‹ MélangesChapitre 127 sur 269 · XXIII. TKACY. — GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XXIII. TKACY. — GRAMMAIRE

malique très bien fait, mais qu'il faut avoir sous les yeux pour s'en faire une idée précise.

Nons dirons seulement qu'il admet comme des articulations distinctes dans notre langue, et qui devraient avoir un signe particulier, les sons de gn dans règne, de ill dans paille^ et Taspiration légère de Va dans amour. Presque toutes ses vues sur ce sujet sont conformes à celles des hommes les plus éclairés parmi ceux qui se sont occupés des mêmes recherches ; mais il leur a donné un degré de certitude et de fixité qu'elles n'avaient pas, en les ramenant à un principe général, dont la découverte et la démonstration exigeaient la plus grande sagacité.

On peut maintenant calculer le nombre de caractères qu'il faudrait dans notre alphabet, pour pouvoir le regarder comme régulier et complet.

Pour noter le nombre réel des articulations de notre langue, il faut vingt consonnes; pour en noter toutes les voix, il faut dix-sept voyelles.

Le C. Tracy regarde deux accents qui marqueraient lesdeux tons extrêmes du son vocal comme suffisants. On laisserait sans signe particulier les tonâ moyens du discours qui en forment le ton fondamental . Ce n'est donc que de deux signes qu'on a besoin pour marquer les tons.

Prenant le schéva, c'est-à-dire la plus brève de toutes les voix, pour mesure d'unité de la durée du son, et admettant que la plus longue durée qu'il serait utile ou nécessaire de noter dans notre langue soit égale à celle de quatre schévas, il nous suffit de trois caractères ajoutés à tous les précédents, pour compléter notre alphabet.

Ainsi donc quarante-trois signes suffiraient pour noter avec exactitude toutes les variations sensibles du son vocal dans notre langue. Le C. Tracy dit avec raison qu'un alphabet composé de ce nombre de signes serait bien près d'être un alphabet universel ; car, dans toutes les langues connues, il n'y a. réellement que très peu de sons particuliers à quelques-unes d'entre elles.

Le C. Tracy veut donc réfonner notre alphabet? vont demander sans doute, d'un ton indigné, tous ces hommes qui, à chaque victoire de la raison sur Terreur et les préjugés, crient et s'agitent avec l'emportement de gens dont on viole la propriété. Que ces hommes se rassurent; on ne leur propose pas de changer la moindre chose à cette écriture dont nos pères, les Bourguignons et les Francs, déterminèrent le génie, lorsqu'après avoir anéanti dans les pays envahis par eux les monuments d'une longue civilisation, ils comblèrent Thumiliation des Romains, en travestissant, par la prononciation teutonne, la langue de Virgile et d'Horace en un affreux jargon; en un mot, lorsqu'ils s'avisèrent d'apprendre à lire, au risque de se mettre en état de sentir un jour quel mal ils avaient fait au monde. On ne veut introduire aucune innovation dans cette écriture qui fait le tourment de Tenfance, et qu'elle ne parvient à déchiffrer qu'après s'être accoutumée h regarder comme nuisibles et trompeuses les premières indications de l'analogie ; de cette écriture enfin qui, si elle n'était pas une représentation infidèle et arbitraire, représenterait un des langages les plus disgracieux et les plus durs qui aient jamais frappé des oreilles humaines. Le C. Tracy prouve très-bien les vices et les imperfections de l'écriture dont il s'agit ; mais il prouve tout aussi bien l'impossibilité de la réformer. Quelque mauvaise et incommode qu'elle soit, c'est une inslitulion devenue réellement immuable par son application à dos besoins sociaux simultanés relativement à dtî très-grandes masses (riiommes, à des besoins variés, urgents et continus. Le C Tracy propose seulement de créer le modèle d'une écriture parfaite et régulière qui, sans usurper les privilèges de l'écriture actuelle, sans en faire disparaître les inconvénients, nous épargnerait au moins la honte de les ignorer. Il indique les moyens de former ce modèle ; et il développe très-bien les divers genres d'utilité, éloignée ou procliaine, qu'il aurait infailliblement.

L'ouvrage que nous voulions faire connaître est terminé par l'examen d'un problème philosophique dont on a cherché sou-

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