XXV. COUMAS. — TRAITÉS ÉLÉMENTAIRES. 3H
cultiver et à porfeclionncr leur langue vulgaire ; c'est un point de la plus haute importaoce : il n'y a point de peuple sans une langue nationale ; et quelque analogie qu'il y ait, soit pour le fond, soit pour la forme, entre le grec ancien et le grec moderne, ce serait un projet tout à fait insensé que de tenter de rétablir l'ancienne langue ; il y aurait même un grand inconvénient à faire trop de violence à l'idiome moderne pour le rapprocher du langage ancien. Les mœurs, les opinions, les usages, les idées, tout est changé, et doit changer encore de plus en plus; les écrivains de cette nation, qui seront doués d'assez de talents pour se faire une réputation durable et méritée par les productions de l'esprit, seront infaillible-
ment ceux qui, nourris de la lecture et de la méditation des modèles sublimes que produisit jadis leur pays dans tous les genres de littérature, sauront en faire passer dans leurs ouvrages la substance et les grûces immortelles, mais avec des formes de langage nouvelles et appropriées au caractère particulier de leur idiome, avec ces nuances délicates et cette teinte locale, pour aipsi dire, qu'un heureux instinct et l'habitude de vivre et de converser avec les plus éclairés et les plus distingués d'entre leurs compatriotes, leur aura appris à saisir (1). Mais je reviens aux deux discours préliminaires de M. Coumas.
Dans celui qui sert d'introduction à son cours de mathéthiques, il commence par donner à ses lecteurs quelques notions sur l'histoire de l'origine et des progrès de la géométrie et de l'algèbre. Il fait voir combien cette dernière science, dont les premiers germes se montrent dans l'arithmétique de
(i) Ce sujet a été traité avec autant de profondeur que de développement par h savant professeur Coray, dans la lettre à son ami M.Alexandre Basili, au ( ommencement du ;>remier volume de son édition d'Héliodore, et dans les Essais sur la langue et sur la grammaire grecques, qui servent de prolégomènes à ses éditions d'Klien et d^Isocrate^ Dans ces divers écrits, que caractérise une vaste érudition unie à une grande justesse d'esprit, M. Coray donne à ses concitoyens l'exemple et le précepte à la fois. Ils ne sauraient suivre un guide plus sûr, et plus complètement dévoué à leurs véritables intérêts.
Diophante, géomètre grec, qui florissait à Alexandrie vers le milieu du iv* siècle de notre ère, suivant Fopinion la plus probable, s*est accrue rapidement, et à quelle hanteur admira* ble elle s'est élevée entre les mains de Newton, des Bemonilli, d*Euler et de leurs illustres successeurs. Il rend hommage aux laborieux et utiles écrivains dont les veilles ont été consacrées à répandre ces précieuses connaissances, à en faciliter Tintelligence, et .à ce sujet il paie un juste tribut d'éloges à notre estimable et savant compatriote, M. Lacroix, dont Tcxcellenl Draiié de calcul différentiel et intégral^ en trois volumes in-4*, a été un bienfait inappréciable pour tous ceux qni cultivent cette belle science loin des contrées où abondent les secours de toute espèce.
L'admiration qu'inspire à l'auteur l'étendue et la multiplicité des ressources qu'on trouve chez les peuples éclairés de l'Europe, pour l'étude et la culture des sciences, fait naître dans son âme un sentiment douloureux de compassion pour sa patrie. << Hélas ! s'écrie-t-il, à l'époque où des génies sublimes, tels qu'un Descartes, un Ncwtoji, éclairaient l'Europe, dont ils étaient les bienfaiteurs, la Grèce, qui avait jadis produit el nourri ces sages célèbres, auxquels tous les peuples civilisés ont dû tant et de si grands avantages, asservie sous un joug ignominieux et cruel, était privée des trésors de son antique sagesse et dépouillée de ses riches el glorieux ornements. Au milieu des maux sans nombre qui laccablaient, elle n'était occupée que des moyens de subvenir à rindigencc et à la détresse de ses enfants orphelins. Mais, sachant combien peu il faut compter sur la reconnaissance duc aux bienfaits, elle n'attendait que de ses fils un remède à ses douleurs et la fin de ses peines. Elle avait vu jadis la philosophie faire naître et multiplier dans son sein les biens de toute espèce, tracer aux hommes les règles de conduite les plus sûres, adoucir leurs mœurs sauvages et leur inspirer les plus nobles sentiments d'humanité ; elle Tavait vue distinguant les maux qui naissent de l'ignorance d*avcc ceux qui sont nécessairement attaché^ à