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XXIV. BITET. — LEXICOLOGIE

Déjà les savants qui ont précédé l'auteur dans cette carrière de recherches étymologiques avaient traité avec quelque étendue la théorie des altérations qui fait l'objet des deux premières parties de son ouvrage. Ils avaient observé qu'un mot peut être altéré de six manières différentes: trois par voie d'nddition et trois par voie de soustraction, ou suppression do quelque lettre, au commencement, au milieu ou à la Tin du mot, et enfin que les lettres se transfonnent souvent les unes dans les autres par l'analogie qu'ont entre eux les mouvements de l'organe vocal destiné à les produire. Ils avaient même donné à ces altérations diverses des noms dont il est peut-élre assez inutile de charger la mémoire des enfants, attendu que les expressions telles que celles-ci : addition ou suppression initiale, médiale ou Qoale, et transformation, seront toujours plus claires que les mois bizarres de prothèse, A'épenthése, A^paragage, &' apocope, àe syncope, d'aphérèse et de métagramme, qui ne peuvent présenter les mêmes idées qu'à ceux qui ont déjà quelque habitude de la langue grecque.

Au reste, le C. Butet observe avec raison que les écrivains qui l'ont devancé n'avaient pas mis, à beaucoup près, dans les applications qu'ils ont faîtes de ces lois, toute la justesse et la précision qu'on pouvait désirer. Ce qui regarde surtout la transformation des lettres les unes dans los autres a été traité dans leurs ouvrages avec, une extrême inexactitude. Il est parvenu, au moyen d'une analyse plus rigoureuse des articulations propres à l'organe vocale, et des rapports qu'ont avec elles et entre eux les signes écrits qui les représentent, à porter une lumière plus abondante et plus pure dans cette partie de la science étymologique. La tendance qu'ont toutes les langues à l'abréviation est encore une cause constante d'altérations très-nombreuses et très-compliquées, dont lo mode d'action était difficile à déterminer, et l'auteur a porté dans cette partie assez neuve de son travail une sagacité et une justesse de vues qui peuvent In rcii'irc utile. Je n'enlrerui

pas sur cette matière dans des détails qui pourraient paraître fastidieux à un grand nombre de lecteurs, je renvoie à l'ouvrage lui-même ceux que ce genre de connaissances intéresse.

Dans sa lexicologie, le C. Butet a pour objet d'examiner, comme on Ta dit tout à Theure, les rapports des mots de la langue latine avec ceux de la langue française comme représentant des idées ou des collections d'idées plus ou moins analogues entre elles. Il considère les mots comme composés tout au plus de trois parties essentielles, Tune qu'il appelle radicale^ qui est toujours un substantif, un verbe ou un adjectif; l'autre, qu'il nomme prépositive, qui n'est presque jamais qu'un mot de Tespèce de ceux que les grammairiens appellent prépositions ou adverbes, enfin la troisième, qu'il nomme postpositive, n'est autre chose que la collection des désinences ou terminaisons diverses, au moyen desquelles les mots expriment différentes nuances d'une même idée ou signification primitive ou fondamentale. On ne saurait nier qu'il y ait de l'ordre et do la méthode dans cette distribution; et si l'auteur a fait, comme il Tannonce, un dictionnaire complet de la langue française dans cet esprit et en suivant cette marche, il peut, à juste litre, se ilalter d'avoir fait un ouvrage utile. Mais il faut convenir, d'un autre côté, qu'il s'est trop pressé de réduire en système un simple procédé de recherches étymologiques, fruit d'une analyse exacte à certains égards, mais qui ne pouvait, sous aucun raj>port, le conduire à un système complet de la langue, comme il paraît l'avoir pensé. En effet cette opinion, que nous croyons peu fondée, n'a fait que l'engager dans un travail qui a dii lui coûter beaucoup de peine et d'embarras, cl qui n'est absolument d'aucune utilité, si môme il n'est pas tout à fait nuisible, dans l'application que l'on prétend en faire à l'enseignement de la langue latine.

Le C. liutet divise tous les mots de l'une et l'autre langue en trois ordres : le premier, des constructions radicales, qui se divisent en trois sous-ordres, lesquels se subdivisent euxmêmes en différentes classes subdivisées encore en un assez

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