‹ MélangesChapitre 125 sur 269 · TROISIÈME EXTRAIT · texte numérisé non relu

TROISIÈME EXTRAIT

Il nous reste à exposer les idées du C. Tracy sur Torigine de récriture en général, et à indiquer les applications qu'il fait de Tanalyse du son vocal à Fexamen de certains systèmes d'écriture en particulier.

Il est très-naturel de supposer, et le C. Tracy suppose, en effet, que les hommes ont dû faire usage du langage articulé longtemps avant de songer à en représenter les sons par des signes écrits. Durant cet intervalle, plusieurs des arts nécessaires aux besoins et aux jouissances de la vie sociale ont dû être inventés et cultivés. La musique a été un de ces arts, car on la trouve à tous les degrés de civilisation.

Dans Tcnfance du chant^ les tons sont en petit nombre; on peut même supposer qu'ils n'y sont pas beaucoup plus variés ni beaucoup plus marqués que dans le langage. On aura pu facilement attacher à chacun d'eux un signe particulier. De là, les notes musicales dont on découvre des traces dans des monuments de la plus haute antiquité. Ces notes, spécialement destinées à désigner ce qui constitue Tessence du chant, se trouvaient propres par là même à exprimer une des circonstances du son vocal, celle par laquelle la parole est plus ou moins analogue au chant.

Quand on aura cherché à noter dans les sons musicaux une autre qualité que le ton, on y aura noté la durée, autre circonstance caractéristique de ce genre de sons.

(l) [Décade, an XII, 2^ trimestre, 20 nivôse, p. 84. J

XXril. TKACY. - GKAMHAIHE. 321

Les sigrnes qui marquaient ces deux circonstances suffisaient pour ta aotalion de la musique. Mais observons que l'on no peut énoncer les signes dont il s'agit, c'est-à-dire, les chanter, les solfier, sans ajouter aux sons dont ils expriment les uns le ton, les autres la durée, des articulations et des voix qui en complètent renonciation, maïs qui n'en marquent que des circonstances indifTérentesà leur propriété musicale.

La notation de la musique, étant par le fait la notation d'une partie des qualités du son vocal, était réellement un premier pas vers la représentation de la parole par l'écriture ; elle suffisait pour en indiquer à la fois la possibilité et les avantages. Mais il y avait cette différence entre la musique et la parole, que les circonstances du son, indifférentes et sous-entendues dans la première, c'est-à-dire V articulation et la voix, étaient principales et dominantes dans la seconde. On inventa donc, pour représenter celle-ci, des consonnes et des voyelles, par un motif et par un procédé analogue h ceux qui avaient fait inventer des notes pour figurer la première.

Dans les perfectionnements successifs de l'écriture, des signes qui, dans l'origine, avaient été exclusivement affectés au son musical, des signes propres à marquer le ton et la durée furent ajoutés à ceux qui représentaient l'articulation et la voix ; et l'on eut des accents pour désigner tantôt l'élévation, tantôt la quantité d'une syllabe.

On pourrait pousser beaucoup plus loin le développement de ces analogies de propriétés et d'origine entre les signes de la musique et ceux de l'écriture ; et ce développement donnerait lieu à des considérations neuves et intéressantes sur la nature et les propriétés spéciales de la musique et de nos langues ordinaires, envisagées comme deux branches particulières du langage, en prenant ce mot dans la signification la plus étendue qu'on puisse lui donner; comme deux arts ayant un point de contact, primitif dans la nature du son vocal, des diiïérentes qualités duquel ils se snnl, pour ainsi Jin;, divisé la culture et le développement. Toutes ces CDii>;i(l6r||||M|^^^^BÉ||ùilt

aux vues générales énoncées par le C. Tracy ; mais elles sortiraient des bornes d'un extrait, même beaucoup plus étendu que celui-ci.

Cette manière d'envisager l'invention de Técriture alphabétique comme un résultat immédiat des besoins sociaux de rhomme et de son organisation intellectuelle, comme une suite et, en quelque sorte, comme un perfectionnement nécessaire de Tusage du langage articulé, ramène toutes les questions et toutes les recherches sur ce vaste et difficile sujet à un point do vue général bien déterminé. L'écriture dont il s'agit, n'étant que la représentation des diverses qualités du son vocal, suppose l'analyse de cette espèce de son. Cette analyse n'a pas été faite d'un seul coup; elle a dû être le résultat de vues et d'expériences successives. D'un côté, le ton est la circonstance la plus sensible du son vocal, dans Torigine du langage articulé; c'est donc celle que les hommes ont dû remarquer le plus tôt. D'un autre côté, c'est celle qui constitue spécialement un art qui, même dans Timperfection de son état primitif, fait déjà une des jouissances les plus vives et les plus habituelles de l'homme; c'est donc celle qu'on a eu l'intérêt le plus direct à représenter par des signes qui en rendissent les diverses modifications permanentes. Les notes musicales peuvent donc être regardées comme le premier pas dans l'analyse du son vocal ; et Tanalof^ic de motifs et de procédés entre cette opération et les opérations subséquentes était assez marquée pour être bientôt aperçu(î, et pour donner lieu à la découverte de l'écriture; ou, ce qui est la même chose, à l'analyse complète du son vocal. Ces considérations, tirées de la nature des choses et de celle de nos facultés, ne doivent i»as être regardées comme des hypothèses arbitraires et inutiles : elles forment Tunique genre de démonstration auquel on puisse prétendre dans une discussion où il s^agit d'expliquer des faits généraux et constants dans l'histoire de l'esprit humain, et où les faits particuliers et accidentels manquent tout à fait, ou du moins ne suffisent pas pour résoudre le problème dans lequel on les admet comme données.

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