‹ MélangesChapitre 139 sur 269 · XXVI. - ESSAIS DE METAPHYSIQUE. 3i · texte numérisé non relu

XXVI. - ESSAIS DE METAPHYSIQUE. 3i

celte brochure, sans insister davantage sur Finconvénient qu'elles ont de ne pas tenir à un ensemble d'idées bien ordonnées, et essayons de faire connaître ce que sont en elles-mêmes ces diverses parties.

« On eu remarque, dit Técrivain français, trois parties bien distinctes, qui pourraient chacune faire la matière d'autant de traités particuliers. La première est une discussion purement métaphysique ; c'est la paraphrase de cet adage de l'école : Nihilestinintellectii quodnon fiierii prius î7i sensu (tout ce qui est dans rentendement résulte d'impressions faites antérieurement sur les sens) . L'auteur développe dans la seconde quelques principes des beaux-arts... La troisième est un essai dephy^ siologie, etc. » Mais d'abord, quant au sujet traité dans la première partie, nous sommes obligés do le dire, bien loin que le professeur allemand ait ajouté aucune vue nouvelle à ce qu'on en peut voir dans les ouvrages de Locke, dé Condillac, d'Helvélius, et dans d'autres écrits plus récents, où les mêmes principes ont été exposés avec une clarté et une méthode dignes des plus grands éloges (1), son langage est trop souvent extrêmement peu exact: j'en apporterai pour preuve les définitions qu'il donne des mots idée et sensation.

« J'appelle sensation^ dit-il, toute secousse produite dans un organe quelconque par l'impression des objets extérieurs ; cette impression est produite elle-même par l'agitation des corps qui nous environnent. Quand cette secousse a été sentie assez fortement pour laisser des traces dans le cerveau, les traces qu'elle a laissées s'appellent iW^^. Ainsi, ajoute-t-il, une idée est la conscience d'une sensation. » Il nous semble qu'il aurait été plus exact de dire qu'une sensation est la conscience de l'impression produite sur nos organes par les corps extérieurs ou par les diverses parties de notre propre corps, et que certaines idées sont les souvenirs des sensations qui ont été

(l) Voyez Touvrage [de Tracy] intitulé : Éléments iVidèologiet seconde édition, imprimé chez Courcier. Paris (1804).

assez vives, ou assez souvent répétées, pour que nous en con^ servions la mémoire. Je dis certaines idées j car il y a un grand nombre d'idées qui n'existent et ne peuvent exister pour nous qu'à Taide des signes de divers genres qui nous les rappellent, ou qui les représentent. Ce n'est donc que par extension de la signification du mpt que celles-ci prennent aussi le nom d'idées^ quoiqu'on puisse et qu'on doive mémo les considérer, en dernière analyse, comme le résultat de notre faculté de sentir.

C'est dans ces matières surtout que la précision et la rigoureuse exactitude du langage sont d*une indispensable nécessité; car, plus notre manière de concevoir les objets est nette, étendue et conforme à ce qui se passe réellement dans l'entendement, plus le langage à l'aide duquel nous représentons nos conceptions acquiert lui-même de justesse et de clarté, plus il se perfectionne lui-même par la science, et la science par lui ; cette double réaction est infaillible et nécessaire. Mais aussi, quand les idées ne sont pas bien arrêtées, quand les conceptions ne sont pas nettes, le langage a une sorte d'indétermination et même d'obscurité qui fatigue le lecteur ou l'auditeur, lorsqu'ils ne sont pas accoutumés à se payer de mots. Or il nous semble que la manière dont le professeur allemand a procédé dans la seconde partie de ses recherches a un peu cet inconvénient.

En clfet, lorsqu'il se propose d'expliquer notre amour pour le beau, notre goût pour les vers et pour le chant, Torigine ou la création des arts et des sciences, de nos goûts ou frivoles ou solides, en partant, comme il le dit, d'un besoin vague et général d'augmenter la masse de nos idées, lequel procède lui-même d'une inquiétude vague pour l'avenir, dont personne n'est excmj)t, etc., on sont trop que toutes ces explications ne pourront avoir rien d'assez précis et d'assez lumineux pour satisfaire un esprit juste et avide de connaissances réelles; et, quelque justesse que Taulcur ait pu mettre d'ailleurs dans certaines observations de détail, quelque finesse ou quelque sagacité dont on puisse le louer dans plusieurs de ses aperçus, on ne pourra jamais reconnaître, dans l'ensemble de ses idées

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