‹ MélangesChapitre 128 sur 269 · XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XXIII. TRACY. — GRAMMAIRE

vent la solution, et dont il nous semble que l'on eût mieux fait de démontrer la vanité déguisée sous une fausse apparence de grandeur, par Texamen du problème de l'institution d'une langue universelle.

L'auteur réduit cette question fameuse à des termes trèssimples, et au véritable point de vue sous lequel elle aurait dû être envisagée pour devenir un sujet de recherches vraiment philosophiques et de discussions vraiment utiles.

Une langue universelle est-elle possible comme langue usuelle? Peut-on établir une langue universelle savante?

Jusqu'à quel point serait-il utile qu'il y eût une langue savante universelle ? Enfin une langue parfaite est-elle possible, abstraction faite de toute idée d'universalité?

A toutes ces questions, le C. Tracy répond par la négative. Il ne peut y avoir aucune incertitude sur la première. Faisons une supposition extravagante, et pourtant la seule qu'il semble que l'on puisse faire pour l'établissement d'une langue usuelle universelle ; supposons qu'un peuple, conquérant de la terre entière, veuille faire adopter sa langue par tous les peuples qu'il a soumis, et que ceux-ci soient animés du zèle le plus rare pour le succès de cette fantaisie de leur vainqueur, il ne résultera jamais do là rétablissement d'une langue universelle. Une pareille langue exige qu'à un même nombre de signes tous les hommes existants attachent les mêmes idées ; la supposer établie, c'est donc, par le fait, supposer entre tous les hommes une égalité parfaite quant au nombre et à la nature de leurs idées habituelles. C'est, en d'autres termes, supposer qu'ils contracteront simultanément dans toutes les parties de la terre les mêmes habitudes morales, qu'ils recevront les mêmes impressions physiques ; c'est supposer sur la surface entière du globe le même sol et le même climat ; c'est supposer une longue série d'absurdités.

Il y a un cas où une langue peut devenir universelle comme savante ; c'est celui où un peuple, célèbre par ses succès dans les lettres et les sciences, intéresse tous les savants des autres

nations à la connaissance de sa langue usuelle, et les oblige à étudier les productions écrites en cette langue, sous peine de rester au-dessous de la culture de leur siècle. Tel a été le latin en Europe. Mais ce cas particulier, passager et indépendant de toute détermination humaine, ne résout pas la question gêné* raie dont il s'agit.

Pour ce qui est de Futilité, une langue savante en a une évidente ; elle fait que tous les savants dos divers pays peuvent communiquer entre eux à moins de frais et de temps et de travail. Hais elle a un inconvénient qui fait plus que balancer cet avantage ; elle rend la communication des hommes éclairés de chaque pays avec la masse de leurs concitoyens, lente, ineer* taine, difficile et presque nulle.

On demande maintenant si une langue peut être parfaite. Dans le sens réel et philosophique, la perfection d*une langue doit s'entendre de la faculté d'exprimer nos idées avec une clarté, une exactitude et une précision qui rendent Terreur impossible, ou du moins toujours évitable. Or ce genre de perfection ne peut jamais être obtenu, nous dit le C. Tracy, parce que les signes de nos langues ont une incertitude, un vague qui no tiennent pas seulement à leur nature, mais à rimperfectiou de nos facultés intellectuelles, à ces accidents inappréciables par lesquels la sensibilité humaine varie dans chaque individu, et qui font que le même objet ne cause jamais une impression parfaitement éj^ale, parfaitement la même à deux personnes difTérentcs.

Ce beau chapitre est terminé par le tableau des qualités générales qu*une langue devrait avoir pour être aussi parfaite que l'exigent nos besoins, et que le comportent nos facultés.

Terminons, par quelques observations générales, un extrait déjà long en lui-même, mais insuffisant et rapide, si Ton a égard à la nature et à l'importance de Touvrage qui en fait le sujet.

Ce que nous sommes le plus pressés de faire remarquer, c'est qu*il serait injuste et téméraire de juger plusieurs idées

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