XXIV. BUTET. — LEXICOLOGIE
Ce langage n'est pas plus nécessaire pour la solution de la seconde espèce de questions, c'est-à-dire, pour celles dont l'objet est de trouver la forme des mots, leur racine, et les prépositions ou adverbes, etc., qui entrent dans leur composition. Voici, par exemple, le problème que l'auteur propose à son élève (pag. 330) :
« Quel est du radical S T (comme signe de cessation de mouvement, do fixation), l'initif-coïlif, énonciatif verbal secon* dairement nom actif, attributif, modiiicatif adverbial? » C'est le mot incotistitutionneliemenl qui donne la solution de ce problème; mais il est bien évident que les mêmes objections sur la nécessité- de connaître la valeur des prépositions latines m et cum, etc., en composition avec d'autres mots, reviennent ici dans toute leur force, et que toutes ces nouvelles dénominations du C. Butet n'ont tout au plus que la valeur d'un chiffre qui sert plutût à déguiser le langage ordinaire qu'à l'éclairer et à le simplifier. Ajoutez à cela que la plupart d'entre elles, étant tirées du latin, on ne parvient à les entendre que lorsqu'on est déjà un peu familiarisé avec cette dernière langue. Ainsi l'espèce de mots qu'il nomme giratifs, par exemple, ne présente quelque idée nette qu'à celui qui sait que le mot girare, en latin, signifie tourner, et il voit alors par quelle analogie l'auteur a pu donner ce nom à tous nos mots composés du mot tourner, comme toiinte-vis, tounie-broche, etc. Mais l'élève comprendrat-il que tourne-vis est Icgiiattfie vis, ou tourne-broche le giratif de broche? — Il est clair que cela ne lui donnerait point d'idée, ou, s'il s'avisait de croire avoir quelque idée à ce sujet, il se tromperait, et l'effet de cette prétention serait de lui fausser l'esprit. Que s'il entend seulement par giratif un mot destiné à représenter ceux do nos mots dans la composition desquels entre le mot tourner, comme jo crois que l'entend lui-même le C. Butet, alors il est bien évident que la nouvelle dénomination n'est qu'un chiffre, dont l'eff*;! (.■»[ do tlt'f4uiscrri'xpr(i5.sîuii vulgaire et commune bien plus que de l'éclaircir.
J'ai cru devoir entrer dans ces dél
fastidieux, parce que, lorsqu'on réfute Topinion d'uu homme distingué par ses connaissances et par son zèle pour le progrès des lumières, on se doit à soi-même d'éviter tout ce qui pourrait donner lieu & des imputations de partialité ou de légèreté dans Fexamen qu'on a fait do Touvrage sur lequel on hasarde son jugement. C'est au public éclairé, c'est à Tautour du système de lexicologie que je soumets les réflexions que Ton vient de lire. Si elles sont justes, comme je le crois, il en résulte nécessairement que la partie positive du travail du C. Butet, c'est-à-dire ses recherches étymologiques, peut être fort utile, parce qu'il m'a paru y avoir porté beaucoup de sagacité et une attention laborieuse ; quant à la partie systématique, je ne la crois exacte qu'à certains égards, et je réprouve surtout la nomenclature comme inutile, et par conséquei^t plutftt nuisible qu'avantageuse dans la pratique de l'enseignement.
Notice sur deux ouvrages publiés dans le cours des années 1807 et 1808, par M. Coumas de Larisse en Thessalie, pourrinstruction dos Grecs, ses compalrioles. [Mercure de France, mai 1809, t. XXXVI, p. 385.)
Lorsque je rendis compte, il y a quelque temps (1), de Tédîtion à'Isocrate, donnée par le savant et respectable M. Coray, édition dont TEurope est redevable au zèle patriotique et à la muniGcencc de MM. les frères Zosima, négociants grecs, qui consacrent une partie de leur opulence à répandre dans leur pays le goût des sciences et des lettres, je crus devoir profiter de cette occasion pour réfuter les calomnies que quelques voyageurs mal intentionnés, et encore plus mal informés peut-
(1) Mercure du 3 septembre, n^ 372. [Voir ci-dessus, pp. 60 et suiv.]