XXVI. — ESSAIS DE MÉTAPHYSIQUE
sur ce sujet, de quoi fonder une théorie proprement dite, ni rien qui y ressemble.
Une erreur dans laquelle les métaphysiciens même les plus célèbres sont tombés quelquefois, c'est de croire que les comparaisons ou les métaphores puissent rendre raison de certains faits de notre intelligence : en voici un exemple tiré de l'écrit qui i)ous occupe. L'auteur entreprend d'expliquer l'effet que font sur notre esprit les différents genres de style, et la cause de cet effet ; or voici comment il s'exprime : « Les styles, dit-il, ne sont qu'un ensemble d'idées en vertu duquel les fibres sont plus où moins affectées... Quand cet ensemble... agit simplement sur les fibres, c'est-à-dire, sans que l'impression soit assez sentie pour durer encore après le premier ébranlement, on dit alors c'est le style simple. Quand les fibres du cerveau résonnent après le premier ébranlement qu'elles ont reçu, c'est le style tempéré ; mais quand, après avoir été ébranlées, elles résonnent, elles frémissent aussi longtemps qu'il est possible^ c'est le style sublime, etc. » Assurément, c'est bien ici que l'adage trivial, comparaison n'est pas raison, peut recevoir son application la plus rigoureuse ; car tout ceci ne signifie rien autre chose sinon que le style simple nous affecte un peu, que le style tempéré nous affecte un peu plus, et que le style sublime fait sur nous la plus grande impression ; et cette seconde manière de dire la même chose a sûrement moins d'inconvénients que l'autre. Je n'examine pas d'ailleurs si cette définition serait exacte en littérature, elle ne l'est sûrement pas; mais j'obseiTc seulement que ce langage moitié physiologique, moitié métaphysique, par lequel on croit souvent expliquer beaucoup de choses, n'explique absolument rien, et nuit singulièrement à la clarté des idées.
Je ne m'arrêterai pas sur la troisième partie de cet écrit, dans laquelle le professeur de Gottingue explique, comme le dit son interprète, par les lois de la mécanique éternelle, la manière dont tous les êtres animés existent et se réparent ; sur la manière dont il déduit du seul fait de la pression de l'air sur
nos corps les trois principes qui embrassent, suivant lui, toute la création, et auxquels il donne les noms de principe actif, principe inerte et principe vital. Sans avoir des notions fort étendues en physiologie, il est aisé de voir que la pression de . l'atmosphère n'est pas la seule cause de tous les effets que Fauteur lui attribue exclusivement ; et, quand sa prétendue découverte à cet égard serait aussi démontrée qu'elle me paraît sujette à contestation, il ne me semble pas qu'il en dût résulter de grand?s lumières pour la métaphysique, où plutôt cela ne changerait rien à l'éUit de la question pour ce qui regarde cette science en particulier.
Je conviendrai volontiers, au reste, qu'il y a dans la doctrine du professeur de Gottingue des détails d'observation intéressants, et je le féliciterai sincèrement d'être entré dans une route différente de celles où s'égarent d*une manière si déplorable le plus grand nombre de ses compatriotes; mais j'avouerai avec la même franchise qu'il ne m'a pas paru y avoir encore assez affermi sa marche, pour pouvoir y faire de véritables découvertes.
Ajoutons, puisque nous en sommes sur ce sujet, qu'il y a lieu de regretter que, par une de ces révolutions bizarres qu'éprouvent quelquefois les idées et les opinions chez un grand peuple^ la métaphysique, naguère cultivée en France avec^ beaucoup de succès, y soit aujourd'hui si fort négligée, et^ presque abandonnée. Cette science, dans la dernière moitié du siècle qui vient de s'écouler, avait pris, sous la plume desécrivains français, un caractère d'utilité générale vraiment* incontestable. Elle avait renoncé h toutes les questions abstruses^ à tous les sujets d'une vaine et ambitieuse. curiosité, qui l'avaient occupée autrefois, pournes'appliquor qu'aux diverses parties des connaissances humaines où elle pouvait espérer do porter quelque lumière nouvelle, et, puisqu'il faut le dire, cet espoir n'avait pas été entièrement trompé. 11 ne serait mémo pas fort difficile de démontrer que c'est, en grande partie, aux: progrès que plusieurs écrivains d'un mérite éminent avaient^