‹ MélangesChapitre 120 sur 269 · XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE

récriture. Dans un second extrait, nous ferons connaître cette seconde partie qui n'est ni moins originale ni moins profonde que la première, et qui est plus curieuse encore par Timportance, Tétendue et la singularité de ses résultats sur des questions du plus grand intérêt dans Thistoire deTesprit humain et de Tespèce humaine : et nous hasarderons peut-être, sur Tensemble et sur certaines parties de l'ouvrage du C. Tracy, quelques observations particulières que l'étendue de cet extrait ne nous permet pas de placer ici.

SECOxND EXTRAIT (1)

La principale considération qui se présente, quand on examine l'influence et les effets du langage dans leur ensemble et leur profondeur, c'est que le langage n'est pas seulement un moyen d'exprimer nos idées, mais un instrument à l'aide duquel la faculté de penser acquiert plus de souplesse et d'activité, plus de force et d'étendue. Cette vérité, depuis longtemps devinée ou soupçonnée par des hommes de génie, traitée souvent d'opinion paradoxale par les hommes superficiels, est enfin démontrée d'une manière qui ne permet plus d'en méconnaître la certitude ni l'importance. Le C. Tracy doit être compté au nombre de ceux qui ont le plus contribué à la rendre familière.

Une conséquence générale de cette vérité, c'est que l'écriture, c'est-à-dire la représentation des signes transitoires et fugitifs de nos idées par des signes durables et permanents, étant un perfectionnement essentiel du langage, doit être regardée par cela même comme un nouveau moyen de perfectionner et d'étendre la faculté de penser. La considération des divers rapports de l'écriture avec le langage devient par là d'une haute importance ; car ces rapports expriment réellement

(1) [Décade, an XII, 2« trimestre, 10 nivôse, p. 16.]

les divers degrés d'influence que les divers systèmes d'écriture doivent exercer sur la marche de Tesprit humain et de la civihsation. C'est relativement à ce point de vue général que nous exposerons les idées du G. Tracy sur la représentation de la parole par l'écriture.

Pour bien faire entendre en quoi consiste précisément l'opération de transformer en signes durables et permanents de nos idées les signes d'abord fugitifs de ces mêmes idées, le G. Tracy examine les moyens et les conséquences de cette transformation relativement à un langage qui serait composé d'attouchements ou de gestes. Nous nous bornerons à le suivre dans l'examen de l'hypothèse réelle, c'est-à-dire de celle bù les signes fugitifs à transformer en signes durables sont des sons articulés.

Quels sont les différents moyens d'opérer cette transformation, et quels sont les effets propres de chacun de ces moyens? La première manière qui se présente, c'est d'attacher une figure peinte ou tracée à chacun des mots du langage parlé. Il est évident qu'il faut, dans cette hypothèse, un nombre de figures égal au nombre des signes articulés. On a dès lors deux langues qui se correspondent, Tune parlée, l'autre écrite, on pour mieux dire peinte; mais celle-ci n'a pas une valeur immédiate, une valeur qui lui soit propre; elle ne fait que représenter la valeur de l'autre : c'est ce qu'on appelle communément une écriture hiéroglyphique ou symbolique. Cette écriture est applicable aux attouchements et aux gestes tout comme aux sons, c'est-à-dire aux trois diverses espèces de signes dont le concours forme le langage naturel ou d'action.

Mais il y a une seconde manière de rendre permanents les signes fugitifs de nos idées, lorsque ces signes sont formés de sons articulés; et cette seconde manière est exclusivement propre à ce genre de signes.

Les mots d'une langue parlée résultent d'un assez petit nombre de sons distincts entre eux, et dont les combinaisons actuelles expriment le nombre réel des mots de cette langue,

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