DEUXIÈME EXTRAIT
Entre les idées que nous avons dans l'esprit, il y en a qui peuvent être immédiatement comparées par elles-mêmes, l'une avec l'autre, comme l'observe Locke (1), et l'esprit est capable d'apercevoir le rapport qui existe entre ces idées aussi clairement qu'il voit qu'il les a en lui-même. « Cette espèce de connaissance, qu'on peut appeler connaissance intuitive [on intuitio7i)^ est
(1) [De r entendement humain, liv. IV, chap. u, § 51.]
la plus claire ci la plus certaine dont la faiblesse humaine soit capable. Elle agit d'une manière irrésistible, » dit encore le même philosophe ; « semblable à Téclat d'un beau jour, elle se fait voir immédiatement comme par force dès que Tesprit tourne la vue vers elle; et, sans lui permettre d'hésiter, de douter, ou d'entrer dans aucun examen, elle le pénètre de sa lumière. » C'est cette intuition, si bien définie par Locke (1), que Pestalozzi a prise pour base de sa méthode. Rapportant à trois points fondamentaux ce qui constitue la connaissance que nous pouvons avoir sur les objets, le nom, le Jiombre et la forme ; il en fait sortir les trois différentes branches de sa méthode, qui comprend, 1° la dénomination et la considération des principaux objets de la nature et de l'art, avec l'intuition des rapports qu'ils ont, soit entre eux, soit avec leurs diverses parties : c'est ce que nous avons expliqué dans notre précédent extrait, en faisant connaître le livre de Pestalozzi intitulé. Manuel des mères; 2*" C instruction intuitive du rapport des nombres; et 3° finstruction intuitive du rapport des formes ou des dimensions. Ce sont les deux dernières parties qu'il nous reste à faire connaître.
Fidèle k son principe de fonder toutes les notions abstraites sur des idées sensibles, Pestalozzi veut que, pour donner à Tenfant les premières idées de nombre et de quantité, la mîTc ou rinstitiiteur arrêtent son attention non seulement sur les parties de son corps qui peuvent élre réunies et former des quantités, telles (jue les doifi:ts, les ongles, les jointures, mais qu'ils aient même recours à d'autres objets sensibles, comme des jetons, des pierres, des noix, etc., en attachant les nomst/;/, deux, trois, etc., à ces objets, afin que l'enfant les voyant varier
(1^ Dans le Dictiofuiairr t/c VAcadéuiir /^/YZ/ijaiVe (cinquième édition), on ne trouve sur le mot intuitiiOi quo coUo j^rule définition : il sp dit de la visio7i claire ri certaine que les bienheureux ont de Dieu. Cet firticle, probablement très orthodoxe, mais ausfri très insutïisaiil, sera sans doute reforme dans l'édition du Dictionnaire de notre laujjrue, (|ue la seconde classe de l'institut prépare en ce moment. [Voir la note à la fin du volume].