‹ MélangesChapitre 129 sur 269 · XXIII. TRACY. - GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XXIII. TRACY. - GRAMMAIRE

qui font partie de cet ouvrage, d'après les indications trop générales et trop vagues d'un extrait. Privées de leurs développepements et de leurs accessoires, quelques-unes peuvent paraître hasardées, qui, dans Touvrage même, reçoivent, des détails dont elles sont environnées, un degré de force et de clarté d'où naît la conviction, ou du moins cet état sérieux et réfléchi de Tesprit, quand il cherche à sq décider sur une question qui Ta frappé.

Plus on méditera les résultats divers des recherches du C. Tracy, plus on sera disposé à reconnaître qu'il vient de faire faire à la grammaire, considérée comme branche de la science des idées, un des pas les plus grands et les plus sûrs qu'elle ait faits; un pas égal à celui qu'elle avait fait par les travaux de Condillac, à partir du point où Condillac en était resté. Toutes ses idées ne sont pas neuves ; mais celles qu'il a adoptées de ses prédécesseurs reçoivent, de celles qui lui appartiennent en propre, tantôt plus de certitude et de clarté, tantôt plus d'importance et d'étendue. D'ailleurs ces dernières forment incontestablement la partie la plus originale, la plus intéressante, la plus utile et la plus considérable de sa grammaire.

Quant à la manière dont le C. Tracy expose ou développe sa pensée, elle est habituellement vive, énergique et souvent piquante. Son style a plus de force que de grâce, plus de cette précision qui annonce qu'un écrivain s'est approprié son sujet par une méditation profonde, que de cette élégance continue où la facilité et la simplicité sont le fruit de Part et du travail, et à laquelle tant d'écrivains affectent des prétentions si vaines, malgré le privilège qu'ils ont de n'être jamais distraits par des idées du soin d'arranger des mots.

S'il y avait un reproche à faire à Touvrage du C. Tracy, quant à la forme, ce serait peut-être d'être d'une lecture un peu difficile pour ceux qui ne sont pas familiers avec le genre des discussions qui en font le sujet. La finesse, la sagacité, la pénétration paraissent être les qualités dominantes de son auteur; et, quand elles sont accompagnées d'un jugement sain, dirigées par une méthode sûre et appliquée à des vues sérieu-

ses, ces qualités forment un genre de talent très-original et très-utile.

Il est échappé quelques légères inexactitudes de faits au C. Tracy ; mais ces inexactitudes ne nuisent à aucun principe, à aucune idée importante, parce qu'elles sont citées à Tappui des vérités générales et n'en sont pas la déduction. C'est ainsi, par exemple, qu'il raisonne quelquefois sur l'alphabet des Orientaux modernes, comme si cet alphabet n'avait pas do voyelles constantes et jamais sous-entendues dans l'écriture. Cependant, des six voyelles que les Orientaux comptent dans leurs langues, ils n'en suppriment, en écrivant, que trois : Ta, Ye et Yo brefs ; l'fl, r< longs et Yon sont constamment représentés dans leurs écritures. Mais les difficultés qui naissent de la suppression des trois voyelles brèves suffisent bien pour motiver les excellentes observations et les vues véritablement philosophiques du C. Volney, sur le système d'écriture des Arabes, des Persans et des Turcs ; elles suffisent aussi pour autoriser la plupart des considérations du C. Tracy sur le même sujet.

Il y aurait un genre de travail très curieux et très intéressant à faire sur celui et d'après celui qui nous occupe, et qui ferait bien connaître la sagacité et la justesse des réflexions qui ojit présidé à la composition de ce dernier. Ce serait de chercher, dans les diverses langues les plus sinf»:ulières, tous les faits qui viendraient à Tappui des idées et des vues générales du C. Tracy, et de les disposer, d'après ses vues, dans un ordre qui représenterait la marche graduelle de Tesprit humain dans la formation et les révohilions des langues. Nous sommes persuadés que la collection de ces faits serait très nombreuse. Un outre travail, dont celui du C. Tracy inspire naturellement l'idée, qui serait moins curieux, qui aurait un objet moins étendu que le précédent, mais dont l'exécution serait plus facile et d'un avantage plus immédiat et plus certain, ce serait l'application de sa grammaire générale à la grammaire particulière d'une de ces langues dont la connaissance sert à la fois à perfectionner le goût et à étendre le jugement, telles que les

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