‹ MélangesChapitre 118 sur 269 · XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE

ment; il faut, pour cela, que l'idée attributive renferme d'une manière précise et déterminée celle d'existence. C'est ce qui ne peut être que lorsque Texistence est considérée comme ayant lieu suivant un mode particulier, et dans un tel temps. Dire d'une chose qu'elle existe de telle ou telle manière, c'est plus qu'énoncer simplement qu'elle existe. Il n'y a donc de proposition parfaite que lorsque le verbe est à un mode défini.

Yoilà le second élément de la proposition trouvé ; c'est le verbe, puisqu'avec le nom il suffit pour énoncer un jugement. S'il n'y a pas de signe particulier dans le discours pour représenter l'acte de juger, c'est qu'il se trouve implicitement renfermé dans le verbe.

Ces idées sur la décomposition du discours et de la proposition forment les deux premiers chapitres de la grammaire du C. Tracy. Nous les avons indiquées avec une certaine étendue, et nous aurions voulu les indiquer avec clarté, parce qu'elles sont comme le fondement de tout le reste de l'ouvrage. Pour en sentir toute la finesse et toute la profondeur, il est indispensable de les lire avec les développements que l'auteur leur a donnés. C'est alors qu'on est vivement frappé de l'ordre et de l'enchaînement dans lequel se succèdent les vues, tour à tour les plus ingénieuses et les plus fécondes, de l'appui qu'elles se prêtent mutuellement, et du jour nouveau qu'elles jettent sur la théorie du langage, et, par réflexion, sur celle des idées.

Nous connaissons^ la forme essentielle et primitive de la proposition dans toute espèce de langage; mais, dans les lan^ gués parlées, aux signes élémentaires dont nous venons de parler, se joignent plusieurs signes accessoires qui servent à rendre Texpression de la pensée plus facile et plus complète. Ces signes accessoires sont ce que les grammairiens nomment ordinairement les parties du discours, bien qu'elles ne soient, à proprement parler, que les parties de la proposition.

Le C. Tracy consacre le troisième chapitre de son ouvrage à l'examen de ces sortes de signes; et, sans s'arrêter aux di-

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verses classifications qui en ODt été faites, il examine Tusage et les fonctions propres de chacnn.

n commence par les signes qui, dans nos langues parlées^ expriment encore une proposition tout entière. Ce sont plusieurs mots dont les uns sont ordinairement classés parmi les adverbes, et les autres parmi ce qu*on appelle les particules; mais ce sont essentiellement les interjections, les seuls signes du langage naturel qui soient restés dans les langues articulées, et qui y conservent encore leur propriété première d'énoncer un jugement entier.

On peut donc appliquer à Tinterjection la méthode do décomposition donnée pour la proposition en général. C*est une nouvelle manière, aussi exacte qu'ingénieuse, de confirmer par Texamen des faits ce qui a été démontré par la théorie:

Les noms dits substantifs sont le premier signe nécessaire pour décomposer le signe unique et composé de la proposition dans l'état primitif du langage. C'est ce que nous avons déjà vu. Ces noms seront donc aussi les premiers éléments de Fin-, terjection. Mais une interjection à laquelle on ajoute un signe exprès -et positif pour désigner le sujet de la proposition qu'elle représente, perd une partie de sa signification , et ne peut plus exprimer que Tidée secondaire comprise dans Tidée absolue à laquelle on vient de donner un signe particulier. Elle devient attribut relativement au sujet exprimé par ce signe; elle devient verbe : et voilà la première origine de ce mot réputé jusqu'ici d'une nature si mystérieuse.

On retrouve donc, en décomposant l'interjection, les deux mêmes signes élémentaires qu'avait déjà donnés la décomposition de la proposition : le nom et le verbe.

Le développement des propriétés et des fonctions de ces deux signes occupe deux paragraphes distincts, dont chacun, au mérite de contenir plusieurs vues nouvelles, de rectifier des erreurs ou des inexactitudes anciennes, joint encore l'avantage de rattacher à des principes simples et profonds plusieurs vérités importantes restées jusqu'ici sans démonstration rigou-

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reuse. Un autre avantage de ces deux paragraphes, c'est de servir d'éclaircissement à plusieurs idées des deux premiers chapitres qui, pour être bien saisies, doivent être présentées sous des points de vue aussi variés que le permet la nature du sujet.

