‹ MélangesChapitre 146 sur 269 · XXVII. CHAVANNES. — PESTALOZZI · texte numérisé non relu

XXVII. CHAVANNES. — PESTALOZZI

lesquelles les corps peuvent se présenter, puis la manière d'apprécier leurs dimensions ou les rapports numériques de ces dimensions, puis enfin le procédé à l'aide duquel on accoutume les enfants à les représenter avec autant de justesse que de fidélité. Mais de ces trois objets, Testimable écrivain à qui Ton doit tant de détails curieux sur la méthode de Pestalozzi, n'a traité avec quelque étendue que celui qui est relatif à la connaissance des dimensions, et dans lequel la manière de procéder se rapproche beaucoup de celle que je viens d'exposer au sujet de la théorie des opérations sur les nombres.

Soit que M. Chavannes n'ait pas eu le loisir de donner à cette partie intéressante de son travail tout le développement dont elle était susceptible, et qui était nécessaire pour en faire mieux ressorlir le mérite et l'utilité, soit qu'ayant saisi luimême avec facilité des procédés dont la simplicité l'a vivement frappé, parce qu'il les avait sous les yeux, il n'ait pas assez considéré que des lecteurs pour qui toutes ces idées sont nouvelles, et qui sont privés de tous les moyens d'obtenir les éclaircissements dont ils auraient besoin, auraient beaucoup de peine à se faire une idée nette de la marche de Pestalozzi dans la pratique de cette instruction intuitive du rapport des formes, il est certain qu'elle ne nous a pas semblé exposée avec assez de méthode et de clarté ; et ici nous avons un véritable regrçt de nous voir réduits à ne présenter que le résultat où la méthode de l'ingénieux instituteur est maintenant parvenue sous ce rapport.

« Quant à l'art de tracer exactement les lignes et les courbes, dit M. Chavannes, la méthode tend essentiellement à former l'œil et la main de l'élève, et à l'amener à faire sans règle, sans compas, sans rapporteur, des figures très compliquées et pour lesquelles on a jugé jusqu'à présent ces divers instruments indispensables. Tous ceux qui ont vu l'institut de Berthoud ont aussi vu les élèves de Pestalozzi tracer sur leurs ardoises 'des figures régulières de toute espèce, inscrites dans des carrés, dans des triangles, dans des cercles, avec la plus grande pureté

et à Tépreuvc du compas ; imiter fidèlement les contours de tous les traits des cartes géographiques, et même les réduire à une plus grande ou moindre échelle. »

Il serait superflu d'insister sur l'extrême importance d'un pareil résultat. Qui ne voit en effet combien ce genre d'éducation donné à la classe destinée à peupler les ateliers des arts de toute espèce, à pratiquer les différents métiers où l'adresse de la main et lu justesse du coup d'œil sont si nécessaires, doit faciliter le travail de ceux qui s'y livreront après avoir été ainsi exercés ? Combien ces études et ces travaux préliminaires épargneront à l'apprenti de dégoûts et de peines^ combien même ils peuvent à la longue contribuer au perfectionnement des produits de l'industrie dans tous les genres ! Ajoutez à cela que le procédé méthodique par lequel on fait acquérir aux élèves la facilité d'exécuter toutes sortes d'opérations graphiques, par la liaison qu'il a avec les autres branches d'enseignement dont nous avons déjà parlé, exerce et fortifie de plus en plus en eux l'habitude de l'analyse et du raisonnement, et même la faculté de s'exprimer avec justesse et avec netteté sur tous les détails des opérations qui leur sont devenues familières; car c'est encore un des points essentiels du système de Pestalozzi ; jamais le maître no fait pratiquer à l'élève aucune opération de la main ou de rintellij»ence sans apprendre en même temps à énoncer et celte opération elle-même et tous ses détails dans le lan^ag^e le plus correct.

Nous ne nous arrêterons pas sur les applications que Pestalozzi et s(is dignes collaborateurs ont faites des principes généraux de leur méthode à divers objets d'instruction plus particulière, comme les langues allemande et française, la géographie, les premiers éléments dje la botanique et de l'histoire naturelle. Quelques-unes de ces branches d'enseignement, au jugement même de ces hommes aussi modestes qu'éclairés, ne sont pas enc^jre portées au degré de perfection, où ils croient pouvoir les faire parvenir. Le procédé que l'un d'eux, M. Tobler, a imaginé pour apprendre à lire à une certaine quantité d'enfants à

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