XXIV. BUTET. — LEXICOLOGIE
grand nombre do genres, lesquels ont un certain nombre do variétés et sous-variétés. Il fait la mémo chose pour le second ordre, comprenant les constructions prépositives, et la même chose encore pour le troisième ordre, qui comprend les con- ■ structions postpositives, et il s'est donné la peino de créer des noms nouveaux pour tous ces ordres, sous-ordres, classes, sous-classes, genres, variétés et sous- variétés, en sorte qu'il n'y a pas, ou presque pas, un mot dans l'une et l'autre langue qu'on ne puisse exprimer par un mot nouveau, ou du moins par un assez long assemblage de ces mots nouveaux composant le système du C Butet.
Mais, en bonne foi, quel avantage peut-on trouver à cela? Qu'apprennent ces mots nouveaux à l'enfant qui, à force d'attention ou d'étude, est parvenu h eu charger sa mémoire? Rien, absolument rien qu'une partie très-iucomplète de la signification du mot qu'on lui fait ainsi nommer; souvent même cela peut le conduire à y attacher des idées qui n'y sont point du tout, qui n'entrent nullement dans la collection de • celles qu'il représente.
Mais, dit l'auteur, c'est un moyen de procéder à l'analyse complète et précise de chaque mot. Voyons comment il fait luimême cette analyse, c'est-à-dire, les exemples qu'il en offre; et si non seulement l'analyse est plus précise par d'autres moyens plus simples et plus naturels que ceux qu'il emploie, si même le langage dont il se sert donne lieu à dés idées ou h des notions fausses des mots qu'il prétend analyser, il restera démontré, du moins nous le croyons, que cette langue nouvelle qu'il a créée est non-seulement inutile, mais même nuisible au progrès de la science grammaticale.
Voici un problème qu'il se propose (page 318 et suiv.) : " Quelle est la formule lexicologique du mot inexpérience, et conséquemmcnt le radical auquel elle se rapporte ?» — Voici la solution : >< C'est l'inïtif-exitif-péritif, actif-présent, abstraclif-absolutif du radical I, IT, signe de mouvement, de translation dans l'espace, en un mot, signe d'aller. " — Nous ^
336 MÉLANGES DE l'EU FRANÇOIS THUROT.
ne nous arrêterons point sur la bizarrerie de cet assemblage de mots si étrangement accumulés : Fauteur pourrait dire qm la langue une fois admise, ainsi qu*il Ta expliquée, sera intelligible pour ceux qui auront pris la peine de Tétudier; et nous admettons cette raison, quoiqu'elle ne soit pas, à beaucoui près, àTabri de toute objection. Mais nous lui dirons : la forci de votre mot initif ne sera, parfaitement intelligible que poui ceux qui auront acquis la connaissance complète et exacte des sens divers de la préposition in en composition avec d'autres mots ; il en est de même de votre mot exitif, par rapport à la préposition ex, et du mot péritif, par rapport à la préposition per, et ainsi de toutes les prépositions. Or, quand on sait toul cola, les mots que vous avez inventés pour désigner cette connaissance sont absolument superflus.
Je ne parle par des mots actif-présent et abstractif-^bsolutif^ qui ne tiennent point proprement au système de lexicologie, et par lesquels on ne fait que rendre des idées qui s'expriment ■ un peu difi'éremment et d'une manière plus juste, à mon avis, dans le langage ordinaire des grammairiens. Voici donc comment on traduirait, à peu près, en langue vulgaire, cette solution du C. Butet : Le mot inexpérience est composé d'un substantif dérivé du verbe latin ire et des trois prépositions latines in, ex et per; perire, aller par, parcourir en tous sens, d'où le participe periens, et le substantif inusité perienlia, pour lequel on se sert de peritia; en y joignant la préposition ex, on a cxpericntta, comme marquant qu'on est sorti de cet endroit qu'on a parcouru en tous sens, et que par conséquent on connaît bien (expérience) ; enfin la préposition in, dont reffct est souvent de marquer opposition, contradiction, signifie ici l'absence ou le défaut absolu de la qualité exprimée par le mot expenentia (inexpérience). Il n'y a rien là que de clair et de précis, et les mots à! initif -exilif -péritif y etc., si on leur attache quelques idées, n'en présentent pas d'autres que colleslà, et ne les présentent pas, à beaucoup près, d'une manière aussi nette et aussi intelligible.