la faculté d'exprimer l'existence actuelle et positive, ils ne peuvent pas être l'attribut actuel et positif d'un sujet quelconque, ni par conséquent le second élément de la proposition ; car une idée peut être considérée comme attributive, comme contenue dans une autre, sans être considérée comme existante.
L'adjectif ^/«w^, existant, est le seul qui, par sa signification propre, exprime Tidée d'existence. Il n'y a donc que lui qui puisse la donner à tous les autres, quand il s'y trouve compris. Or Tunion de l'adjectif étant avec les autres adjectifs produit les verbes. Un verbe doit donc être considéré comme un adjectif complet, un adjectif renfermant l'idée d'existence, et par cela même, ou plutôt par cela seul, pouvant avoir des modes et des temps. On voit maintenant pourquoi il n'y a pas de proposition sans verbe.
Mais, par cela seul que l'idée attributive est considérée comme existante d'une manière vague et indéfinie, il n'y a pas encore une proposition parfaite, ou un énoncé formel de juge-