XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE
physiques ne sont pas exactement les mêmes que celles qui sont reconnues et avouées par les grammaires, les rhétoriques et les poétiques des différentes langues, et qu'on peut appeler syllabes conventionnelles ou artificielles, la raison en est que les premières (ou les sons réels) ne sont pas toujours aisées à démêler; et que plusieurs de ces syllabes physiques s'unissent ou se confondent facilement avec celle qui les suit ou qui les précède, parce qu'elles sont ou très-brèves ou très-sourdes, ou que le mouvement organique qui les sépare est très-peu sensible. »
Après cette explication nécessaire du mécanisme général de la formation des sons de la parole, il nous semble qu'il sera aisé de reconnaître et de distinguer leurs circonstances et leurs propriétés caractéristiques.
La voix est une des plus essentielles et des plus marquées. On pourrait dire, à ce qu'il nous parait, qu'elle est surtout déterminée par la forme et le degré d'ouverture extérieure de la bouche; c'est elle qui fait que le son est un a ou un i, plutôt qu'un 0 ou un e.
La durée du son est ce qui le fait être long ou bref. Elle est déterminée par le plus ou moins de persistance de l'organe vocal, dans la situation qu'il a prise pour émettre le son.
Le ton d'un son en est cette circonstance qui nous le fait appeler grave ou aigu, c'est-à-dire qui détermine son élévation dans l'échelle de la gamme.
Nous ne nous arrêterons pas à ce que l'auteur appelle timbre dans le son ; c'en est une circonstance réelle et perceptible , mais très délicate, impossible à noter, et par conséquent, étrangère à l'histoire des signes permanents.
Quant à t articulation, il est beaucoup plus facile de sentir en quoi elle consiste, que de l'expliquer. Les définitions qu'en ont données nos meilleurs grammairiens attestent suffisamment la difficulté de la définir avec clarté et précision. Le C, Tracy cite celles de Girard et de Beauzée, et il n'a pas de peine à en démontrer le vague et l'insuffisance. Ses propres idées sur le
même sujet approchent beaucoup plus du degré d'évidence que comporte ce sujet. Suivant lui, « Tarticulation est une modification du son, qui n'en est ni la voix ni le ton, qui ne les altère point, et qui en diffère en ce qu'elle n'affecte le son qu'au moment où il commence, et qu'ensuite elle ne se fait plus remarquer pendant tout le temps qu'il se prolonge. C'est proprement la manière dont le son commence à nous affecter, le résultat de la manière dont il commence à être produit. »
Ëclaircissons ces considérations générales par leur application à des cas particuliers, et tâchons de faire entendre, par cette application, que toutes les propriétés que nous venons de distinguer dans le son vocal en sont des propriétés essentielles et distinctes, des circonstances sans le concours et l'ensemble desquelles il no saurait avoir lieu.
Voyons ce qui se passe quand on prononce une voyelle : la voyelle «, par exemple. On regarde communément le résultat de cette prononciation comme un son simple et complet. Mais, d'abord, il est impossible de percevoir le son dont il s'agit sans lui attribuer une certaine durée, sans le concevoir plus ou moins bref, plus ou moins long, ou, si l'on veut, sans pouvoir lui appliquer une mesure prise de ridée du temps. Quelle que soit d'ailleurs sa durée, il a une autre qualité appréciable par une autre mesure prise de Tidée de l'espace, il peut être rapporté à un degré quelconque de Téchelle des sons considérés dans leurs intervalles ou dans leurs nuances du grave à Taigu. Voilà donc déjà deux circonstances inséparables du son a, sans lesquelles il ne peut pas être produit, indépendamment desquelles il ne serait pas complet. Il n'est pas aussi facile de distinguer dans le même son a une articulation ; il y en a pourtant une. C'est ce que Ton reconnaîtra si, comparant la voyelle a dans le mot mnour^ où elle paraît simple et pure, et dans le mot hache ^ où elle est modifiée par une aspiration très-sensible, on observe que la même modification est commune à cette voyelle, dans les deux cas supposés, mais seulement à un degré différent; qu'elle est une circonstance nécessaire du son a dans