Le nom et le verbe étant démontrés les seuls signes nécessaires pour former la proposition, ceux qui leur servent de développement ne méritent que le nom de signes utiles.

Parmi ceux-ci, les adjectifs tiennent le premier rang. Ils seraient encore mieux nommés modificatifs^ à raison de leur fonction propre et constante qui est de modifier une idée. Mais ils peuvent la modifier de deux manières, ou dans sa compréhension, c'est-à-dire en y ajoutant plus ou moins d'idées accessoires; ou dans son extension, c'est-à-dire en déterminant le nombre d'objets auxquels l'idée dont il s'agit est actuellement appliquée, parmi ceux à qui elle convient.

De là, le C. Tracy forme deux classes distinctes d'adjectifs : Tune de ceux qui modifient une idée dans sa compréhension; et l'autre de ceux qui la modifient dans son extension.

A la première, appartiennent tous les signes communément appelés adjectifs; dans la seconde, le C. Tracy place d'autres signes que l'on range ordinairement dans diverses autres classes. Tels sont certains noms de nombre, plusieurs pronoms et particulièrement les articles. Ces modificatifs ne peuvent modifier que les noms ; ceux de la première classe peuvent également modifier et les noms et le verbe être.

Quant à la préposition, l'auteur la considère avec raison comme un mot très-remarquable. Sa fonction essentielle est de lier tantôt les noms, tantôt les verbes, tantôt les adjectifs avec une idée subordonnée et complémentaire.

Une des idées particulières de ce paragraphe, c'est de considérer comme de véritables prépositions, c'est-à-dire comme jouant le rôle de prépositions, les syllabes désinentielles qui, dans certaines langues^ forment les cas des noms, et, dans toutes, les personnes, les nombres^ les modes et les temps des verbes.

Il est encore plus original, et nous croyons également exact, d'avoir regardé comme de vraies prépositions toutes les syllabes qui forment les composés et les dérivés des mots radicaux. Ce sont des prépositions incorporées, ainsi que les précédentes, avec les mots qu'elles modifient. Aussi ne forment-elles pas un élément particulier de la proposition. Celles-là seules ont cette propriété, qui occupent une place à part, et qui sont isolées des mots qu'elles modifient. Ces dernières, Tauteur les regarde toutes comme dérivées de noms et d'adjectifs ; et il a ramené les recherches du célèbre Horne-Tooke, sur ce point intéressant de la grammaire, à des vues générales qui doivent donner à la fois plus de certitude et plus d'intérêt aux recherches de ce genre.

Nous ne nous arrêterons pas au paragraphe de l'adverbe, parce que le C. Tracy s'y est peu arrêté lui-même, et que la nature et les fonctions de ce mot n'exigeaient pas la même sagacité que celles de quelques autres.

Les paragraphes sur la conjonction et les adjectifs conjonctifs sont plus intéressants et plus neufs. La conjonction, de même que Tinterjection, exprime toujours une proposition eiilien», mais une proposition qui n'a pas un sens absohi. Toutes les conjoiiclions dérivenl leur propriété conjonctive de la conjonction qxœ qu'elles renferment nécessairement, et que l'on pourrait regarder comme la conjonction unique, de même que le verbe être est Tunique verbe. Ces assertions générales sont développées dans Touvrage du C. Tracy avec des détails dont l'exactitude et la clarté ne laissent rien à désirer.

Quant aux adjectifs conjonctifs, communément nommés pronoms relatifs, l'auteur est le premier grammairien qui les ait considérés comme un élément particulier du discours. Il a été conduit à ce résultat par ses observations sur les adjectifs déterminatifs //et le, et sur la conjonction que dont il a vu que les adjectifs conjonctifs cumulaient les fonctions.

Le cinquième chapitre traite de la syntaxe. Le C. Tracy débute par des considérations préliminaires aussi justes qu'in-

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